Ludon au XXème siècle

Les heures déchirées.

La paix n'est que l'intervalle entre deux guerres. » Qui aurait pu penser que cette boutade d'un historien deviendrait une rigoureuse vérité dans la première partie de ce vingtième siècle si civilisé ?

- 1913. Après les « Balkans en feu », c'est « l'Europe sous les armes », nous disent les mémoires du Président Raymond Poincaré.

- 1914. Le 1er août, à la suite d'une tension politique intense en Europe pendant les dernières semaines, l'Allemagne déclare la guerre à la France. Le tocsin commença à sonner vers cinq heures du soir, dès que la mobilisation générale fut affichée par les soins de la gendarmerie. La population montra une résolution froide, pleine de dignité, laissant prévoir cette ténacité dans la guerre qui nous donna la victoire. Les hommes partirent avec élan. Ces générations dont les pères avaient subi l'injustice du traité de Francfort vibraient de l'occasion qui leur était offerte de recouvrer les provinces perdues. Certes, la France n'avait pas voulu la guerre, mais cette mâle résolution des soldats de 1914 fit oublier bien des douleurs. Après la mobilisation générale, ceux qui restaient s'organisèrent, au point que le conseil municipal put refuser toute aide étrangère pour les vendanges. Et, pendant quatre ans, ce fut la lutte incessante des représentants de la commune contre la taxation, la hausse des prix et les réquisitions.

- 1915. Mort du docteur Lafarelle, conseiller municipal. La fin prématurée de cet homme bon, aimable et dévoué, suscita les regrets unanimes et profonds de ses concitoyens.

- En mai 1918, le maire annonce au conseil municipal la mort d'un de ses membres, le capitaine adjudant-major baron Paul de Floris, tué à l'ennemi.

- Le 20 octobre, le conseil municipal de Ludon adresse l'expression de son admiration et de sa reconnaissance émue aux armées françaises et alliées qui achèvent si vaillamment de libérer le sol de la patrie. Il prie en même temps M. Georges Clemenceau, président du Conseil et ministre de la Guerre, de vouloir bien agréer ses respectueuses félicitations pour la vigoureuse impulsion qu'il a su donner à la conduite de la guerre. Clemenceau répondit par la dépêche suivante : « Monsieur le Maire, très touché des sentiments que vous m'exprimez au nom du Conseil municipal de Ludon, je vous adresse mes bien vifs remerciements ».

- 1919. Le 14 juillet, fêtes de la Victoire à Paris. Le lieutenant Paul Duchesne, conseiller municipal de Ludon, a l'honneur de défiler sous l'Arc-de-Triomphe, porteur du drapeau de son régiment, le 344° d'infanterie.

M. Elysée Frouin, député de la Gironde, préside le banquet offert par les habitants de Ludon et la municipalité aux anciens combattants pour fêter la victoire.

- 1921. Le 9 janvier, M. Paul Duchesne est élu maire de Ludon en remplacement de M. Réneteau, démissionnaire. Auparavant, le conseil avait été complété par l'élection de M. Léon

Roux qui remplaça M. Bacon de Lavergne, décédé. Le maire Réneteau avait été bassement attaqué pour sa gestion municipale. Le nouveau maire se plut à rendre hommage au dévouement et à la probité de son prédécesseur, ainsi qu'à ses principes d'ordre et d'économie.

Le 4 avril, le conseil décide de n'accepter, comme trophées de guerre, que deux mitrailleuses allemandes Maxim et quelques gros obus de 280.

- Le 29 mai, le conseil, après discussion, décide qu'il n'y a pas lieu de changer la forme primitive du clocher et charge M. le maire de procéder le plus tôt possible à cette restauration.

La commune adopte comme filleule de guerre la petite commune de Priez, dans le département de l'Aisne, qui a été en partie détruite par l'ennemi.

- 1923. Le 5 août, le conseil décide que le cimetière sera agrandi d'un tiers de sa superficie dans la direction de l'est.

- 1924. Le 17 février, M. Gaston Plaze est nommé garde-champêtre en remplacement d'Etienne Seguin qui prend sa retraite après 30 années de loyaux services.

- Le 9 août, un pont-bascule est installé sur la place de l'Arbre de la Liberté par les soins de la municipalité.

- 1926. Le 14 février, élargissement de la ruette de Bacalan qui devient la rue Ernest-David.

- Le 13 mai, visite de M. l'abbé Bergey, député de la Gironde. Voici le procès-verbal dressé à la mairie après le vin d'honneur qui lui fut offert : « L'an 1926 et le 13 mai, à 10 heures, M. l'abbé Bergey, député de la Gironde, a honoré de sa présence l'hôtel de ville de Ludon, accompagné de M. Georges Miqueau, conseiller général ; de M. Henri Langlois, président du Conseil d'arrondissement ; de M. l'abbé Delhomme, curé de Ludon ; le colonel Léon Bordessoule ; M. Carteau, directeur de la fanfare ; M. Jean Hontaas, président de la section des anciens combattants de Ludon ; M. Charles Terlet, président de la Société musicale ; le docteur Gérard Quéheille, Mme Kemmerer, président de la Société des jeunes filles « Les Bérets blancs » ; M. Paul Duchesne, maire ; M. Bourguignon, adjoint ; Messieurs les Conseillers municipaux, et tous ont signé le présent procès-verbal, ainsi que les anciens combattants. »

- Le 30 mai, le conseil décide de donner son adhésion à la constitution du syndicat qui a pour objet la création et l'exploitation d'une distribution d'énergie électrique sur le territoire de la commune. Par suite, il accepte la quote-part des dépenses incombant à la commune, soit 146 000 francs. Cette somme sera réalisée par emprunt public au moyen d'obligations émises à 6 %, amortissables en 30 ans.

- 1927. Le 6 février, M. Léon Roux est élu adjoint au maire en remplacement de M. Raoul Bourguignon, décédé. M. le Maire prononce l'éloge funèbre de M. Bourguignon, homme

aimable et dévoué, au jugement sûr, dont la disparition a laissé dans la population d'unanimes regrets. M. Jacques Combes est élu adjoint au maire en remplacement de M. Léon Roux, décédé.

- 1928. Le 12 février, le conseil, après toute explication donnée sur la circulaire ministérielle du 10 novembre 1927, concernant l'exécution des charges pieuses dont étaient grevés les biens d'origine ecclésiastique attribués aux établissements publics, donne avis favorable à la cession des titres de rente en question à l'Association cultuelle de Bordeaux. Le conseil municipal de Ludon, qui avait tenu à bien spécifier qu'il agissait en pleine liberté, fut le premier dans le département à prendre cette décision.

- Le 4 août, M. Jean Odin, député de la Gironde, préside le banquet annuel des anciens combattants.

- Le 31 mai, le maire donne connaissance au conseil municipal d'une lettre de Mme la baronne Paul de Floris disant qu'elle et ses enfants offrent à la commune le terrain nécessaire à l'agrandissement du cimetière en souvenir de leur mari et père, le capitaine Paul de Floris, conseiller municipal, mort pour la France.

- 1931. Le 29 novembre, M. Marcel Laroza est élu maire en remplacement de M. Paul Duchesne, démissionnaire. M. Ulysse Martin est élu premier adjoint en remplacement de M.

Combes, décédé ; M. Gabriel Castaing est élu deuxième adjoint.

- 1933. Le 2 septembre, le conseil donne avis favorable à la demande de M. Paul Duchesne d'effectuer des fouilles archéologiques dans le jardin de la mairie pour essayer d'obtenir quelques précisions sur les origines de la commune. Les travaux furent immédiatement entrepris. Dès le deuxième jour, un grand sarcophage apparut, puis d'autres sarcophages moins bien conservés, et enfin une sépulture primitive, dite barbare, composée de moellons recouverts d'une grande pierre plate. Le crâne du squelette qui s'y trouvait était placé dans une alvéole faite à dessein dans la pierre. L'absence complète de mobilier funéraire ou d'inscriptions doit faire écarter l'idée que ces tombeaux sont gallo-romains ou mérovingiens. On peut supposer qu'ils sont de la même époque que l'église, c'est-à-dire du XI ou du XIIème siècle.

- 1934. Le 18 février, M. l'Ingénieur en chef du Génie rural ayant proposé à la commune l'électrification des écarts, le conseil donne avis favorable et nomme une commission qui étudiera le projet.

- Le 10 juin, M. l'abbé Delhomme, curé de Ludon, est nommé aumônier de Notre-Dame des Lorettes à Bordeaux.

- Le 29 juillet, M. l'abbé Commanay est nommé curé de Ludon.

- 1937. Le 4 avril, M. l'abbé Réau est nommé curé de Ludon.

- Le 19 septembre, le maire fait abandon à l'instituteur de la pièce qui avait toujours servi de bureau aux maires de Ludon, et les archives et souvenirs du vieux Ludon, rassemblés avec soin par les municipalités précédentes, restent en détresse.

- 1939. Le 25 juin, la municipalité prend à sa charge les sonneries des cloches de l'église le matin, à midi et le soir.

- Le 1er septembre, l'agression de l'Allemagne contre la Pologne décide la France et l'Angleterre à lui déclarer la guerre. Les efforts déployés par MM. Chamberlain et Daladier, l'année précédente à Munich, pour sauvegarder la paix, avaient été vains. L'annonce de cette nouvelle guerre, bien que vaillamment supportée, jette la consternation.

- 1940. Le 10 mai, l'engourdissement douloureux dans lequel nous nous enlisions depuis plus de six mois d'une guerre d'attente derrière la ligne Maginot est brutalement secoué par la nouvelle de l'invasion de la Hollande et de la Belgique par les Allemands.

- 13 mai. Pourquoi a-t-on parlé de Sedan à la radio ? C'est un nom qui sonne mal. Nous craignons d'être bien mal informés.

- Le 27 mai, le voile se déchire, la France est envahie ; le général Gamelin est remplacé par le général Weygand, la Belgique capitule, la route de Paris est ouverte.

- Le 11 juin, l'Italie nous déclare la guerre. C'est le comble de l'ignominie, le coup de poignard dans le dos.

- Le 13 juin, départ du gouvernement pour Bordeaux et, le lendemain, les Allemands font leur entrée à Paris.

- Le 17 juin, changement de ministère. Le Maréchal Pétain prend le pouvoir. On est soulagé de penser qu'on n'entendra plus Paul Reynaud à la radio. On se reprend à espérer. On va résister à outrance. À 11 h. 30, appel du Maréchal Pétain à la radio. Il dit qu'il faut cesser le combat. C'est la défaite irrémédiable. Stupeur et effondrement.

- Le 13 juin, à 21 h. 30, appel du Général de Gaulle à la radio de Londres. À tous les Français. « La France a perdu une bataille, mais la France n'a pas perdu la guerre... Rien n'est perdu, parce que cette guerre est une guerre mondiale... Dans l'univers libre, des forces immenses n'ont pas encore donné. Un jour, ces forces écraseront l'ennemi. » Paroles prophétiques qui devaient se réaliser magnifiquement.

- Le 25 juin, l'armistice a été signé hier au soir à Rethondes, dans le même wagon où les Allemands avaient capitulé en 1913.

- Le 1er juillet, les Allemands font leur entrée officielle à Bordeaux. Ludon est occupé par une demi-compagnie d'infanterie. Les hommes doivent avoir chacun un lit ; les voitures sont parquées derrière l'église. Dès le lendemain, les troupes poursuivent leur route vers la mer où elles vont se baigner. Ludon est évacué.

- 1941. Le 21 mai, Ludon est occupé par une compagnie d'automitrailleuses.

- Le 31 août, le maire demande une minute de recueillement, à l'ouverture de la séance du conseil municipal, pour rendre hommage à la mémoire de Marcel Guipouy, son adjoint, mort pour la France en Allemagne.

- Le 21 septembre, installation de la délégation spéciale nommée par l'arrêté du 29 août 1941. La délégation décide l'aménagement du terrain de sport au lieu-dit « La Peyhaute », sur la route du cimetière. Les Allemands, ayant appris qu'il reste des armes dans la commune, font des perquisitions à la mairie et trouvent effectivement quelques fusils sans valeur qu'on a négligé de signaler. Remontant à l'Autorité responsable qui aurait dû les livrer à Bordeaux, ils mettent en état d'arrestation le maire de l'époque, M. Charles Pineau. Ce dernier, malgré ses protestations de bonne foi, fut emprisonné au Fort du Hâ où il resta quarante jours en cellule.

- 1942. Le 1er février, M. l'abbé Guitraud est nommé curé de Ludon.

- Le 19 juillet, cantonnement dans le bourg d'une compagnie d'infanterie. Blanquefort est occupé par une division à l'instruction. L'Allemagne ne pourrait-elle pas instruire ses jeunes soldats chez elle ?

- Le 12 octobre, départ des Allemands, pour la Russie, disent-ils.

- 1943. Le 17 mai, Bordeaux subit son plus violent bombardement sur le quartier de la Martinique, Bacalan, la gare du Médoc : 300 morts.

- Le 22 juin, visite de Son Excellence Mgr Feltin, archevêque de Bordeaux.

- Le 8 septembre, on apprend avec soulagement en France que l'Italie a capitulé.

- Le 15 décembre, départ des premiers jeunes gens de Ludon pour le travail obligatoire. Ils ne vont heureusement pas en Allemagne.

- 1944. Le 6 juin, grande nouvelle qui nous remplit d'une immense espérance : les alliés ont débarqué en Normandie et marchent sur Caen.

- Le 11 juin, le maquis qui a déjà fait parler de lui en Médoc, du côté de Lesparre, fait son apparition dans la région d'Arsac. Valier, à Parempuyre, a été rançonné. On apprend aux dernières nouvelles, qu'il s'agissait de pillards espagnols et non de F.F.I. (Forces Françaises de l'Intérieur).

- Le 15 août, les Américains, les Anglais et les Français (1ère Armée) débarquent sur la Côte d'Azur, entre Cannes et Toulon.

- Le 19 août, la grande bataille de Normandie touche à sa fin. À Paris, la lutte pour la libération avait commencé par la grève des agents de la police. Les combats de rues se poursuivirent plusieurs jours. Les Allemands, peu à peu refoulés et exaspérés, parlaient de détruire la ville, lorsque, le 24, le général Leclerc, à la tête de sa division blindée, arrivait à Longjumeau. Le 25 au matin, il franchissait la porte d'Orléans ; dans l'après-midi, le général commandant le « Gross Paris » signait la reddition des troupes allemandes.

- Le 25 août, dès que la nouvelle est parvenue en province, les cloches sonnent sans arrêt, les drapeaux jaillissent aux fenêtres. À Bordeaux, l'affiche suivante est placardée, sur l'ordre du général commandant en chef : Appel à la population. « En tant que commandant suprême des troupes allemandes de la région de Bordeaux, je déclare qu'aucune destruction n'aura lieu dans Bordeaux et l'agglomération bordelaise et que le port et les ponts de Bordeaux, qui sont minés, ne seront pas détruits si la population s'abstient, jusqu'après le départ des troupes allemandes de Bordeaux, de tout acte de sabotage. »

C'est la fin de quatre années d'occupation. La liste du gouvernement de Gaulle a paru. La ville de Bordeaux est calme, mais sans beaucoup d'ordre. Les Allemands partent avec lenteur ; il faut qu'ils fassent passer par Bordeaux toutes leurs troupes du Sud-Ouest. Une partie, d'ailleurs, restera dans les secteurs de Soulac et de Royan.

De nombreux F.F.I. sillonnent les rues, la foule ovationne ses défenseurs. Eux, les résistants, accourus des maquis voisins, laissent éclater leur joie ; ils défilent en groupes imposants, tandis que la fuite allemande s'étire en colonnes parfois grotesques qui n'ont plus rien de militaire. La Résistance est à l'honneur. Spontanément jaillie des profondeurs de la nation, au-dessus de toute préoccupation de parti, elle s'est dévouée au combat pour la libération de la France. Elle n'y eût point cependant réussi sans l'assentiment de l'immense masse française. Celle-ci, en effet, dans sa volonté instinctive de survivre, n'avait jamais vu dans le désastre de 1940 qu'une péripétie de la guerre mondiale. Si beaucoup se plièrent par force aux circonstances, le nombre de ceux qui les acceptèrent dans leur esprit et dans leur cœur fut littéralement infime. Jamais la France ne crut que l'ennemi ne fut point l'ennemi et que le salut fut ailleurs que du côté des armes de la liberté.

- Le l0 septembre, à 12 heures, conformément à la loi, M. Charles Pineau, ancien maire, reprend possession de la mairie sans aucune difficulté. Ainsi, la transmission des pouvoirs municipaux se passe dans le calme à Ludon. Il n'en fut pas de même dans beaucoup de localités. Partout, la police F.F.I. dut s'organiser. À Ludon, ses éléments furent rapidement absorbés par la Compagnie du capitaine Binaud, à Cantemerle, qui assura l'ordre d'une façon parfaite pendant plusieurs mois.

En même temps, les comités de libération firent leur apparition. Ces organismes extra-légaux se recrutèrent eux-mêmes et imposèrent leur nomination à une autorité supérieure impuissante. Le rôle qu'ils se donnaient était la surveillance générale de la commune ou de la ville, depuis le ravitaillement jusqu'à l'activité des fonctionnaires, mais leur but principal fut l'épuration (le régime « d'épuration » n'était pas une chose nouvelle en France, Il est curieux d'en retrouver l'origine en 1815, après la chute de Napoléon, pendant cette période qu'on a appelée la « Terreur Blanche ». « Des comités s'étaient formés dans chaque ville, dans chaque bourgade, en comités royalistes qui, s'efforçant de substituer leur influence à celle de l'administration supérieure, devaient bientôt intervenir dans le choix puis dans les actes des moindres autorités de chaque commune. Gens impatients de venger leur rancune ou leurs injures, de rétablir leur influence ou leur fortune perdue, voilà quel était, en beaucoup de lieux, le personnel de ces réunions. D'abord, leurs membres s'occupèrent d'avoir à leurs ordres une sorte de force armée. Une fois cette force créée, ils proclamaient la nécessité d'épurer toutes les fonctions publiques. Courbés lâchement devant ces injonctions et ces menaces, les chefs de chaque administration obéissaient, ou alors on surmontait l'obstacle à l'aide de dénonciations impérieuses adressées au magistrat. Le système d'épuration appliqué aux emplois de tous les degrés et de tous les ordres devint la tâche et l'œuvre de ces comités. Des lois créant de nouveaux tribunaux, de nouveaux délits, et de nouveaux crimes établirent des poursuites plus promptes, une pénalité plus sévère et des sentences plus rapides. » (De Vaulabelle, Histoire des Deux Restaurations. Tome IV, p. 3).

Sous le couvert de collaboration qui visait toute compromission avec l'ennemi, depuis la plus légère jusqu'à la trahison, les vieilles haines, longues de nombreuses années, se réveillèrent trop souvent pour aboutir à de véritables règlements de compte. L'action des comités de libération devint même violente dans certaines localités, lorsqu'ils purent s'appuyer sur certains éléments du maquis. Les vrais résistants n'obéissaient qu'aux chefs qu'ils avaient élus et, s'ils ont parfois fait preuve notoire d'indiscipline, ils gardaient du moins une conscience de soldats ; mais, bientôt, une horde d'aventuriers se glissèrent dans leurs rangs, arborant des brassards et des insignes, créant le désordre. Sous prétexte de poursuivre les suspects, des maisons furent pillées, des citoyens arrêtés sans raison. Sous le motif de réquisition s'organisait le pillage. Une atmosphère d'émeute régnait (Journal « Sud-Ouest» du 5 novembre 1946.) Ces gens, qui n'avaient rien de commun avec la Résistance, furent qualifiés, par un spirituel avocat bordelais, de « Robespierrots » et maquisards du Jardin-Public (Journal « Sud·Ouest » du 31 mars 1945.)

Les comités de libération ne devaient, en principe, que signaler les coupables à la justice, mais certains d'entre eux, sous l'influence de ces groupements armés, s'érigèrent en véritables tribunaux, emprisonnant et infligeant des amendes souvent très lourdes. C'est ainsi qu'on vit à

Lesparre, incarcérés le même jour dans la prison de la ville, le Président du Tribunal, le Procureur de la République, un juge, le curé et plusieurs notables qui furent tous relâchés d'ailleurs le lendemain à Bordeaux. L'auteur de ces arrestations arbitraires s'était affublé d'un bien beau nom, le commandant « Bayard ». Ce nouveau chevalier sans peur et sans reproches devait, quelques années plus tard, être traduit en Cour de justice et condamné.

L'homme qui a rétabli l'ordre à Bordeaux et en Gironde a été le Colonel puis Général Druilhe qui commandait la 18ème Région militaire. II sut s'entourer d'un état-major courageux comme lui, compétent et dévoué, sur lequel il pouvait compter. Il put canaliser hors de la ville et finalement neutraliser les éléments indésirables. L'œuvre du Général Druilhe, menée à bien avec un doigté et une patience admirables, ne doit pas être oubliée. Mais les anciens conseils municipaux ainsi reconstitués restaient défectueux par le nombre de conseillers. Beaucoup de ces derniers avaient disparu depuis 1936. Aussi, la Préfecture procéda-t-elle directement à des nominations. À Ludon, M. André Hertig, propriétaire, fut ainsi désigné. II devait prendre, dès les premiers jours, une place prépondérante dans le conseil.

- Le 12 novembre, M. Charles Pineau ayant donné sa démission de maire, le conseil municipal se réunit et élit maire M. André Hertig. M. Saurue est élu premier adjoint et M. Pineau deuxième adjoint. Un des premiers résultats de l'activité du nouveau maire fut l'installation définitive de la cantine scolaire. Désormais, les enfants sont assurés d'avoir un repas chaud à midi. Les travaux les plus indispensables sont entrepris pour remettre le communal en état.

Cette année 1945 voit le retour des prisonniers de guerre et des déportés civils en même temps que la progression de nos troupes sur le Rhin et l'effondrement de l'Allemagne. Ludon accueillit ses enfants perdus avec joie.

 

- 1946. Le 29 mars, le conseil vote les fonds nécessaires pour l'électrification des écarts et de la palu. Les travaux sont immédiatement entrepris.

12 mai. Ce jour, à quinze heures, a lieu l'inauguration du stade municipal, sous la présidence de M. Fernand Audeguil, député de la Gironde.

- 1947. Le 9 février, une consultation gratuite des nourrissons est organisée dans la commune et pour les communes avoisinantes, sous la direction du docteur de Latouche.

- 1949. Le 18 avril, première grande fête de la terre avec concours-exposition d'animaux et de matériel agricole. Après la messe, jeux folkloriques pour les enfants des écoles, dans le parc de la mairie. Cette fête si réussie et attendue - car, vraiment, Ludon est un centre d'élevage - a pu être réalisée grâce aux efforts de la municipalité. Elle devait se renouveler chaque année avec un succès toujours croissant. Sous la présidence de M. le préfet de la Gironde, de nombreux parlementaires et les maires voisins y assistaient. M. Hertig reçut ses invités à déjeuner et, dans la soirée, un grand bal clôtura la fête.

- Le 3 juin, le foyer rural de Ludon est créé. En feront partie de droit : la municipalité, les membres de l'Enseignement public exerçant dans la commune, les présidents des sociétés locales.

- 1952. 27 avril. La fête de la terre prend cette année un éclat inaccoutumé avec la présence effective de MM. Lahillonne, préfet de la Gironde, et Chaban-Delmas, maire de Bordeaux.

Les Piqueurs de Guyenne se firent entendre pendant la messe et à plusieurs reprises dans la journée qui fut clôturée par un brillant concours hippique, le premier que Ludon ait vu. M. Louis de La Verhne présidait cette réunion sportive.

- Le 24 mai, le docteur de Latouche, devant quitter Ludon, donne sa démission de conseiller municipal. M. Louis de La Verhne est élu premier adjoint. La séance se termine par une aimable adresse au docteur de Latouche. Le maire le remercie des services qu'il a rendus et lui exprime les regrets de la population de le voir partir.

- Le 12 octobre, le nouveau puits artésien est réceptionné officiellement par le conseil municipal. Après cinq mois de travail, une profondeur de 270 mètres a été atteinte et la source ainsi captée donne un débit de 50 000 litres à l'heure. C'est un très beau résultat qui sera d'ailleurs exploité.

- 1955. Le 1er mai, le syndicat intercommunal d'adduction d'eau pour alimenter en eau potable les communes de Ludon et de Macau, et peut-être celle de Labarde, est constitué. Il portera le nom de « Syndicat des Eaux de Ludon-Macau ». Cette œuvre de longue haleine et d'une si grande utilité fait le plus grand honneur à ceux qui l'ont réalisée. Ainsi, bien loin de sommeiller, la commune se modernise et s'embellit. Elle peut rester fière de ses enfants. Petite patrie au sein de la grande, libérée et victorieuse, Ludon en Médoc poursuit sa destinée.

Paul Duchesne, La chronique de Ludon en Médoc, Rousseau frères, Bordeaux, 1960, p.209-225.