Un épisode aérien sur la commune en 1914-1918.

Presque inexistante en 1914, l’aviation militaire a connu un développement très rapide. Il apparaît maintenant que Blanquefort a joué, à divers titres, un rôle important dans cette aventure.

Une école d’aviation ?

Au début de la guerre, l’armée française aligne 162 avions sur un front de près de 700 kilomètres ; ils sont principalement utilisés pour l’observation du champ de bataille et le guidage des tirs de l’artillerie.

avion3Très vite, l’avion devient irremplaçable et les commandes affluent. La formation des hommes, qu’il s’agisse des pilotes, des observateurs ou des mécaniciens nécessite la création de structures adaptées. À la fin de 1915, un 3ème groupe d’aviation est créé à Bordeaux ; il administre les formations de l’aviation des territoires d’opérations extérieures. Il met sur pied un « Centre de perfectionnement des spécialistes de l’aviation » qui forme les nombreux mécaniciens et conducteurs d’automobiles de l’aviation. Installé quai des Queyries puis sur les Allées de Boutaut à Bordeaux-Nord, il possède un dépôt au château Dulamon où les stagiaires en fin de formation attendent leur départ en escadrilles. Ils semblent apprécier leur séjour qui dure parfois plusieurs mois.

 

Des cartes postales envoyées par les stagiaires font penser qu'un centre de formation de l’aviation était située au château Dulamon en 1918, en plus de l’hôpital,  ainsi qu’en témoignent les textes des cartes postales suivantes, transmises par Marie-Françoise Jay :

Blanquefort le 1er mai 1918. « Bien cher oncle et tante. Ayant appris par mon père que vous étiez de retour, j’aurai du vous écrire de suite, mais je n’en ai pas eu le temps, car j’avais mes examens à passer et il m’a fallu revoir tout ce que j’avais appris depuis 2 mois. Je m’en suis très bien sorti, j’ai répondu facilement à toutes les questions et si je ne connais pas mes notes, je sais qu’elles sont bonnes. Je suis maintenant à la compagnie de départ à Blanquefort mais je partirai peut-être pas avant un mois car tous ceux qui sont mécanos sur avions de bombardement ne partent pas très vite. Ici, c’est la barbe, nous sommes logés dans la remise d’un château et pas trop bien nourris, mais le plus moche, c’est qu’on nous a tous coupés les cheveux ras et qu’on nous fait faire l’exercice toute la journée comme de simples bleus. Aussi, je fais tout ce que je peux pour y échapper, car cela ne me convient guère. Le pays n’est pas trop mal, c’est la campagne, des vignes à perte de vue et de beaux châteaux qui pour la plupart appartiennent à de gros industriels ou commerçants de Bordeaux qui est à 10 km. Enfin, je ne m’en fais pas trop car je suis bien philosophe, mais il y en aurait la place car je n’ai pas de perm avant 3 ou 4 semaines au moins. Je ne vais pas trop mal et souhaite que ma carte vous trouve en parfaite santé ainsi que la tante de Maucourt à qui vous ferez part de ma carte. Je vous embrasse. » M Thellevoux. 3° groupe d’aviation, 3° Cie, 30° escouade, Blanquefort, Gironde. (en marge) : vous me donnerez des nouvelles de Gilbert. Mes amitiés à M. et Mme Ducseau.

 

hop02Blanquefort le 2 juin 1918. Carte postale du château Gillamon.

V. Piron 3° aviation 3° Cie 23° escouade, détachement de Blanquefort près Bordeaux, Gironde. « Chère Maman, j’ai quitté l’école ce matin, nous sommes cantonnés dans la banlieue bordelaise à 12 km de la ville dans les dépendances d’un château entouré d’un parc magnifique. Nous ne sommes pas mal nourris et faisons 2 heures d’exercice par jour en attendant le départ. Je t’ai envoyé une lettre aussitôt que j’ai vu que les permissions étaient refusées. Je te garantis que j’ai eu mal au cœur car je devais partir le soir même. Je me porte bien et pense que tu es de même. Je ne puis te dire, ni à quelle époque je pense partir, ni à quelle date je pourrais aller en perme. Dans l’attente de tes nouvelles, reçois, chère Maman, un gros baiser ? Ton fils. »

Il s’agit probablement du château Dulamon et de même pour la carte du château Gilamon de l’aviateur Roger Fleuret.

 

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Juillet 1918. Carte postale du château Gilamon de Blanquefort. Timbre absent. Roger Fleuret 3° aviation 2° Cie 30° escouade Blanquefort à M. Fau, Crédit Lyonnais, 13 Intendance Bordeaux. « Monsieur, comme vous en avez exprimé le désir, je vous communique ma nouvelle adresse. Il m’est maintenant impossible de me présenter à vous chaque mois, car il faut une permission pour aller à Bordeaux. Toutefois, j’espère bientôt être des vôtres pour 17 jours. Recevez, Monsieur, l’expression de mes sentiments respectueux. »

 Un aérodrome.

La plupart des constructeurs d’avions sont établis en région parisienne. Ils produisent 50 appareils en août 1914, 383 en août 1915, 745 en août 1916, 1302 en août 1917 et 2912 en août 1918. Cette progression dépasse les capacités de production ; une décentralisation de cette industrie est décidée en 1918, la région bordelaise accueille plusieurs constructeurs. Certains s’installent dans des usines déjà existantes comme De Marçay à Bacalan et Savary & De la Fresnaye sur les boulevards, leurs premiers avions sortent en septembre 1918.

D’autres comme Blériot, Nieuport ou Salmson décident la construction de nouvelles usines, ils n’auront pas le temps de démarrer leur production avant la fin de la guerre. Le SFA (service des fabrications de l’aviation) établit et contrôle les marchés ; il ouvre donc une antenne à Bordeaux pour assumer sa mission sur ces nouveaux lieux de production. Afin de pouvoir assurer la réception en vol et le stockage des avions, il décide de créer un aérodrome à Blanquefort.

Les choses sont rondement menées : les terrains sont réquisitionnés en septembre 1918 et l’aérodrome est ouvert. Des hangars « Bessonneau » abritent les avions neufs en attente d’acheminement vers les escadrilles. La proximité immédiate de la voie ferrée a probablement joué un rôle déterminant dans le choix de cette implantation ; les avions étant acheminés par rail vers les escadrilles. La paix venue, les commandes aux industriels sont annulées et les terrains réquisitionnés sont remis à leurs propriétaires en octobre 1919.

Le 5ème groupement d’annexes du service des entrepôts généraux.

Le service des fabrications de l’aviation a dans ses attributions la fourniture aux industriels des matières premières ; c’est la mission du service des entrepôts généraux dont une annexe ouvre à Blanquefort sous les ordres du commandant Meynier.

Un aviateur blanquefortais.

Léopold Michel Montoya, né en 1897 à Blanquefort, s’est engagé dans l’armée en 1909. Il a servi en Algérie et au Maroc, puis en France à la mobilisation. En 1917, il passe dans l’aviation, obtient son brevet de pilote et est envoyé dans l’aviation de l’armée d’Orient qui combat dans les Balkans. Le 5 avril 1918, il est abattu par les Allemands qui l’inhument sur place après lui avoir rendu les honneurs militaires. C’est par le plus grand des hasards qu’en 1905, un gendarme français servant en Macédoine après les combats qui ont affecté cette région, a pu retrouver la tombe de ce combattant de l’air.