Eysinoff, les enfants de l'assistance publique.

En 1793, une loi fait obligation à la nation de s’occuper des enfants abandonnés qui prennent le nom d’orphelins, d’où le nom d’orphelinat pour les établissements les accueillant.

La pratique la plus courante, à l’époque, est l’abandon dans un lieu public ou sous le porche d’une église. Cette sorte d’abandon est considérée comme un acte répréhensible et puni par des peines de fouet, bannissement et pour l’avortement jusqu’à la peine de mort.

Puis, à Bordeaux, est adopté un règlement pour empêcher l’exposition des enfants dans les rues et sur les places publiques, on abandonnait alors l’enfant dans le « tour ». Il s’agissait d’une sorte de tourniquet placé dans le mur de l’hospice. Le dépôt était donc anonyme, personne ne pouvait distinguer le visage de la mère pécheresse et de l’autre côté du tour il y avait des mains pour recevoir, mais pas d’yeux pour voir, ni une bouche pour parler. Le tour a été remplacé, en 1904, par un bureau ouvert jour et nuit.

En 1875, on note une régression considérable du nombre d’abandons précoces. Une partie des structures se trouve donc disponible pour accueillir de nouveaux enfants : après les orphelins, les enfants trouvés, l’assistance publique va découvrir les enfants « en dépôt », terme qui sera supprimé en 1943. Il s’agit d’enfants dont les parents sont incarcérés ou hospitalisés.

Au début du 20ème siècle, après avoir été recueillis et élevés par des congrégations religieuses, les enfants « trouvés » ou « assistés » de la Gironde furent accueillis dans une aile de l’hôpital des enfants de Bordeaux, cours de l’Argonne.

Le Conseil Général acquiert, en 1923, une propriété de neuf hectares où sont implantées d’anciennes constructions du château Eysinoff. Nommé château (ou demeure) bâti dans un style néoclassique avec sa ferme en 1885, dans un parc à l’anglaise de huit hectares, il appartenait à un consul général de Russie à Bordeaux. Il l’avait nommé « Eysinoff » pour la consonance russe. Depuis près de 100 ans, le terme est indéracinable. Sur le logis un monogramme E. G.

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Plus tard, à partir du 1er décembre 1924, le foyer d’Eysinoff ouvre ses portes. Grâce au don de M. Faget, conseiller général, les travaux de construction de la pouponnière débutent en 1932. Il s’agit d’une première étape vers une réalisation vaste et complète.

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Mais survient la guerre : Eysinoff est réquisitionné en 1940, puis occupé par les Allemands, qui en font un dépôt d’essence. On voit encore sur la pouponnière, un bâtiment nommé Dantzek, l’actuel Dantzig polonaise. Sur le château, existe toujours un écriteau « Blocus ». Dans le parc, sous un cèdre, un marquage indique les bords de la piscine où était stocké le gazole. Enfin, les grandes allées de ciment datent également de cette époque pour faire circuler les camions. Le foyer trouve refuge à l’hôpital des enfants dans une vaste propriété, au pont de Langon, sur la route de Toulouse.

Après la guerre, avec ses 50 berceaux et ses 64 places pour enfants de 2 à 21 ans, le foyer n’a pas les moyens de répondre aux besoins d’un service d’aide à l’enfance en charge de 7 000 enfants dont 2 500 pupilles. Un grand programme de construction de bâtiments est engagé avec une volonté de construire à Eysinoff un foyer pilote, développant un point de vue moderne de la prise en charge de l’enfance.

Dans les années 1950-1960, cinq grands bâtiments sont construits. Le projet a été présenté à l’exposition universelle de Bruxelles en 1958 et primé comme étant une expérience d’architecture moderne. Les bâtiments avec de grandes baies vitrées et de très grandes surfaces (politique hygiéniste) sont constitués d’habitats avec dortoirs. Les pavillons étaient agencés selon une configuration circulaire inspirée de la vision carcérale en Grande Bretagne avec le fameux « panoramique » qui permet de tout voir et d’être vu.

Chaque pavillon avait un nom :

- pavillon la pouponnière pour les bébés,

- pavillon des fleurs pour les préados filles,

- pavillon de la ruche pour les filles plus adultes,

- pavillon des jeunes travailleurs pour les ados garçons,

- pavillon des sports pour les préados garçons.

Tous les ans, les enfants d’Eysinoff allaient rue de l’abbé de l’Epée à Bordeaux chercher les vêtements que leur fournissait la DASS pour l’année. Certains enfants passaient des vacances l’été à faire du canoë sur la Nive au Pays Basque. D’autres profitaient de la mer à la maison forestière de l’Alexandre, à Lacanau.

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Sources : Eysinoff aux archives municipales.

1 - Eysinoff en 1936 (Archives municipales « recensements » n° 1F2)

35 individus logés en 1936 à Eysinoff

Chef de Famille : Meurot Pie Bernabé Christophe, né le 17 juin 1878 à La Loge (Pas-de-Calais), régisseur des Enfants Assistés, marié et 1 fille,

Ducos Jean Augustin, né le 23 juillet 1899 à Peyrouzet (Haute-Garonne), jardinier.

Une concierge avec 2 enfants - 1 chauffeur - 3 lingères et 2 enfants - 3 infirmières - 1 manutentionnaire - 2 cuisinières - 7 femmes de service - une blanchisseuse.

2 - Eysinoff en 1939–1945(Archives municipales « Réquisitions » n° 5H5- Le Vigean)

Ordre de réquisition du 18 juillet 1942 au 19 juillet 1942 : 15 chevaux - 15 chambres avec 10 lits pour infirmerie - 2 chambres avec cabinet de toilette pour 2 sous officiers

Texte extrait du blog de l’association Connaissance d’Eysines, Paulette Laguerre, 30 août 2016.