Un collectionneur de postes de radio.

 

Dans sa maison d'Eysines, il faut se montrer bien élevé pour qu'Alain Levraud vous ouvre définitivement la porte de sa passion.

« Dites bonjour ! », nous prie-t-il sur le seuil de la découverte. C'est le sésame pour entrer dans cette salle de 40 mètres carrés400 postes de radio trônent sur les étagères, du sol au plafond : « Je leur dis bonjour chaque fois que j'entre ici. J'ai redonné vie à chacun de ces modèles qui m'ont tous été donnés, même si parfois, j'ai un peu menti pour décider leurs propriétaires à me les céder. » Il a recueilli le premier en 1965 et le plus vieux date de 1918. Attention, ici, pas de transistors : chez lui, uniquement des postes à lampes. La différence ? Le son, qui prend son temps. « Vous allumez et 30 secondes plus tard vous entendez un petit bruit. Alors vous recalez la fréquence avec l'aiguille et au bout de dix minutes, vous entendez un son. Avec un transistor, vous l'avez tout de suite. Aucun intérêt ! »

Alain Levraud, 68 ans, a réparé les radios de bord dans l'aviation et la marine française avant, dès 1974, de faire toute sa vie professionnelle dans le dépannage des téléviseurs. Une télévision qu'il ne regarde pas. « J'ai commencé à écouter la radio avec mon grand-père et je n'ai jamais arrêté depuis. » Il peut passer trois semaines à ressusciter ses postes. Alain Levreau y a retrouvé des lettres de soldats adressées à leurs parents : « J'ai toujours tout redonné à la famille. » Son poste préféré ? Il n'hésite pas une seconde, le tenant précieusement dans ses mains, comme si ce parachutiste américain auquel il appartenait était un de ses plus proches amis : « Dans leur paquetage, on glissait une radio loisir pour chaque para. Celui-ci a été capturé et fusillé par les Allemands dans un château à Eysines en 1944. »

Recueillis depuis 1965, Alain Levreau n'a commencé à réparer ses postes que depuis une quinzaine d'années. Il lui en reste une dizaine seulement à remettre en état. Et prescription faisant loi, il peut bien nous avouer maintenant comment il a forcé la main à quelques anciens un brin naïf avant qu'ils n'acceptent de lui céder leur poste : « Je leur disais que c'était dangereux de le garder, que ce vieux machin risquait d'exploser d'un moment à l'autre. Ou alors que les rats aimaient le cuivre des radios et qu'il ferait mieux de s'en débarrasser. » Lorsqu'Alain Levraud aura cessé d'émettre, il sait qu'il pourra compter sur son fils, Éric, aussi passionné que lui, qui héritera des 398 postes de son père. « J'ai prévu un cercueil, dit Alain, avec deux alvéoles à l'intérieur. Dans la première, je désire qu'on y glisse le poste de radio du parachutiste américain. Pour l'autre, je ne sais pas encore. »

Article du journal Sud-ouest du 14 février 2014, Xavier Dorsemaine.

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                                             Alain Levraud avec le poste de radio qu’il a prévu d’emmener dans une alvéole de son propre cercueil. © Photo x. d.

 

La passion des ondes : une collection.

En près de cinquante ans, Alain Levraud a redonné vie à 400 postes de radio. Il est ce qu'on appelle un passionné. Il peut parler fréquences,bandes passantes, lampes de transistors, galènes (l'un des premiers omposants à semi-conducteur) pendant des heures. Une passion qui l'anime depuis 1966, date à laquelle il a commencé sa collection de postes de radio et qui aujourd'hui encore n'est pas encore assouvie. Au sous-sol de sa maison, il conserve, dans une pièce de 40 mètres carrés, plus de 400 postes de radio sur des étagères, du sol au plafond. Des postes auxquels il a redonné vie, des modèles uniques qui ne sont pas répertoriés dans la bible « Le Grand livre de la TSF édition de 2007 » recensant15 000 récepteurs.

Cette passion, il la doit à sa mère, qui l'a inscrit au concours pour entrer à l'école de l'armée de l'air de Saintes. À 16 ans, il intègre l'école et devient dès le premier trimestre major de promotion. Trois ans plus tard, il sera le plus jeune sergent pendant la durée légale de service. Affecté sur la base de Cognac, il travaille comme radio sur Fouga Magister. Depuis quarante-huit ans, Alain a les yeux qui pétillent quand on lui parle radio, mais ils s'illuminent dès qu'il prononce le nom de Fedha, un constructeur de postes bordelais car pour Alain c'est sa marque préférée.

Article du journal Sud-ouest du 27 mars 2014, p 20g, Michel David.

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                                                                                                                                  Une collection de postes datant de 1922 à 1960