Grangeot, un moulin disparu

Sur les nombreux moulins construits sur la totalité de la Jalle de Blanquefort, certains ont disparu et il ne reste que des pierres, mais ils ont eu une histoire, parfois brève à l’exemple du moulin de Grangeot qui n’a même pas été centenaire. Il a été à l’origine d’une longue série de procès : en effet, les conflits autour de l’eau ont marqué toutes les communes traversées par des cours d’eau à l’importance économique non négligeable.

« Durant le XVIIIe siècle, on assista à de longs débats entre les Jurats de Bordeaux, les seigneurs et les propriétaires des marais de Bruges et de Blanquefort. Discussions nombreuses sur la fixation des limites des paroisses d’Eysines, de Bruges, de Saint-Rémy de Bordeaux et de Blanquefort, sur l’implantation d’écluses ou de moulins, conflits au sujet des ponts à construire et la navigation sur la jalle, fâcheries sur les équilibres entre hauteur de l’eau nécessaire aux retenues des moulins et la présence des animaux dans les prairies, sur les écluses devenues obstacles à la navigation, sur l’entretien des fossés et canaux…

Exemple du moulin de Grangeot : le seigneur de Blanquefort, duc de Durfort, propriétaire des moulins de Canteret et de Plassan [ces deux moulins existent toujours], veut en implanter un autre sur la jalle qui est navigable. En 1721, il obtient l’autorisation des Jurats de Bordeaux de créer un canal rectiligne qui évite les méandres de la jalle et alimentera le moulin qu’il construit. Longue période de querelles. Le 21 juillet 1760, le seigneur de Durfort et le syndic arrivent à un accord : le maréchal de Duras consent à démolir le moulin ; un pont sera construit sur ses fondations. »

André Guillocheau, Le Marais de Blanquefort et les terres environnantes, Publications du G.A.H.BLE, 1993, 128 p.

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Conflit sur la Jalle au pont du Grangeot en l’an 13 

Le maire de Blanquefort, M. Pépe, écrit : « M. le préfet. J’ai l’honneur de vous prévenir, monsieur le préfet, que la barrière que les habitants de la commune de Bruges ont posée aux limites de leurs possessions avec Blanquefort, n’a point été encore enlevée malgré l’ordre que vous avez donné, elle est cependant ouverte. Ces mêmes habitants viennent encore de se permettre de barrer notre navigation de la Jalle ayant fait poser sous le pont du grangeot une pièce en bois de chêne doublée de quatre barres de fer.

Cette pièce est posée à environ une toise d’élévation du lit de la Jalle ce qui empêche de passer sous le pont le moindre petit bateau, ces messieurs n’ont point le droit d’intercepter cette navigation ; et le droit qu’ils ont à exercer n’est autre chose que d’empêcher qu’il ne se construise des moulins sur cette jalle, ayant acheté au ci-devant maréchal de Duras le droit de démolir celui qui existait au même lieu où est le pont aujourd’hui, parce qu’il nuisait beaucoup à leur marais, ils achetèrent, dit-on, cette démolition une somme de 30 ou 40 milles francs, une fois payée et une somme de 3 000 francs de rente annuelle ; j’ignore la certitude de ces faits mais la transaction passée entre [ ] et M. de Duras doit en faire mention et doivent tous la faire connaitre.

Je vous prie, monsieur le préfet, de vouloir ordonner que cette pièce de bois posée sous le pont soit provisoirement enlevée et leur demande en vertu de quel droit ils se permettent de [   ] de toute manière la commune de Blanquefort et les circonvoisins. J’ay l’honneur de vous saluer bien respectueusement. »

Correspondance – p. 3 bis – 26 messidor an 13 (15/07/1805).

Texte extrait du registre 5 des délibérations de l’administration du canton de Blanquefort, transcription Martine Le Barazer.

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