Le docteur Robert Castera  

Son père était aussi médecin dans les années 1880.
Le docteur Robert Castéra (1883-1956) a exercé à Blanquefort, depuis les années 1905-1906, jusqu’à sa mort en 1956.
Il a été soldat à la guerre de 1914.1918, a été rappelé en 1939 comme réserviste.

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Il avait un cabinet de consultation chez lui, à la Dimière, mais visitait beaucoup les malades chez eux. Avant et au début de la guerre, il se déplaçait en carriole, puis il eût une voiture, sans doute une des rares de Blanquefort. Il parcourait les chemins qui n’étaient pas toujours bien confortables, et crevait souvent, car des clous et des pointes tombaient des charrettes nombreuses alors. Pendant la guerre, il avait constitué une réserve d’essence dans des bidons qu’il cachait dans les broussailles dans sa garenne, pour pouvoir continuer ses déplacements. Le docteur vivait avec sa sœur et ils sont restés célibataires, tous les deux.

Ce fut un médecin très apprécié de la population pour sa générosité et son dévouement pour les plus défavorisés. « Docteur en médecine de la faculté de Bordeaux en 1907, il consacra sa vie au service des habitants de Blanquefort et des communes voisines. Il fut pendant près de 50 ans médecin, accoucheur, dentiste, infirmier. C’était l’exemple même du médecin de famille en qui les gens avaient une confiance immense. A une époque où le téléphone était peu répandu, les familles des malades inscrivaient leur nom sur des ardoises déposées chez les commerçants et le docteur en prenait connaissance au cours de sa tournée. Son cabinet et son domicile étaient situés au 3 rue Thiers, à la Dimière où il s’était établi en 1924 après avoir exercé rue Tastet-Girard ».

« Rues et lieux-dits de Blanquefort ». Publication du G.A.H.BLE, 1996, page 23.

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En mars 1941, il est conseiller municipal, et le restera pendant toute la guerre. Son nom n’apparaît pas dans la liste de la délégation spéciale, du 21 septembre 1944, mais il siège à nouveau au conseil municipal du 15 mai 1945. Il a été sollicité pour être maire, mais a refusé.

Le docteur Taris fut un de ses successeurs au conseil municipal.

Quelques événements le concernant :

L’année 1941 commence tristement par un accident chez le docteur Castéra.

PV n° 19 du 10 janvier 1941. Mort accidentelle de M. M. Léonce consécutive à des brûlures graves. M. Martin, domestique chez M. le Dr Castéra, a été découvert brûlé vif devant la porte de son habitation. L’habitation de M. Martin est située à l’intérieur et au sud de la propriété de M. Castéra, au bourg de Blanquefort. Il a cessé de vivre. Mme M. voisine qui l’avait entendu gémir a jeté de l’eau sur son corps. Le corps est entièrement nu à l’exception des pieds qui sont munis de chaussettes et de feutres. La tête est coiffée d’une casquette dont la partie arrière est brûlée. Un foulard est calciné autour de son cou ainsi qu’une ceinture de flanelle au niveau des reins… il y a un bon feu dans la cheminée… aucun désordre dans les pièces. Il semble que la victime a dû s’asseoir sur la plaque du foyer tournant le dos au feu.

Dépositions des témoins, le 11 janvier.
Premier témoin : Mme D. Claire, épouse M., 42 ans : 

« Je me trouvais dans une cour touchant la propriété du docteur Castéra. Soudain, j’ai entendu crier d’une façon lugubre. Etant montée sur un tronc d’arbre, couché contre le mur de la propriété du docteur Castéra, j’ai aperçu M. Léonce M., debout sur le seuil de sa porte, les vêtements en flammes. Je me suis portée à son secours, en pénétrant par l’entrée principale, distante de 50 mètres environ de l’endroit où je me trouvais. Lorsque je suis arrivée auprès de M. M., ce dernier était tombé à terre dans la position où vous l’avez trouvé. Immédiatement, je lui ai jeté de l’eau dessus, pour éteindre le feu de ses vêtements. À ce moment-là, M. M. avait, je crois, cessé de vivre car il n’a plus bougé. »

Second témoin, son gendre, M. C. Marcel, 24 ans, soudeur, de Blanquefort : 

« Mon beau père vivait seul dans un logement, situé dans la propriété du docteur Castera, où il travaillait comme concierge. J’ignore comment cet accident a pu survenir à mon beau-père, mais je pense que, selon l’habitude qu’il avait, il a dû s’asseoir sur la plaque de la cheminée et que ses vêtements ont pris feu. »

Longtemps, le docteur visitait ses malades à domicile avec une voiture hippomobile mais quelque fois, les malades se déplaçaient chez lui. Ce qui fait que dans la mésaventure qui va lui arriver, la liste des dénonciateurs est longue.

« Le docteur collectionnait les armes, c’était sa passion. Il possédait une belle série d’armes mexicaines qui venait de son grand-père, qui habitait le château de Camponnac, à Pessac, il possédait cinq navires sur le port de Bordeaux et commerçait avec le Mexique. Les armes étaient disséminées dans la maison, et en particulier dans l’entrée. Tous ses clients le savaient puisqu’ils les voyaient. Un jour, la Gestapo est venue l’arrêter, car il n’avait pas donné les armes qui étaient toutes réquisitionnées à cette époque ; le château a été fouillé, on y a facilement trouvé les armes, qui étaient en exposition sur les murs, au passage de l’argenterie et des bijoux ont été volés. Il avait été dénoncé, a-t-on dit, par un commerçant. »

Le docteur a été embarqué au fort du Ha, a été menacé d’être fusillé et sa famille a dû verser une rançon de 300 000 F pour qu’il soit libéré.

Une lettre du préfet du 18 octobre 1941, adressé au Feldkommandant intervient en sa faveur : « Je suis informé que M. le docteur Castéra, médecin à Blanquefort, vient d’être condamné à deux mois de prison pour avoir conservé quelques cartouches de chasse, à son domicile alors qu’il s’était conformé à toutes les prescriptions de l’Autorité Allemande, par la remise de ses armes et de leurs munitions, à la mairie au mois de juillet 1940. Je fais appel à votre bonté pour une remise de peine en faveur de ce médecin, qui jouit de l’estime et de la considération des habitants de la commune. Sa faute ne peut-être que le résultat d’un oubli de la présence chez lui, dans un tiroir, de cartouches, qu’il aurait livrées en temps opportun comme ses armes, s’il s’était souvenu de leur existence. Il m’apparaît que la lettre du 9 octobre 1941 de M. le commandant des Forces Militaires en France à M. le délégué général du Gouvernement Français autorise la mesure de clémence que je sollicite, puisqu’elle accorde un délai allant jusqu’au 25 octobre, pour toutes les livraisons concernant les armes de chasse, sans entraîner de sanctions pour les détenteurs. »

La rumeur publique laisse entendre que le docteur, souvent, ne se faisait pas payer pour ses services. Il connaissait tellement ses patients et leurs situations financières, et il n’était pas rare qu’il revienne de sa tournée ayant reçu comme honoraire, œufs, volaille ou remerciements.

Rapport du commandant de gendarmerie à son supérieur :« Le 26 septembre 1943, Mme C. Catherine, épouse du maréchal des logis commandant la brigade Blanquefort, accouchait d’un garçon. L’accouchement a été laborieux et a nécessité l’intervention du docteur Castéra, médecin habituel de la gendarmerie, lequel n’a pas demandé d’honoraires. Les frais d’accouchement s’élèvent à la somme de 800 F pour les honoraires de la sage-femme, 100 F pour les frais pharmaceutiques. » 

Le nom du docteur est associé dans certains PV de gendarmerie ; on lui demandait d’éclairer par sa pratique, des enquêtes délicates. Archives départementales de la Gironde, 45W6.

PV n° 853 du 24 juillet 1944, déclarations du docteur Robert Castéra, 61 ans, docteur en médecine à Blanquefort : « Je considère que les enfants placés à l’Assistance publique seraient mieux soignés qu’auprès de leurs parents… Cette famille n’est pas digne d’élever ses enfants, car ils vivent dans la saleté la plus horrible, les enfants restent seuls des jours entiers et ce sont les voisins qui en ont pris soin. Les parents voudraient disposer des allocations pour eux et faire la fête. » Deux enfants venaient de mourir de façon suspecte.

« Fin 1944 ou au début de 1945, Chaban-Delmas venait chez nous, en tant que radical-socialiste, ce qu’était mon père. Ils se réunissaient aussi, le dimanche matin, chez le docteur Castéra, et Chaban y était. Un jour, on a trouvé un fusil, mais qui était inutilisable, en bordure de chez Castéra, juste à côté de chez nous. »

Catherine Bret-Lépine et Henri Bret, Années sombres à Blanquefort et ses environs 1939-1945, Publications du G.A.H.BLE, 2009.

 

Compléments  :

Robert Jean Del Pilar Castera est né à Portets, en Gironde, le 21 mai 1883, fils de Pierre Achille Castera docteur en médecine, 33 ans, et de Eugénie Marie Jeanne Fort, 23 ans.  Il a une soeur Marie Louise Octavie Raphaelle Del Pilar Castera née le 30 juin 1888 à Portets. Il décède à Blanquefort le 13 avril 1955.
 

Sur la liste annuelle officielle des Docteurs-Médecins, Officiers de santé, Chirurgiens-Dentistes, Dentistes et Sages-femmes  adressée par la commune au préfet de la Gironde, le docteur Castera ne figure pas de 1907 à 1912, c'est le docteur Brun Charles qui est mentionné. (Sources archives départementales de la Gironde série 5M 14).

Nous ne connaissons pas la date exacte de son arrivée à Blanquefort, les premiers éléments trouvés le concernant datent de 1914 :  son nom est mentionné dans un article de la Petite Gironde du 20 mai 1914 qui relate un fait divers, le docteur Castera est appelé pour le constat d'un suicide dans un bois au Pian.

 

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