Les préoccupations du conseil municipal de Blanquefort en 1914-1918.

Nous avons consulté les registres des procès verbaux du conseil municipal de Blanquefort pendant la période de la « grande guerre ». Nous remercions les services administratifs des archives municipales pour nous avoir donné accès régulièrement aux dits documents.
Les premières consultations datent d’avant guerre et nous n’y avons jamais lu quelques lignes sur les faits prémonitoires de cette guerre. Nous y avons découvert la délibération portant sur la création d’un impôt pour financer l’action sociale. La consultation postérieure à la date d’armistice nous a amenés jusqu’à l’édification du monument aux morts mais en fait presque rien n’est dit sur cette grande guerre !
Si on faisait une analyse succincte des procès verbaux des conseils municipaux pendant la période de la guerre on classerait les points ainsi :
En 1914, c’est l’action sociale qui prime, puis les travaux des réseaux de communication. Le maire a certes fait un discours lors de la déclaration de guerre mais il n’y a rien de plus. Les dossiers de la voirie et d’électrification sont débattus.
En 1915, on ne parle pas de la guerre, mais on commence à citer les décès des enfants des conseillers municipaux et en général les enfants du pays. Les principaux sujets sont toujours l’action sociale, et la voirie. Un sujet nouveau et étonnant apparaît : l’écologie !
En 1916, l’accompagnement des blessés sur Blanquefort avec la création de centre de rééducation est à l’ordre du jour, puis bien entendu l’éloge des soldats au front et les condoléances aux familles des « membres du conseil municipal » pour leurs morts au combat. Des travaux de voirie, à l’école, à l’église et aux bâtiments publics sont souvent abordés. La réalisation de travaux sur la gare est à l’ordre du jour. L’écologie est toujours présente dans les débats.
En 1917, les travaux dans les écoles, les services publics et l’action sociale sont les principaux sujets des débats.
La dernière année de la guerre ressemble étrangement à la précédente.
Aussi, nous allons nous attacher à vous présenter les points fondamentaux couchés dans les procès-verbaux.

Point 1 : l’action sociale.

L’action sociale relève d’une loi du 15 juillet 1893 qui créait l’assistance gratuite pour les malades, vieillards, infirmes privés de ressources, appelée « AMG », qui offre les soins gratuits. Ce texte a été modifié en 1905, puis en 1913 afin d’apporter une aide aux familles nombreuses et aux femmes en couches. Un impôt a été levé auprès de la population afin de subvenir aux besoins des indigents et se conformer aux textes en vigueur. Il est dressé une liste de personnes susceptibles d’en bénéficier. La mairie, chaque année, votait dans son budget le montant de l’impôt à prélever. Puis à chaque conseil, on délibérait à bulletin secret sur chaque dossier présenté. Aux côtés des aspects obligatoires, un fonds spécial, alimenté par délibération du conseil auprès du comité de bienfaisance, octroyait des aides mensuelles au logement et au pain.
En 1914, la commune a voté la somme de 5 000 F sur les fonds disponibles de l’exercice en cours, ce qui est considérable quand on sait que le gain journalier d’un ouvrier agricole n’est que de 1 F. Un appel à souscription publique a été diligenté pour abonder ce fonds qui doit faire face aux besoins urgents des soutiens de famille appelés sous les drapeaux. Le département a mis en place un service à l’enfance en juin 1914 et par délibération du conseil, sur présentation de dossier, l’enfant pouvait être orienté vers des structures adaptées. Au début de la guerre, des familles demandaient une aide car leur enfant était au service de la patrie. Cette aide a été accordée sur analyse de dossiers. Puis, on a invité la population à utiliser des prisonniers de guerre pour les travaux agricoles. Le 5 août 1914, le maire en exercice déclare que l’ordre de mobilisation générale a eu pour conséquence d’apporter la gêne et la misère dans bon nombre de foyers : il reste à l’assemblée communale le devoir de soulager les infortunés dans la mesure la plus large. Il propose donc de voter une somme de 5 000 F à prélever sur les fonds disponibles et d’organiser une souscription publique. La coupe d’arbres « de terrains communaux » n’entraîne pas la vente mais la distribution aux indigents. Les femmes veuves et dans l’incapacité de travailler et de pourvoir à leurs besoins matériels, dont les enfants sont sur le front, sont rajoutées sur la liste des bénéficiaires. Le conseil a pouvoir sur le médecin pour qu’il se déplace chez les indigents malades. C’est aussi le conseil qui recrute et prend en charge le préposé à la distribution du courrier. Le revenu journalier agricole n’est que d’1 franc. Certaines allocations mensuelles sont de 15 F pour le placement d’un enfant ; 50 F pour une aide ponctuelle…
Au budget primitif de 1918, l’impôt prélevé est fixé à 6,5 centimes pour frais d’assistance médicale gratuite, 4,45 centimes pour frais.
Nous avons là quelques documents édifiants sur le rôle fondamental des mairies dans ce que l’on appelle l’action sociale et qui fait aujourd’hui tant débat…

Point 2 : faits divers marquants.

Déjà, à cette époque on s’inquiétait des responsabilités des instituteurs et institutrices ; après un exposé sur les risques encourus, M. le Maire demande à souscrire une assurance contre les risques accidents des enfants des garderies de la commune. Une garde civile est mise en place pour aider la gendarmerie à maintenir l’ordre et la sécurité. L’école de Caychac a un régime particulier. Ainsi, elle reste ouverte pendant les vacances scolaires (institutrices et instituteurs en sont d’accord), elle ne change pas d’heure d’hiver en été du fait des activités agricoles ! Cette heure d’été est donc ancienne, elle ne date pas de 1976 mais de 1916 ! En exécution de la loi relative à la réquisition des logements pour les réfugiés et rapatriés, le conseil désigne deux répartiteurs pour constituer avec M. le Maire et le percepteur un état des immeubles et locaux vacants ainsi que ceux déclarés vacants par leur propriétaire en vue de leur exonération d’impôt.

Point 3 : le tram et le train.

Au début de la grande guerre le tram soulevait de nombreuses questions. Les billets étaient chers, la commune n’avait aucun représentant au sein du conseil, les voitures étaient en mauvais état, et la fréquence n’était pas satisfaisante. Aux heures de pointe, il n’y avait pas assez de voitures ! La société qui gérait les lignes « Bordeaux » était indépendante de celle de « Bordeaux - le Vigean - Blanquefort ». Il semble apparaître une discorde entres ces sociétés. Le conseil est intervenu auprès de la compagnie « Bordeaux - Le Vigean - Blanquefort » pour qu’elle recrute comme conducteur/receveur les femmes de leurs employés appelés sous les drapeaux comme l’a fait la compagnie de « Bordeaux ». Les ouvriers qui travaillent sur Bordeaux demandent des voitures supplémentaires et des abonnements et ou des billets « aller/retour ». M. le Maire se rapprochera de son collègue de Pessac pour donner plus de force à la pétition. L’objectif est d’attirer des travailleurs sur Blanquefort et d’occuper les logements vacants. Le conseil a délibéré pour qu’une lettre soit adressée à M. le Préfet afin que les Blanquefortais ne paient qu’un billet (et non 2) car la voiture pour Blanquefort est bondée, en mauvais état et parfois sans place ! L’attente de la rame suivante est aléatoire et de plus d’une demi-heure. Un projet d’extension de ligne à destination de Caychac est souhaité, l’administration municipale en poursuivra la réalisation dans la mesure de ses pouvoirs.
Le train passe dans notre commune et deux sociétés différentes exploitent le réseau et la gare. Il s’agit des chemins de fer du Médoc et de la compagnie du Midi. Nous ne voyons sur le registre que la demande de maintien d’un arrêt en gare de Blanquefort à 6 h et à 11 h 59. Aucun reproche ou observation ne figure dans les PV du conseil municipal. La proposition de construire un hangar pour protéger les produits à transiter est rejetée. La population est en espérance d’un service efficace pour se rendre à Bordeaux. Le conseil, propriétaire d’actions des chemins de fer du Médoc, par legs de Mme Veuve Avril, a décidé de les vendre et déposer les fonds chez le percepteur.

Point 4 : l’écologie.

Des plaintes, émanant d’habitants et d’étrangers qui viennent se reposer sur Blanquefort, ont trait à l’odeur insupportable et insalubre que dégage un engrais liquide employé pour la culture maraichère. Après recherches, il semble que l’arrosage des légumes aggrave les dangers courus par la santé publique. Dans sa séance du 30 juillet 1902 le conseil départemental d’hygiène avait assimilé cet engrais à la matière fécale verte. Le conseil interdit donc l’utilisation de cet engrais et donne tout pouvoir à M. le Maire pour prendre d’urgence les mesures nécessaires. Les eaux de la Jalle, naguère d’une grande limpidité, sont imprégnées d’un limon infect et nauséabond qui les contamine ainsi que les fossés qui en dérivent. Il en découle un grave préjudice pour ceux qui utilisent ces cours d’eau pour leur labeur journalier ceci indépendamment des dangers que court la santé publique. La cause initiale est due aux déchets provenant des matières traitées par la poudrerie de Saint-Médard et qui sont déversés dans les dits cours d’eau. Un plan d’eau, détenu par M. Louit, est alimenté par un bras de la Jalle. Les eaux sont stagnantes et sont aussi le réceptacle d’une quantité de débris végétaux qui, par leur séjour prolongé s’y corrompent et font de cela un foyer d’infection. Le conseil veut éviter les maladies épidémiques et charge M. le Maire d’intervenir auprès de M. le Préfet pour que les services compétents fassent immédiatement le nécessaire. Une taxe annuelle de 20 F est instituée pour l’encombrement des matériaux d’un maçon qui empiètent la voie publique. Il est instauré à Caychac une surface occupée maximum de 6 m² sur le terrain communal, par entreprise, pour y déposer des matériaux quelconques pour une redevance de 20 F l’an.

Point 5 : les réseaux : la voirie, l’électrification, le téléphone, l’eau.

Chaque conseil aborde ces points, ce qui signifie leur importance dans la vie quotidienne : ponts que l’on restaure ou projette de construire ; réparations de réseaux électriques ou leur extension car tous les quartiers n’en sont pas équipés ; investir dans une ligne de téléphone qui aboutira au bureau de poste et qui sera remboursée par une taxe sur la communication ; entretenir les cours d’eau, restaurer des lavoirs ou en créer de nouveaux. Bref, tout ceci est la vie courante d’un village mais on se rend compte que c’est la mairie qui gère tout, il n’y a pas de services extérieurs. Selon d’autres sources orales, les chemins et les haies étaient entretenus par les usagers qui devaient reboucher (la grave leur était fournie) les trous et tailler les haies.

Point 6 : la guerre.

Le conseil fait régulièrement l’éloge de « notre vaillante armée et celles de nos alliés qui déploient sur les champs de bataille les vertus militaires d’un héroïsme sans exemple. » Régulièrement, le conseil cite les enfants de collègues décorés, cités ou tombés au champ d’honneur. Un conseiller constate et déplore l’absence aux séances de nombreux conseillers non mobilisés et demande à M. le Maire de rappeler à ces collègues que leur présence est nécessaire pour donner plus de force aux délibérations.
Le conseil considère qu’il n’est pas besoin de faire un inventaire de la main d’œuvre agricole et industrielle, en début de la guerre, pour réaliser la rentrée et le battage des moissons ni pour la récolte du raisin, par conséquent émet un avis négatif à la demande de M. le Préfet sur le nombre d’ouvriers étrangers utiles à demander. Cependant, la situation évolue et, en 1916, M. le Maire incite les propriétaires à s’inscrire au plus vite et à indiquer le nombre de soldats dont ils auront besoin pour les vendanges afin de fixer l’autorité, sur le contingent à attribuer à la commune. La société des anciens militaires sollicite l’autorisation de faire circuler une liste de souscription parmi les propriétaires de la commune pour y inscrire les dons de vin pour les soldats sur le front. Plusieurs conseillers s’offrent pour visiter et solliciter les dons. Le vin sera livré en gare de Blanquefort.
Un étudiant en 3ème année d’arts et métiers obtient un sursis pour son incorporation afin de continuer ses études. Par un legs de 1909, la commune reçoit un vaste immeuble destiné à devenir un hospice. Les travaux sont faits et le bâtiment a l’eau courante dans tous les étages, l’installation électrique et le chauffage central fonctionnent. Puis en juillet 1916, l’hospice est transformé en « ambulance » par la Croix-Rouge et en fin de conflit il a été cédé pour l’installation de mutilés. Le centre avait une capacité de 120 lits. Ce bâtiment est l’établissement Saint-Michel.
L’État a l’intention de créer une école de rééducation professionnelle agricole pour les mutilés de guerre et a demandé pour cette création que le domaine de Béchon lui soit cédé. En mars 1917, le mobilier est vendu pour libérer les locaux. Dulamon est un hôpital temporaire pour les blessés de l’armée Russe et comptait plus de 70 lits.
Des terrains furent réquisitionnés vers le Fleurenne pour créer un terrain d’aviation militaire pour amener les blessés dans notre commune éloignée du front.
Les généraux Clemenceau, Foch et Pershing sont félicités pour la part prise dans la victoire, leurs éminents services, leur énergie déployée dans la conduite de la guerre.

Point 7 : le monument commémoratif.

Le monument commémoratif a été proposé au conseil municipal du 1er décembre 1918 ; il sera pour « nos descendants un témoignage de patriotisme ».
Une commission est mise en place pour mener à bien ce dossier. Cette commission est composée de 12 membres dont 6 conseillers municipaux,
elle a pour mission de désigner l’emplacement du monument et recueillir une souscription. Le conseil municipal vote un crédit de 18 728,75 F,
l’État accorde une subvention de 2 160 F, la souscription s’élève à 12 271,25 F. La paroisse met en place dans l’église paroissiale une plaque
commémorative aux enfants des morts pour la France.
Le 21 mai 1922, le monument est inauguré. Le conseil s’est aussi associé à la souscription nationale pour ériger un monument grandiose sur la côte atlantique en hommage aux États unis et commémorant l’arrivée des troupes américaines en France.
Texte écrit à trois mains par Claude Dublineau, Patricia Dureau, Pierre-Alain Leouffre.

Voici la composition du conseil municipal durant la Première Guerre mondiale.

Élections du 19 mai 1912 : Emile Lançon, élu maire.
Conseillers municipaux : Lançon Emile – Lalande Joseph – Fumeau Jean – Chichet Pierre – Chauvin Léon – Olivier Mathieu - - Dehillotte Paul – Desmarets Léopold – Dufour André – Cazenave Justin - Lacaze Guillaume – Patanchon Louis – Daurat Léopold – Argillos Jean – Romefort Louis – Durand Ferdinand – Gautier Jean – Delin Jean – Mérilleau Pierre – Elies Pierre – Desanges.