Les Monuments aux morts      

Un monument aux morts est édifié pour commémorer et honorer les soldats, et plus généralement les personnes, tuées ou disparues par faits de guerre. Durant ces terribles années de guerre au cours desquelles tant d'hommes avaient laissé leur vie sur les champs de bataille, le pays tout entier subissait un profond traumatisme. Aussi, la paix revenue, le besoin se fit sentir de symboliser par des monuments le sacrifice de ces morts pour la Patrie. Dans tout le pays, chaque commune, quelle que soit sa taille, se fit un devoir de rendre hommage à ses enfants disparus. En fonction de leurs moyens financiers, elles érigèrent des monuments plus ou moins coûteux : les plus modestes consistent en une plaque gravée ou parfois émaillée apposée sur un mur d'un bâtiment public ; d'autres, comme Blanquefort dont les moyens financiers étaient plus importants, firent appel à des statuaires.

Peu de temps après l'armistice, Émile Lançon, le maire de Blanquefort, et son conseil municipal manifestent leur intention de rendre hommage aux enfants de la commune morts pour la patrie. Le clergé eut une démarche identique qui se concrétisa par la commande de plaques de marbre blanc sur lesquelles sont gravés en lettres d'or les noms et prénoms de 86 morts pour la France. Deux plaques sont fixées sur le mur nord à l'intérieur de l'église Saint-Martin. Compte tenu de la spécificité de la commune de Blanquefort qui possède un quartier excentré, un dénombrement des Caychacais morts pour la France conduisit après la seconde guerre mondiale à la construction d'un second monument aux morts et à l'apposition d'une plaque dans l'église Saint Joseph.

Texte extrait de : Le livre d’or de Blanquefort, hommage aux morts pour la France, guerre de 1914-1918, Publications du G.A.H.BLE, 2005, p 99.

Le monument aux morts du bourg 

Il a été érigé dans le parc Carpinet, près de la mairie de l’époque ( devenue maison du patrimoine) et inauguré le 27 mai 1922.

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Carte postale du monument aux morts sur son emplacement initial  : on aperçoit au fond le domaine Saint-Louis, et sur la gauche l’actuelle brasserie du Médoc.

Ce monument a été déplacé sur son nouvel emplacement dans le parc de Carpinet, plus près de la rue de la République. 

 

 

 

 

 

 

Histoire de sa création 

Lecture des procès-verbaux des délibérations du Conseil Municipal :

Procès-verbal n° 611, du 1 décembre 1918. « Érection d'un monument funèbre à la mémoire des Enfants de Blanquefort morts pour la France au cours de la guerre de 1914-1918. C'est une dette de reconnaissance que nous devons à nos chers enfants qui ont sacrifié leur existence pour le salut de la patrie et la commémoration de leur héroïsme. Ce monument sera aussi pour nos descendants un témoignage vivant de patriotisme qui laissera dans leur esprit et dans leurs cœurs les sentiments les plus élevés. Il invite le conseil à délibérer à ce sujet. Le conseil vivement ému s'associe aux paroles de M. le Maire et vote à l'unanimité l'érection du monument dont il s'agit.

Procès-verbal n° 630, du 29 juin 1919. Commission pour le monument. Le Maire invite l'assemblée à nommer une commission chargée de désigner l'emplacement où le monument sera érigé et de s'occuper d'une souscription destinée à recueillir des fonds parmi les habitants de la commune de Blanquefort Sont nommés les conseillers Olivier, Cazenave, Patanchon, Desmarets, Dehilhote et Gautier ; Mrs de Bethman, Ornon, Carme, Piet, Pellot.

Procès-verbal n° 635, du 26 septembre 1919. Fête du 14 juillet et de la Victoire. Vote d'un crédit de 1 200 Francs pour la célébration de la fête du 14 juillet 1919 pour que cette fête ait un éclat particulier, car elle rappelle l'effondrement de l'ancien régime et l'avènement d'un nouvel ordre, mais aussi et surtout la victoire du Droit et de la Justice et la ruine de la barbarie et de l'hégémonie allemandes.

Procès-verbal n° 643, du 14 septembre 1919. Monument commémoratif pour les enfants de Blanquefort. Pour la souscription en cours, une somme importante a été recueillie auprès de généreux donateurs. Les personnes intéressées peuvent déposer leur offrande chez le conseiller municipal de leur quartier avant le 15 octobre prochain.

Procès-verbal n° 700, du 28 mars 1920. Emplacement du monument aux morts. Par 10 voix contre 6, le conseil décide que le monument aux morts pour la patrie sera érigé dans le parc de la mairie sur le rond point face à la mairie.

Procès-verbal n° 715, du 13 juin 1920. M. le Maire donne lecture d'une lettre de M. Chrétien, statuaire, chargé de l'érection du monument commémoratif des enfants de Blanquefort morts pour la France, relative à la nature de la pierre à employer pour le socle du dit monument. Les échantillons de pierre sont soumis au conseil qui après examen décide d'employer la pierre de Villebois, semblable à celle du monument de la place Magenta à Bordeaux [place de la République, de nos jours]. Suivant la lettre précitée, le monument s'élèvera tous frais compris à la somme de 24 500 Francs. Le statuaire a été invité à fixer la date approximative pour la livraison du monument. Le conseil serait heureux que cette date coïncidât avec celle du 2 novembre.

Procès-verbal n° 27, du 29 août 1920. Monument commémoratif, vote de crédits. Le conseil après délibération décide : Un monument conforme aux plans et devis sera élevé dans l'enclos du parc de la mairie, aux enfants de Blanquefort morts pour la patrie. Un crédit de 18 000 Francs est voté à cet effet. La subvention de l'état est de 2 160 Francs.

Procès-verbal n° 728, du 29 août 1920. Acceptation d'invitation. Le conseil répond favorablement à l'invitation de l'inauguration d'une plaque commémorative dans l'église de Blanquefort (qui aura lieu le 11 novembre 1920) et que lui a adressée M. le Curé de Blanquefort.

Procès-verbal n° 789, du 19 juin 1921. Frais d'inauguration. Le conseil vote une somme de 300 Francs pour couvrir les frais d'inauguration du monument commémoratif.

Procès-verbal n° 826, du 4 février 1922. Marches du monument commémoratif. Le conseil décide : 1.- que la marche de base du monument sera établie en ciment armé. 2.- que la seconde marche sera en granit suivant le prix fixé à 1 500 Francs rendu en gare. 3.- que les travaux seront exécutés sous la direction de Roland, architecte et que l'adjudication sera limitée .aux entrepreneurs de la commune.

Procès-verbal n° 831, du 9 avril 1922. Commission d'inauguration. M. le Maire propose de nommer une commission chargée de régler l'organisation de la cérémonie d'inauguration du monument commémoratif qui doit avoir lieu le 21 mai prochain. M. de Bethmann est nommé président de cette commission.

 

L’inauguration du monument aux Morts du bourg 

La municipalité de Blanquefort confie en 1920 à Edmond Chrétien, statuaire et lauréat de l'école des Beaux Arts de Paris, résidant 2 rue Bardineau à Bordeaux, le soin de concevoir et d'ériger un monument commémoratif à la mémoire des enfants de Blanquefort morts pour la France au cours de la guerre de 1914-1918. Ce monument, nommé « la France victorieuse » est composé d'une statue en bronze placée au sommet d'un socle en granit de Bretagne, il fait l'objet d'un devis s'élevant à 25 000 Francs. Des difficultés vont surgir concernant l'approvisionnement de la pierre issue des carrières bretonnes, puis de celle de Villebois que le conseil municipal avait choisie en remplacement. Finalement, c'est un socle en granit du Finistère qui sera retenu en 1921, le devis ayant subi une augmentation de 4 000 Francs entre temps... Au printemps 1922, le monument est enfin terminé et exposé par son auteur au Salon des Artistes Français à Paris, avant d'être pris en charge par Léopold Carme, entrepreneur blanquefortais retenu par la municipalité, suite à une mise en concurrence de plusieurs entreprises locales.

L’inauguration a lieu le 21 mai 1922, la délibération du Conseil Municipal (N° 839) est ainsi rédigée : L'an 1922 et le 21 mai à 10 h 30, a eu lieu en face de la mairie de cette commune l'inauguration du monument élevé à titre d'hommage public à la mémoire des enfants de Blanquefort morts pour la France.

mort1Étaient présents à cette cérémonie, M. Billecard secrétaire général représentant M. le Préfet empêché, M. le lieutenant colonel Coulon représentant le général commandant le 18eme corps d'armée également empêché. M.M. Vayssières et Buhan sénateurs, M. Chapus député, M. Miqueau conseiller général, M. Langlois conseiller d'arrondissement M. Lançon maire de Blanquefort, ses deux adjoints M. Dehillotte et Pastureau, M.M. les conseillers municipaux Chichet, Fumeau, Pauly, Olivier, De Bethmann, Lacaze, Lalande, Chauvin, Fourton, Cazenave, Benaben, Gautier Jules, Corbineau, Patanchon, Elies. M.M. les membres du comité d'organisation : M.M. De Bethmann président, Amédée Fillon vice président, Corbineau trésorier, Audebert, secrétaire, Piet, Carme, Pellot, Gautier Jules. M. Durand-Dassier, maire de Parempuyre, M. Duchesne, maire de Ludon, M. Boyer, maire de Macau, M. Dupon, maire du Pian, M. Renouil, maire d'Eysines, M. Martin, maire de Saint Médard, M. Laborde, adjoint au maire d'Eysines. M. l'abbé Poirier, curé doyen de Blanquefort, M. l'abbé Cabanne, curé de Caychac, les représentants de la presse, La Petite Gironde, La France, La liberté du Sud Ouest.

M. De Bethmann, président du comité d'organisation, a fait la remise du monument érigé au moyen de souscriptions publiques ayant produit la somme de 12 271,25 Francs et d'une subvention municipale de 18 728,75 Francs. M. le maire a pris possession du monument au nom de la commune et l'a placé sous la sauvegarde de la population dont les sentiments de patriotisme, de reconnaissance et d'amour seront les gardiens les plus sûrs et les meilleurs. Fait en mairie le jour, mois et an sus dits et ont signé les membres présents. »

Le quotidien la Petite Gironde relate l'événement en ces termes : « Dès huit heures, le parc de la mairie est envahi par la foule. Toute la population Blanquefortaise est là, ainsi qu'une grande partie de la population des communes environnantes. Tout le monde se range sous les ordres des commissaires de la fête. Chaque société a sa place marquée. Le cortège se forme, l'Union Musicale en tête, les enfants à la suite, puis l'UNC, les anciens militaires de Caychac, la Pédale Blanquefortaise, le cortège officiel composé de M. le Maire et de ses adjoints, du Conseil Municipal, du Comité du monument. Viennent après les familles des morts pour la patrie ; les cinq sociétés de secours mutuels et le public très nombreux. Aux accents d'un pas redoublé, cet imposant cortège défile rue de la République et se rend à l'église dans un ordre admirable. Chaque société a sa place réservée, chaque groupe du cortège trouve son petit coin. L'église est trop petite pour contenir une pareille affluence. Le service funèbre est célébré par M. le Curé de Caychac, et le curé-doyen. M. Poirier, dans une improvisation éloquente, rappelle le sacrifice sublime de nos poilus dont nous honorons aujourd'hui la gloire. L'Union Musicale se fait entendre, ainsi que l'excellent trombone-solo du théâtre, M. Vigourous. Le service funèbre achevé, le cortège se reforme dans le même ordre. Les invités sont reçus à la mairie où les présentations officielles sont faites pendant que les sociétés et le public tout entier se massent aux places qui leur sont réservées tout autour du monument et face à une superbe tribune que le décorateur Saire, de Villenave d'Ornon, a installée avec le meilleur goût devant le perron de la mairie. Les enfants des écoles et la musique sont à droite de la tribune officielle. Les sociétaires sont de chaque côté du monument et le public au fond, vers l'intérieur du parc.Le monument est situé face à la mairie dans un cadre unique de verdure. Il est formé par deux marches d'escalier en granit de Bretagne situées sur un petit tertre qui sera semé de gazon, mais qui aujourd'hui est richement orné des plus belles fleurs. C'est ainsi que nous lisons sur une face ces mots écrits avec des fleurs tricolores : « Blanquefort à ses braves poilus ». Au dessus de ces deux marches d'escalier se trouve un socle très élevé dont trois faces polies portent gravés et bronzés les noms des blanquefortais morts au champ d'honneur, et la quatrième face porte l'inscription: « Blanquefort à ses héroïques enfants, morts pour la France » : au dessous de laquelle une énorme palme est scellée. Une statue en bronze de 2 m 50 de haut, encore voilée d'un drapeau, est placée sur ce socle.

mortsblLe représentant de M. le Préfet prend place sur la tribune officielle, entouré de M. le Président du Comité du monument et de M. le Maire et suivi de tout le cortège officiel. Aussitôt, la « Marseillaise » retentit et tout le monde debout, tête nue, écoute religieusement notre hymne national. M. René de Bethmann, président du comité, prend le premier la parole et au moment même où il offre à la municipalité ce beau monument, le voile qui recouvre la statue tombe comme par enchantement et laisse voir une « France Victorieuse », œuvre splendide du statuaire M. Chrétien. Le clergé procède à la bénédiction du monument. M. le Maire, en termes émus, remercie le comité, les personnages officiels, les sociétés, le public, d'être venus en si grand nombre rendre un pieux hommage à nos braves poilus.

Puis, M. Audubert, lieutenant de réserve, fait l'appel des morts. À chaque nom, un pupille répond à haute voix « Mort au champ d'honneur ». Durant l'appel, nous avons admiré trois petites filles et trois petits garçons de nos écoles, placés de chaque côté du monument, habillés en bleu, blanc rouge. À l'appel de chaque nom, ces six enfants puisaient dans des paniers ornés de rubans tricolores des pétales de fleurs de même couleur que leur costume et les lançaient au pied du monument en formant une jonchée tricolore que tout le monde a admirée. L'appel fini, une palme est déposée au pied du monument. Le président de l'UNC prend la parole. Il rappelle le sacrifice de leurs anciens camarades et engage les survivants à leur conserver une reconnaissance éternelle.

Les élèves des écoles chantent le chœur « À nos héros tombés ». Ils sont accompagnés par plusieurs violons. M Miqueau, conseiller général, rappelle les souffrances de nos braves poilus et demande qu'ils ne soient pas oubliés. M Vayssières, sénateur de la Gironde, fait l'éloge de nos héros. Il engage les jeunes générations à continuer leur œuvre et à travailler dans la paix avec le même acharnement pour faire une France plus forte, plus respectée pour conserver à notre pays les vieilles traditions de justice et de liberté. M. le Secrétaire général termine la série des discours par des paroles d'une belle éloquence. Il glorifie nos morts, réconforte les familles en deuil, donne de précieux conseils aux survivants.

L'Union Musicale exécute « France ». Le défilé autour du monument commence. Tout le cortège officiel défile, suivi des enfants des écoles, de toutes les Sociétés, des familles éplorées, de toute la foule. Le coup d'œil est féerique, tout se passe dans le plus grand ordre, ce qui dénote une organisation parfaite. Et pendant que la foule s'écoule et quitte à regret ce magnifique parc si bien ombragé, le cortège officiel se rend à la mairie où est signé le procès-verbal de la remise du monument. À midi et demi, un banquet excellent a réuni, à l'hôtel Dabadie, les invités, le Conseil municipal, les membres du Comité, les maires du canton, etc. Ont pris tour à tour la parole, M. le Curé de Blanquefort, pour remercier la municipalité, puis MM. Langlois, Miqueau, Buhan, sénateur, le Lieutenant-colonel Coulon, le secrétaire général, Capus, député. M Capus, notamment, fait un exposé des difficultés qu'a eu à surmonter la viticulture girondine : d'ordre naturel, d'ordre économique, d'ordre fiscal.

La longue lutte en vue de la loyauté du commerce des vins, qui a duré trente ans et qui a provoqué une législation modèle, vient de trouver son aboutissement dans la loi du 6 mai 1919 sur les appellations d'origine, M. Capus donne quelques explications sur le principe et le jeu de cette loi. Parlant de la taxe de 50 centimes relative à la publication des appellations d'origine, il dit les interventions de M. Buhan et de lui-même à ce sujet, et ce qu'il reste à faire aux viticulteurs pour faire disparaître cette taxe exagérée le plus promptement possible. Puis, il passe en revue les diverses difficultés d'ordre fiscal. Tous les viticulteurs savent le rôle qu'a joué M. Capus dans l'établissement du régime fiscal agricole actuel, le seul qui ait échappé à l'inquisition et ait gardé l'impôt réel pour base. Ayant réussi à faire abolir la loi d'inquisition de 1919 avant qu'elle ait fonctionné, il travaille à faire adopter par la Chambre les améliorations apportées à la loi nouvelle par le Sénat. C'est ainsi que l'agriculteur jouit d'un régime fiscal équitable en rapport avec les conditions spéciales de la production agricole et qui lui permet de vivre, à une époque où la fortune nationale repose en grande partie sur elle.

Encore une belle et mémorable journée ! » Deux canons de tranchées de 37 millimètres, trophées de guerre fournis par l'Armée seront ajoutés de part et d'autre du monument comme en témoigne une carte postale de 1922. Ces canons ont disparu lors de la Seconde Guerre mondiale. Une grille devait entourer le monument, un devis établi en mars 1922 par un artisan local ne semble pas avoir été retenu.

Source : article paru dans le journal quotidien "la Petite Gironde".

Le monument aux morts de Caychac 

morts-caychacCe second monument aux morts érigé à Caychac se situe le long de l’avenue du Général de Gaulle, près de l’école publique.

« C’est après la seconde Guerre Mondiale, en 1945, à l’initiative de l’association des Anciens Militaires de Blanquefort et Caychac (créée en 1913) que fut décidé d’élever un monument aux morts à Caychac. Auparavant, les cérémonies du 11 novembre se déroulaient à l’angle des rues Général de Gaulle et Edmond Blanc, devant une croix en bois, souvenir d’une mission.

Le 8 mai 1946, le monument aux morts de Caychac, dont l’emplacement a été retenu place des platanes, est inauguré en présence du conseil municipal et une gerbe payée par chaque conseiller y est déposée ».

Extrait de : Le livre d’or de Blanquefort, hommage aux morts pour la France, guerre de 1914-1918, Publications du G.A.H.BLE, 2005, p.110-111.

 

 

Tous les ans, les cérémonies du souvenir sont célébrées devant ces deux monuments.