J’ai habité au château Dillon

Souvenirs de jeunesse d’Alain Orrat au château Dillon.

Mon papa, Louis Orrat, était vacher au château Dillon sous les ordres de M. Brochard. A notre arrivée nous étions logés dans une petite maison, dans la cour du château, pas loin de la porcherie.

Deux sœurs vivaient au château Dillon, propriété de Mme la vicomtesse Arlot de Saint-Saud. Le personnel habitait dans le domaine, certains dans le château et d’autres dans les bâtiments du Grand Linas.

Les élèves de l’école d’agriculture travaillaient au domaine pour apprendre tout ce qui était nécessaire dans une ferme : menuiserie, tonnellerie, peinture, métallerie et forge, mécanique et travaux agricoles. Sur la route de Médoc un grand verger occupait les terres ; autour du bâtiment du futur lycée Jean Monet un jardin potager fournissait les cuisines de l’école, les porcs et vaches faisaient leur office. Le bâtiment était ceinturé par les jardins ainsi que l’actuelle gendarmerie. En fait il y avait un peu de vigne à cette époque (1950 environ) du côté de Laubarède.

Les chevaux avaient toute leur place et les écuries étaient importantes. Tous les soirs leurs pieds étaient lavés dans le petit vivier, côté source, car il n’était pas profond pour que les bêtes puissent y descendre. Le grand vivier à cette époque n’était pas utilisé pour « le poisson frais ».

Puis nous avons déménagé et sommes allés au Grand Linas et les petites constructions ont été démolies. Les porcs aussi ont été déménagés à Cardineau et l’ancienne porcherie démolie. Du personnel habitait aussi à Cardineau. La nouvelle tonnellerie s’est construite sur cet emplacement. Cardineau avait une ferme avec une très grande grange. La grange a brulé, la ferme fut démolie.

Dillon fonctionnait en toute autonomie avec ses ouvriers agricoles (jardins, fruitiers, vignes et bois), ses ouvriers du bâtiment (menuisier, ferronnier et tonnelier) et ses mécaniciens. Les élèves apprenaient le métier et le pratiquaient dans les terres et ateliers. Toutes les semaines les élèves changeaient d’activité.

Puis plus tard j’ai acheté dans le quartier de mon enfance. Cette construction date de 1867, selon une planche trouvée à l’étage, était prévue à l’origine pour y recevoir une meute de chien. J’ai acheté ce bien à la famille Oberkampf. Ils étaient aussi propriétaires du château de Linas et de terres jusqu’à leur propriété du Pian Médoc. Le château de Linas a été vendu à époque à la même époque à M. Bareille, ancien agriculteur de Macau.

     

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(sur la plaque en bois "Le 27 septembre 1867 Duverger fils a fet lesqalies")

Régulièrement M. Oberkampf passait voir l’évolution des travaux, particulièrement lorsqu’il était au Pian Médoc au château Geneste. Son frère, le Baron, avait épousé une fille Malleret du Pian Médoc. Pour la signature de la vente il représentait sa sœur qui vivait en Suisse. Son frère plus âgé ne s’est pas déplacé, il vivait à Bordeaux.

Autrefois le quartier de Linas était vivant avec les militaires du camp de Tanaïs. La petite épicerie vendait de tout, on y trouvait tout ! Mme Caudéran et sa fille tenaient le commerce. Les militaires y passaient régulièrement. Linas n’avait pas beaucoup d’activité et les jeunes allaient à Caychac jouer au billard chez Filatreau ou danser dans salle derrière le bar. Les fêtes, le carnaval, les écoles, l’église étaient à Caychac.

Reportage photos et propos recueillis en 2020 par Pierre-Alain Leouffre, qui remercie chaleureusement M. et Mme Orrat pour leur accueil, le temps qu’ils lui ont accordé et leur autorisation de photographier leur belle demeure.

Compléments :

  • Mme Arlot de Saint-Saud, née Filippini, vend le domaine de Dillon au ministère de l’agriculture en 1956 en gardant la jouissance du château jusqu’à sa mort en 1961 (page 25).
  • Une école d’enseignement ménager agricole (EMA) pour filles a été créée en 1959 sur les anciens terrains viticoles de Maurian, l’école d’agriculture n’accueillait que des garçons (page 30).
  • Le lycée Jean Monnet a ouvert ses portes en 1984, auparavant le bâtiment appartenait au ministère de l’agriculture et faisait partie de l’école d’agriculture devenu en 1963 lycée agricole (page 25).

Sources « Château Dillon » d’Alain Tridant, publications du G.A.H.BLE de 1998.