BLANQUEFORT en 1939 à la façon d’une carte d’identité :

Nom : BLANQUEFORT • étymologie : blancafortis, "le fort blanc", XIe siècle (construction faite de pierres blanches, par opposition aux édifices antérieurs, faits de bois qui noircissait avec le temps).                                                                                                       

Née le : probablement entre 1 800 et 750 ans avant Jésus-Christ. • origine : protohistoire, âge du bronze.

Taille : 8 kilomètres d'ouest en est, 5 kilomètres du nord au sud. • superficie : 3 302 hectares. • altitude moyenne du centre-bourg : 26 mètres ; point le plus bas de la commune : 2 mètres à Grattequina en bord de Garonne ; point le plus haut : 39 mètres à la limite sud-ouest du domaine de Breillan.

Signes particuliers en 2009 : population proche de 15 000 habitants.

• Blanquefort « fait partie de la Communauté Urbaine de Bordeaux (C.U.B.) qui a été fondée le ler janvier 1968 (avec celles de Lille, Lyon et Strasbourg) et qui regroupe vingt-sept communes : Ambarès et Lagrave, Ambès, Artigues-près-Bor­deaux, Bassens, Bègles, Blanquefort, Bordeaux, Bouliac, Bruges, Carbon-Blanc, Cenon, Eysines, Floirac, Gradignan, Le Bouscat, Le Haillan, Le Taillan-Médoc, Lormont, Mérignac, Parempuyre, Pessac, Saint-Aubin-de-Médoc, Saint-Louis-de-Montferrand, Saint-Médard-en-Jalles, Saint-Vincent-de-Paul, Talence, Villenave d'Ornon ».

• Blanquefort : chef-lieu de canton pour les communes d’Eysines, Ludon-Médoc, Macau, Parempuyre, Le Pian-Médoc.

• 5 exploitations viti-vinicoles, toutes classées "Haut Médoc cru bourgeois" : Dillon (Lycée Agricole) avec 34 ha, Saint-Ahon (Mme la comtesse de Colbert) avec 24 ha, Grand-Clapeau-Olivier (M. Baudinière) avec 16 ha, Magnol (société Barton & Guestier) avec 15,5 ha, Dasvin-Bel-Air avec 17 ha (famille Tessandier, à Macau).

Domicile : en Médoc, département de la Gironde, région Aquitaine, pays de France, Communauté Européenne.
Texte d'Alain Tridant, Une histoire de 3 000 ans, Publications du G.A.H.BLE, 1988, p. 37 ; mise à jour en 2004 et 2009.

« La commune de Blanquefort occupe une superficie de 3 372 hectares. Le village garde une population d’environ 2 000 âmes du Moyen-âge au 20e siècle et sa richesse vient de la vigne et des artisanats annexes.

Nombreux sont les bourgeois bordelais qui bâtissent à Blanquefort une résidence de campagne et l’entourent de vignes.

L’assèchement des marais au 18e siècle augmente la surface cultivable et d’élevage, tout en rendant l’environnement plus salubre. Les maladies de la vigne réduisent l’activité traditionnelle et dès 1962, une zone industrielle est créée, permettant un nouvel essor de la ville.

De 2 600 habitants en 1940, Blanquefort atteint les 15 000 habitants à la fin du 20e siècle ». Texte d'Henri Bret.

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Introduction générale à l’histoire.

Le découpage des périodes historiques peut varier d’un pays à l’autre.

Pour la France :
- la Préhistoire qui recoupe les premières occupations humaines avant l’invention de l’écriture.
Après l’invention de l’écriture, c’est l’Histoire qui se divise en 4 périodes :
- l’Antiquité, de l'apparition de l'écriture jusqu'à la mort de Théodose Ier en 395 après J.C ou la chute de l'Empire romain d'Occident en 476 après J.C ;
- le Moyen-âge entre l’Antiquité et la Renaissance, soit de 395 après J.C ( ou 476 ) jusqu'à la chute de Constantinople par les Turcs en 1453 ou la prise de Grenade et  la découverte de l'Amérique en 1492 ;
- l’Histoire moderne s’étend du XVI au XVIIIème siècle jusqu’à la Révolution française;
- l’Histoire contemporaine commence en 1789 et dure jusqu’à nos jours.

Dans la terminologie universelle des historiens – à l'exception des historiens français – l'Époque contemporaine couvre toujours les derniers 75 ans environ avant le présent dans le sens où vivent encore des témoins, des contemporains de ces évènements.
La lecture actuelle du mot « contemporain » par les historiens français est au sens où les événements qu'elle couvre ont des conséquences directes sur le monde actuel.

 

Les zones archéologiques de la commune.


Un arrêté du préfet de la région Aquitaine du 16 juin 2009, dont est présenté ici un résumé, « considérant les éléments de connaissance du patrimoine archéologique de la commune de Blanquefort (Gironde), actuellement recensés dans les bases archéologiques de la Direction régionale des affaires cultures d'Aquitaine, précise pour cette commune les zones géographiques pour lesquelles tous les dossiers de demande de permis de construire, de démolir, d'aménager, d'autorisation d'installations ou de travaux divers et de création de Z.A.C. doivent être étudiés.

Il s’agit des zones suivantes :
1 - Le Bourg : église et cimetière, Haut Moyen-âge, Moyen-âge.
2 - Château de Breillan : maison noble, 15ème siècle.
3 - Maurian : ancien château, Moyen-âge,
4 - Dillon : occupation, Gallo-romain, Moyen-âge.
5 - Château Saint-Ahon : maison forte, Moyen-âge.
6 - Dulamon : maison noble, 16ème siècle.
7 - Duras et Jalle du Sable : château, chemin, moulin, Moyen-âge, Époque-moderne.
De même, doivent être soumis à déclaration les travaux suivants : affouillement, nivellement ou exhaussement de sol liés à des opérations d'aménagement, préparation de sols ou plantation d'arbres ou de vignes, arrachage ou destruction de souches ou de vignes, création de retenues d'eau ou de canaux d'irrigation).

Fait à Bordeaux, le 16 juin 2009. Le Préfet de la région Aquitaine Frédéric Mac Kain.

PLAN

La préhistoire.

Les premières traces d'occupation humaine à Blanquefort remontent à l'époque protohistorique.
À l'âge du Bronze (1500 avant J.-C.) existaient des habitats près de la rivière qui borde la commune au sud, la Jalle de Blanquefort.
Des céramiques ont été retrouvées le long de cette rivière et sur le site de la forteresse médiévale.

Découvertes archéologiques pour les périodes de la Préhistoire.

Voici des extraits d’une thèse universitaire portant sur les rivages de l’estuaire de la Gironde et qui concernent Blanquefort :

I- Néolithique.

Nom du site : Peybois.
Désignation : outils lithiques.
Conditions de la découverte : lors de travaux agricoles dans un champ, en surface, vers 1963.
Présentation sommaire : mise au jour en deux points différents de la même parcelle de deux haches en silex de couleur « sable ». L'une est polie, en assez bon état de conservation, et ne fait pas moins de 200 mm de long. L'autre est taillée, apprêtée pour le polissage. Ces objets semblent isolés.
Datation : Néolithique.
Lieu de conservation : Collection particulière à Blanquefort.

II- Âge du Bronze.

Nom du site : château de Blanquefort.
Désignation : Habitat.
Conditions de la découverte : au cours des chantiers de fouilles dans le château de Blanquefort, à 2 m de profondeur, au contact du substrat rocheux, en 1968 et 1970. Nombreuses visites sur place.
Présentation sommaire : ensemble de tessons de céramique découvert dans les niveaux les plus profonds. Selon les archéologues, ce mobilier ne serait pas en place et appartiendrait à un remblai. Mais la forte proportion de céramique protohistorique dans des niveaux aussi profonds, laisse envisager une occupation de l'âge du Bronze sur ce site, peut-être un habitat, bouleversée (?) lors de la construction du château. Si aucune forme n'a été reconstituée, quelques décors caractéristiques de l'âge du Bronze sont conservés : pastillage, cordons simples ou pincés, etc. Voici ce qu'en dit D. Frugier : « poterie épaisse (5 à 10 mm) au grain épais, de couleur gris brun et dont l'argile, passée à faible cuisson, semble modelée à la main [...] et la décoration est faite de bandes horizontales rapportées ou pincées dans l'épaisseur de l'argile ».
Datation : Bronze moyen.
Lieu de conservation : musée de Blanquefort.

III- Âge du fer.

Nom du site : château de Blanquefort.
Désignation : Habitat (?).
Conditions de la découverte : au cours des chantiers de fouilles dans le château de Blanquefort, à 2 m de profondeur, au contact du substrat rocheux, en 1968 et 1970. Nombreuses visites sur place.
Présentation sommaire : parmi les tessons globalement classés dans la catégorie des « céramiques protohistoriques », quelques fragments semblent appartenir à l'âge du Fer. L'un d'eux « a été identifié comme étant caractéristique de la Tène » mais n'a pas été décrit. Si une occupation de l'âge du Bronze ne fait pas de doute, celle de l'âge du fer est plus discrète. Sa définition, restée confuse, mériterait d'être précisée.
Datation : âge du Fer (La Tène ?).
Lieu de conservation : musée de Blanquefort.

Texte extrait de la thèse universitaire de Doctorat, « Les rivages de l'estuaire de la Gironde du Néolithique au Moyen Âge », Didier Coquillas, Université Bordeaux III, 2001, tome II-1, pages 123-128.

L’Antiquité.

C'est une des quatre périodes de l’histoire qui court de l'apparition de l'écriture jusqu'à la mort de Théodose Ier en 395 après J.C ou la chute de l'Empire romain d'Occident en 476 après J.C.
Les découvertes archéologiques pour la période de l’Antiquité.
Voici des extraits d’une thèse universitaire portant sur les rivages de l’estuaire de la Gironde et qui concernent Blanquefort :

La période antique.

Dans les murs du château de Blanquefort, avant 1865, Léo Drouyn signalait le remploi de tegulœ noyées dans le mortier. À proximité, furent recueillis un style en bronze et quelques monnaies romaines. Sur les bords de la Jalle, se trouvait un chapiteau en marbre blanc des Pyrénées. M. Durand, selon Léo Drouyn, y avait vu un site romain. F. Jouannet signalait, près du pont (sur le chemin qui conduit de Blanquefort au château), des tuiles romaines et des poteries : Jouannet (F.-V.), 1839, p. 183 ; Album de la Commission des Monuments Historiques de la Gironde, AD Gir. 162 TI, dessin par Monsan (août 1841) ; Drouyn (L.), s. d, 46, p. 635 et 48, p. 244 ; 1865, II, p. 52. En 1967 et 1968, au cours de fouilles dans le château, Alain Tridant découvrait dans des remblais, à l'intérieur de la forteresse, deux monnaies romaines (non décrites) et des tessons de céramique protohistorique (deuxième âge du fer ?) : Tridant (A.), 1971, p. 21, 23, 37-38.
Texte extrait de  « Carte archéologique de la Gaule, pré-inventaire archéologique publié sous la responsabilité de Michel Provost. Page 98 : le canton de Blanquefort dans La Gironde 33/1 par Hubert Sion, avec la collaboration du service Culture et Archéologie du Conseil Général de la Gironde. Diffusion : Fondation Maison des Sciences de l’Homme. Paris 1994. Canton de Blanquefort (INSEE 06). 42 – Blanquefort (INSEE 056). »
Le site le long de la jalle, au sud de la commune, fut occupé à l'époque romaine puisque des tegulae (tuiles romaines) et des monnaies y ont été mises au jour lors de fouilles.Le bâtiment, dont il ne reste d'autres traces de cette époque, était probablement un poste de garde ou un péage car situé sur la voie romaine reliant Burdigala (Bordeaux) à Noviomagus dans le Médoc.
texte extrait de wikipedia.org/wiki/Blanquefort_(Gironde)

L'Époque gallo-romaine.

Nom du site : château de Blanquefort.
Désignation : construction.
Conditions de la découverte : première mention en 1839, puis régulièrement par la suite sur et autour du site. Chantier de fouilles dans le château entre 1965 et 1970 ; rien ne fut signalé dans les campagnes plus récentes. Nombreuses visites sur place.

Présentation sommaire : les découvertes sont nombreuses mais assez dispersées ou bien souvent mélangées à du matériel médiéval. L'installation du château semble avoir bouleversé ou remployé les matériaux d'un site gallo-romain proche dont la nature nous échappe (habitat, point de relais dans le marais ?).
Les découvertes anciennes font état de mortier, de tuiles à rebords, d'un « grand chapiteau antique de marbre blanc veiné de noir » des Pyrénées, d'un style en bronze et de quelques monnaies romaines non décrites à l'exception d'un « bronze moyen » de Tibère. F.-V. Jouannet précise cependant qu'une certaine concentration de mobilier gallo-romain a pu être observée près du pont qui relie le château à Curegan et Blanquefort : « des tuiles romaines et des poteries » non décrites.
Les fouilles dans le château ont mis au jour quelques tuiles à rebords et deux monnaies romaines mélangées au matériel médiéval. La première est une monnaie en bronze de Constantin Ier frappée à l'atelier d'Arles entre 330 et 335. La seconde semble être aussi à l'effigie de Constantin Ier ou à celle de ses fils ; elle est tout du moins contemporaine de la précédente.
 
Datation : époque gallo-romaine (Haut et Bas Empire sont envisageables à partir des monnaies : Ier et IVe siècles).
Lieu de conservation : ancienne collection Lafon à Blanquefort pour une partie des découvertes anciennes. Musée de Blanquefort pour les monnaies.
Blanquefort. (N° I.N.S.E.E. 33 2 06 056) - Arrondissement : Bordeaux - Diocèse : Bordeaux Archiprêtré : Moulis - Canton : Blanquefort - Commune : Blanquefort - Vocable paroisse : Saint-Martin de Blanquefort.
Texte extrait de la thèse universitaire de Doctorat, « Les rivages de l'estuaire de la Gironde du Néolithique au Moyen Âge », Didier Coquillas, Université Bordeaux III, 2001, tome II-1, pages 123-128.

La présence romaine.

La présence romaine est elle aussi assurée par les fouilles qui ont révélé de nombreuses tegulae (tuiles romaines plates) dans les fondations de la forteresse ainsi que deux monnaies d'époque romaine.
Il est probable que les Gallo-Romains aient bâti à cet emplacement une modeste construction, péage ou tour de garde, afin de contrôler la voie romaine reliant Bordeaux à Noviomagus, dans le Médoc.
Comme les terres alentour étaient marécageuses, les Romains ont dû surélever la route et le site castral. Ceux-ci étaient alors le seul émergeant de ces marais, grâce à la présence d'un affleurement rocheux naturel formé de mollasse (grès en formation).
Wikipédia comme source.
Ce site [le vieux-château] naturellement défendu par son environnement de marais a de même été utilisé par les Romains dans les premiers siècles de notre ère. Une voie romaine, appelée la Lebade, joignait Bordeaux à Soulac en traversant le Médoc, et l’îlot rocheux permettait sa surveillance économique et militaire. Autre indice de la présence romaine à Blanquefort, la dédicace de l’église paroissiale à Saint-Martin ; il est en effet reconnu en pays bordelais que les églises Saint-Martin soient élevées à l’emplacement d’édifices païens anciennement bâtis dans des domaines agricoles romains.
Extrait du livre : Blanquefort, 3 000 ans d’histoire, Alain Tridant, Les amis du vieux Blanquefort, 1981, p.8.
 

 

Le Haut Moyen Âge.

Le village de Blanquefort existait déjà au Haut Moyen Âge, comme l'atteste la présence de sarcophages mérovingiens dans les soubassements de l'église du bourg. Ce bâtiment cultuel a été dédié à Saint-Martin, évangélisateur de la Gaule, ce qui laisse imaginer une origine lointaine.
Au milieu du 11ème siècle, des seigneurs s'établissent et édifient un premier château de pierre, de style roman sur la route de Bordeaux au Médoc, axe stratégique sur lequel le seigneur perçoit des droits de passage.

Il succède vraisemblablement à un donjon primitif en bois. Établi au milieu de marais, l'édifice blanc - car construit en pierres calcaires - marque les esprits à une époque où même les églises sont encore en bois. Il donne son nom à la ville : Blanquefort est le blanca fortis, c'est-à-dire le « fort blanc ».

Au 13ème siècle, le château devient la propriété du roi d'Angleterre Édouard, qui est aussi duc d'Aquitaine. Le château est cédé peu après à la puissante famille de Durfort qui conserve la forteresse jusqu'à la Révolution française.

Au début du 14ème siècle, les Durfort sont la plus puissante famille de Guyenne et ils représentent le roi en son absence. Blanquefort est leur principale possession. La seigneurie comprend alors un tiers du Médoc, atteint l'océan Atlantique et le bassin d'Arcachon.
Parallèlement, d'autres châteaux plus modestes apparaissent sur l'actuelle commune, comme à Breillan ou Terrefort. Une chapelle est construite plus au nord, dans le village de Caychac.
Le petit château est alors agrandi pour devenir une forteresse royale, anglaise, chargée de défendre Bordeaux contre une attaque du roi de France.
Blanquefort devient un lieu stratégique de la guerre de Cent Ans. Une enceinte en pierres est construite ; le donjon est agrandi par l'adjonction de six grosses tours.

 

 

Cette période se situe entre 1453 et 1789.

En 1453, après la victoire française de Castillon, la forteresse est prise, avant que Bordeaux ne tombe. Pendant quelques années, le château devient forteresse royale française, possession de Louis XI. Puis l'un de ses lieutenants, Antoine de Chabannes, obtient la forteresse qu'il adapte à l'artillerie à feu et embellit de décors gothiques.

Les Durfort récupèrent Blanquefort peu après.
La forteresse perdra progressivement son intérêt stratégique. Incendiée au 17ème siècle, elle est abandonnée et sert même de carrière de pierres durant la Révolution.
 
Au 17ème siècle, le village de Blanquefort connaît un nouvel essor avec la construction du château Dillon, du nom d'une famille de nobles irlandais venus s'installer ici.
Un domaine viticole se développe, notamment autour du domaine de Breillan, acquis au 18ème siècle par deux autres familles irlandaises.
Le château du Dehez illustre bien, avec son plan de villa romaine, le goût du siècle pour les châteaux de campagne.
Le magnifique château de Fongravey  a été la propriété du consul de Hambourg Daniel Kristof Meyer.

 

Après la Révolution.

La vie tranquille de la commune de Blanquefort va être secouée par la Révolution. Elle connaît la particularité d'avoir eu comme premier maire révolutionnaire Pierre Saincric, qui était le curé de la paroisse avant la Révolution; par la suite il se maria et devint notaire. La viticulture connaît son apogée au 19ème siècle où des domaines comme Dulamon, Le Dehez ou Dillon changent de propriétaires. L'activité emploie alors la majorité de la population blanquefortaise qui atteint environ 2 000 habitants en 1900. Près de la Garonne, dans le palus se trouve alors pendant une courte période le principal élevage de sangsues de Bordeaux car les animaux étaient alors utilisés en médecine.

Certaines familles ont gardé souvenirs et documents des guerres du 19° siècle qui pourront être présentés.

Présentation générale du 19ème siècle.

1 : Evolutions politiques.

Voici un siècle qui naît au spectacle sanglant de l’épopée napoléonienne, pour s’abîmer dans cette tuerie que fut la Grande Guerre.

Sept régimes politiques se succèdent en moins d’un siècle :

1799-1804 : Bonaparte, premier consul.

1804-1815 : Premier Empire.

1815-1830 : malgré le bref intermède des Cent-jours, après la défaite de Waterloo, l’Empire est abattu, la royauté, rétablie : c’est la Restauration, avec Louis XVIII, puis Charles X.

1830-1848 : monarchie de Juillet, dirigée par Louis-Philippe.

1848-1852 : la Révolution institue, avec Lamartine, la IIème République, bientôt minée par le coup d’État de son président, Louis Napoléon Bonaparte, le futur Napoléon III, que fustige Victor Hugo.

1852-1870 : le Second Empire mis en place par Napoléon III tombe après la défaite de 1870 face aux Allemands.

1870 : la IIIème République est proclamée provisoirement, puis confirmée en 1875. Elle durera jusqu’en 1940.

Les clivages politiques sont particulièrement marqués. Droite et gauche s’opposent, évidemment. Mais à l’intérieur de ces sensibilités, les tensions ne sont pas moins vives. La droite aristocratique et légitimiste s’accroche aux valeurs anachroniques de l’Ancien Régime ; la droite bourgeoise et orléaniste tente de concilier l’ordre monarchiste et le capitalisme industriel ; la droite populaire, opportuniste, plus ambiguë, est aussi plus autoritaire. À gauche, la tradition politique et libérale prévaut sous la Restauration. Mais bientôt émergent la gauche républicaine et radicale, et les gauches socialistes, aux théoriciens divers, Fourier, Proudhon ou Marx. Le débat public se pose donc, en général, en termes contrastés : progrès ou tradition, science ou religion, liberté ou ordre, autant de clivages qui coïncident souvent, mais pas toujours, avec l’opposition gauche/droite. Les idéologies avivent les passions.

2 : Evolutions économiques et sociales.

C’est le siècle, en France, de la révolution industrielle. Servie par les progrès de la technique, elle se fonde sur le textile et sur l’aciérie. Les moyens de communication se développent, les chemins de fer, la marine à vapeur. Le capitalisme financier, avec la Bourse, prend une ampleur nouvelle, et permet l’essor d’une bourgeoisie d’affaires, aux réussites parfois spectaculaires, comme le montre Balzac. Mais les chantres de la pensée libérale, comme Saint-Simon, ont beau se réjouir de ces progrès, la misère sociale semble augmenter, à proportion des richesses créées.

La question sociale est posée. L’asservissement de l’homme aux machines et au système social, ces formes modernes de l’esclavage, le travail des enfants, condamné par Hugo, la déchéance sociale et/ou morale des travailleurs révélée par Zola, des ouvriers et de tous les prolétaires, finissent par attirer l’attention, et le catholicisme social de Lamennais rejoint par là les préoccupations des gauches socialistes. La liberté sans le pain ne sert pas à grand chose : c’est le siècle des misérables.

3 : Evolutions culturelles.

C’est l’avènement d’une culture nationale commune, fondée sur le patriotisme et sur l’histoire de France, étudiée et célébrée par Michelet, enseignée dans la République des écoles laïques, gratuites et obligatoires. Partout exaltée, par la Révolution, puis par l’Empire, de l’extrême gauche à l’extrême droite de Barrès et de Maurras, l’idée de nation offre à la France divisée l’occasion d’une opportune et solennelle communion, au mysticisme laïcisé.

Plus concrète se veut la culture bourgeoise, qui se fonde, elle, sur les valeurs de l’ordre, de la raison, et surtout de l’argent. Elle répond volontiers aux exhortations du ministre Guizot : « enrichissez-vous ». C’est une culture de ce monde, de l’ici-bas, inspirée du siècle de Voltaire, éventuellement anticléricale, comme l’est Stendhal, et qui voit dans la religion tout au plus une garantie de l’ordre social. Ce même mouvement de laïcisation de la société aboutira à la séparation de l’Église et de l’État en 1905. En revanche, les valeurs positivistes de la science et de la connaissance sont de plus en plus célébrées, par Taine et par Renan, par exemple.

L’avènement relatif d’une culture de masse est un fait essentiel à cette époque. Le suffrage prétendument universel, d’où sont exclues les femmes, l’alphabétisation croissante, l’essor de la presse et des gazettes, donnent au pays tout entier une conscience et une culture politiques nouvelles. Les auteurs ont désormais une tribune qui amplifie leurs discours. Porté par cette société bourgeoise, l’artiste est bien souvent un être élu et réprouvé. Tels sont les poètes maudits que présente Verlaine. Texte extrait du site : keepschool.com

Présentation générale du 20e siècle.

Le 20ème siècle a été fortement marqué par des guerres importantes et nous accordons ici une place importante à ces événements dramatiques :
- la Première Guerre mondiale, en honorant ses nombreux morts
- la Seconde Guerre mondiale, qui a marqué durablement le village de Blanquefort : 300 hommes partis à la guerre, la défaite, les 100 prisonniers en Allemagne, l’occupation, la résistance, la victoire
- les Guerres d’Indochine et d’Algérie, décolonisation plus complexe.

Blanquefort connaît une rapide croissance à partir des années 1960. La commune intègre la Communauté urbaine de Bordeaux à sa création en 1968.Une immense zone industrielle voit le jour où s'implante bientôt une usine du constructeur automobile Ford. Elle devient vite la plus grosse entreprise privée de la région Aquitaine avec plus de 4 000 salariés ; sa taxe permet alors à la commune un développement économique, social et culturel. La commune connaît alors un développement lié à l'agglomération bordelaise, en s'intégrant parfaitement dans la banlieue de la ville.

« La superficie communale totale est de 3 260 ha ; les près occupent 499 ha, les marais 494 ha, la vigne 476 ha, les terres labourables 473 ha, les landes 369 ha, les pâtures 147 ha, les jardins particuliers très nombreux 46 ha.

Le domaine du Syndicat des Jalles est de 2 592 ha et celui du syndicat des marais 512 ha. La superficie moyenne des exploitations agricole est de 17 ha, de 1 ha pour la plus petite à 119 pour la plus grande ».

Texte d'Henri Bret extrait des Archives municipales de Blanquefort, extrait du relevé des allocations familiales en agriculture du 13 février 1943.

« Les 5 000 parcelles environ sont constituées de terres labourables, vignes, aubarèdes, pâtures, près, jardins, taillis, bois de futaie, acacias, bois de pins, vergers, friches, landes, jardins, marais, chemins, ruisseaux, etc.  La majorité des grands propriétaires est domiciliée hors commune, sauf deux Lagoublaye et Maurian ; «  certains possèdent plusieurs propriétés dans la commune, généralement une résidence avec jardin d’agrément et aussi des vignes, tels de Martignac, Cambon, Reaud, Meyer, Duval, Muratel, de Portal, de Magnol, Duprat et Darnec… » La commune est répartie en 4 sections : la Lande, le Milieu, la Landille, la Palu.

Texte de Jean Lafitte, l’ancien cadastre de 1811 de la commune de Blanquefort, paru dans la revue du G.A.H.BLE n° 17 de juin 1991.

Raymond Valet fait remarquer qu’« il nous reste en définitive aux quatre points cardinaux, quatre propriétés produisant quatre vins type bourgeois, quatre vins différents de brillante qualité, ce qui conserve le renom de nos vins récoltés dans notre cité ».

Texte de Raymond Valet, Feuilles d’automne, Publications du G.A.H.BLE 1984, p. 70.

Et nous pouvons observer que la commune contemporaine a partagé son territoire, elle aussi, en quatre quartiers : Majolinas (contraction de Majolan et Linas), Cachac, le Bourg, les Rainettes (de La Renney)… en 2001 !

 

cadastre

Le climat.

Un orage (dérivé à l'aide du suffixe age de l'ancien français ore, signifiant « vent »1) est une perturbation atmosphérique d'origine convective associée à un type de nuage particulier : le cumulonimbus. Ce dernier est à forte extension verticale, il engendre des pluies fortes à diluviennes, des décharges électriques de foudre accompagnées de tonnerre. Dans des cas extrêmes, l'orage peut produire des chutes de grêle, des vents très violents et, rarement, des tornades.
Les orages peuvent se produire en toute saison, tant que les conditions d'instabilité et d'humidité de l'air sont présentes. Le plus grand nombre se retrouve sous les tropiques et leur fréquence diminue en allant vers les pôles où ils ne se produisent qu'exceptionnellement. Dans les latitudes moyennes, le nombre varie avec la saison. source Wilipédia
Blanquefort n'a pas été épargné dans le passé par le mauvais temps.

Une intempérie est une perturbation météorologique : « Sont considérées comme intempéries, les conditions atmosphériques et les inondations
lorsqu’elles rendent dangereux ou impossible l’accomplissement du travail eu égard soit à la santé ou à la sécurité des salariés,
soit à la nature ou à la technique du travail à accomplir » (article L. 5424-8 du code du travail).

Blanquefort n'a pas été épargné dans le passé par le mauvais temps.

Introduction à la géographie humaine.

Nous proposons l’étude du déroulement de la vie à travers le changement de l’espace, comment nos ancêtres ont structuré leur village en tenant compte des réalités géographiques dans lesquelles ils vivaient dans les rubriques suivantes :
- le peuplement,
- la démographie et les recensements,
- la toponymie,
- la voirie,
- les transports,                                                                                                                                                                                                                                                                            - l’économie.
« La géographie humaine est l'étude spatiale des activités humaines à la surface du globe, donc l'étude de l'écoumène, c'est-à-dire des régions habitées par l'homme.
Cette branche de la géographie est donc par définition une science humaine.
Ses domaines sont très variés et font appel aussi bien à la démographie, à la sociologie, à l'économie, à l'histoire, au droit ou encore à la politique.

La géographie humaine comprend elle-même de nombreuses spécialités :
- la géographie de la population
- la géographie rurale
- la géographie urbaine
- la géographie sociale
- la géographie économique
- la géographie des transports
- la géographie politique
- la géographie culturelle
- la géographie religieuse ».

Les autres rubriques seront abordées dans le chapitre de la population : vie culturelle, vie politique, vie religieuse, loisirs, la langue.

Les métiers de la terre.

La terre nourricière est bien l’activité essentielle de Blanquefort pendant des siècles, il en reste aujourd’hui quelques survivances et quelques traces qui ont tant marqué le territoire. On le retrouve dans le parcellaire, les noms de lieux-dits, la toponymie, y compris la microtoponymie qui a disparu en grande partie, les jardins, les près et les zones boisées, et tout ce qui reste des zones marécageuses…
« Le maraîchage dans les jardins potagers fut abandonné en 1954, l’arboriculture : 4 000 fruitiers, pommiers et poiriers sur deux hectares, disparut dans les années 60, le gemmage des pins - une cinquantaine d’hectares - cessa à partir de 1951. Les céréales étaient surtout blé et avoine entre 1925 et 1950, l’avoine fut alors délaissée (il n’y avait plus de chevaux à nourrir) au profit de l’orge et du maïs (pour l’élevage) et ils remplacèrent même le blé. Aujourd’hui, la priorité est accordée à la vigne et au vin ».

Alain Tridant, Château Dillon, Publication du GA.H.BLE 1998, pages 25 et 27.

Témoignages de la période 1939 : « Il y a eu peu de restrictions à la campagne, on avait les légumes, ici on n’a pas mangé de topinambours. À La Rivière, il y avait beaucoup de vaches : chez Dupuy, Feydieu (les parents de Mme Dubos), Moncet, Blanc d’Eysines (née Fourton), Cousteau, Romefort… On avait des vignes, des vaches, de l’agriculture. Les femmes, nous faisions le travail comme les hommes.
La culture des artichauts a été très importante à Blanquefort : aux artichauts, il arrivait que les hommes restent plusieurs jours pour travailler, ils avaient des cabanes plus ou moins grandes, la notre avait deux pièces. Les artichauts faisaient vivre 11 métayers. Mon père était métayer, il avait un cheval, il amenait les artichauts aux Capucins, c’était le propriétaire qui achetait les plants et ils partageaient la recette à moitié. Les terres ont été inondées après la guerre. On avait des terres en friche, on faisait des primeurs aux Sables noirs à la limite de Parempuyre ».
L’acacia : Pierre Cambon, négociant et armateur bordelais achète en 1798 le château (qui porte son nom) et le fait reconstruire. Il y mène des expériences de plantations d’arbres et plantes exotiques, en particulier l’acacia. La superficie est de 12 hectares.
Les productions dans les fermes de Blanquefort ont été nombreuses et variées : fourrage foin, paille, légumes secs, haricots, fèves, fèverolles, céréales, maïs, avoine, orge, blé, seigle, oléagineux, tournesol, pommes de terre…

 

Le vin.

De tout temps, la vigne a été un élément essentiel du paysage de la commune de Blanquefort.
Une grande partie des paysans et des artisans travaillaient dans ce secteur.
« La tradition viticole est attestée à Bordeaux dès le 1er siècle après J.-C. Elle se développe dans le haut Moyen-âge ne serait-ce que pour les besoins du culte catholique. On peut penser que Blanquefort s’est fait connaître dès le 6ème siècle pour ses vins blancs. Dans la deuxième moitié du Moyen-âge (11-15ème siècle, les coteaux de la rive nord de la Jalle (terme gascon qui, en Médoc, désigne une petite rivière née dans la lande et se jetant dans la « rivière », Garonne ou Gironde) participèrent tout naturellement à la première expansion du vignoble bordelais (12ème siècle), qui eut comme débouché les îles britanniques. Les vignes gagnèrent ensuite Macau et Ludon (13ème siècle) puis par la suite le Médoc central.

Blanquefort peut donc être qualifié de « point de départ du vignoble médocain », selon les propres termes du Conseil des vins de Médoc. Une mutation économique importante sous Louis XIV provoqua la renaissance du vignoble qui fut replanté principalement en rouge afin de répondre à une nouvelle demande… Blanquefort semble avoir participé à cette « fureur de planter » qui a animé le pays bordelais au début du 18ème siècle : « les paroisses les plus considérables (en Médoc) sont Pauillac, Margaux, Macau, Blanquefort, Saint-Estèphe » disait le géographe Claude Masse dans son Mémoire de 1733. On constatait que tout avait été mis en vigne et, à près de dix lieues aux environs de Bordeaux, on ne voyait qu’un vignoble ».
Alain Tridant Château Dillon, Publication du G.A.H.BLE, 1998, p 103.106.

Les Artisans et les Commerçants.


Ce sont des catégories socioprofessionnelles particulières dans une commune, à la fois par leur statut et leur type de services rendus à la population. Nous vous proposons d’en découvrir le nombre et leur implantation à Blanquefort à différentes périodes.

Je me souviens des artisans et commerçants en 1939-1945.


« Les artisans étaient nombreux et leurs activités s’étendaient souvent au-delà des limites de la commune ; Blanquefort, chef lieu de canton, se trouvait à la fois tout près de Bordeaux et des grands chais du négoce des vins du quartier des Chartrons et à l'entrée du Médoc et de ses châteaux. Outre les métiers traditionnels liés à la construction et à l'entretien des bâtiments : maçons, charpentiers, menuisiers, couvreurs, serruriers, peintres, tapissiers, plombiers-zingueurs, mécaniciens, etc., de nombreux autres plus concernés par les activités agricoles et par l'économie locale connaissaient une certaine prospérité tels que les charrons, forgerons, les fabricants et réparateurs de charrettes, tombereaux et brouettes, tonneliers, bourreliers, selliers, maréchaux-ferrants ; toutes ces petites entreprises artisanales occupaient aussi du personnel local, apprentis et ouvriers confirmés. On peut encore classer dans cette catégorie quelques ateliers de couture et broderies utilisant du personnel féminin et surtout ne pas oublier les salons de coiffure hommes et dames dont chacun connaît l'importance dans la vie locale ».

« Les commerçants étaient essentiellement répartis à Blanquefort-bourg, à Caychac et quelques rares quartiers, les commerces répondaient aux besoins locaux et connaissaient une certaine prospérité. On trouvait : des épiceries de proximité avec produits alimentaires et accessoires divers nécessaires à la vie des familles telles que balais, sabots, pantoufles et autres objets usuels, des merceries bien assorties, des pharmacies, le marché place de l'église, quelques magasins spécialisés tels que quincaillerie avec vente de produits d'entretien, de traitement des végétaux et de la vigne ainsi que des semences diverses, des commerces de vente de grains et issues pour l'élevage... Des bureaux de tabac avec vente de fournitures pour la chasse et la pêche, un marchand de bois et charbon, et enfin, les cafés et bistrots, le lieu de passage incontournable qui affichait « complet » chaque dimanche avec les joueurs de manille, de belote ou de billard quand il y en avait un ».

Récit de Jean Pierre Delhomme sur son village dans les années 1930. Note : extrait d’un document familial : La descendance de Justin Bret (1858.1929) et de Céline Cornet (1859.1942) un couple de Blanquefort - Henri Bret 2002. 52 pages.


D’autres habitants décrivent leurs souvenirs.


« Sur la place de l’église, tout prés du presbytère, il y avait une boulangerie, chez Destic, un coiffeur, chez René, une alimentation générale au coin de la rue Gambetta, c’était chez Bayard qui était tenu par M. Bidou. Je me souviens que la vendeuse s’appelait Thérèse. À l’autre coin de la rue Gambetta, il y avait la boucherie, chez Racary ; un peu plus bas à droite, en descendant la rue Gambetta, il y avait une autre boucherie mais je ne m’en souviens plus du nom. Dans cette rue, on pouvait trouver l’hôtel des Voyageurs.

En face, il y avait encore un coiffeur, plus loin à droite, une librairie papeterie, à gauche une pharmacie. En revenant sur la place du village, au coin de cette dite rue, il y avait une pharmacie tenue par M. Pain, puis une bonneterie mercerie, un café. Puis, il y avait, disons, une sorte de marché avec une grande porte cochère. Bien des femmes attendaient devant la porte, en fin de matinée, l’arrivée de Marie la marchande et de sa fille Fafa. Elles venaient des Capucins, avec leur charrette et le cheval.

En descendant la rue, qui conduit vers la mairie, à gauche il y avait une épicerie qui faisait aussi un peu quincaillerie. C’était chez Boissarie. Plus bas, il y avait une autre épicerie, chez Faye, elle vendait aussi quelques tissus, de la mercerie et on arrivait au parc de la Mairie. De chaque côté il y avait les écoles, à droite de la Mairie l’école des garçons, à gauche l’école des filles. Puis on s’en allait vers les villages dont bien des commerçants en faisaient le tour, la boulangère Mme Destic, le boucher, la laitière Mme Ducousseau avec ses bidons de lait.

Tout cela se faisait avec une charrette et un cheval, mis à part le boucher, il avait une voiture, une fourgonnette sûrement.
Puis, dans ce marché, parfois il y avait cinéma, c’était un cinéma ambulant, je pense qu’il fallait y porter sa chaise, moi je n’y suis jamais allée. Par contre, j’allais au cinéma de monsieur le curé qui se trouvait rue Gambetta. On payait 50 centimes, mais souvent les enfants se débrouillaient pour ne pas payer. Oh ! J’ai vu bien des films qui me faisaient pleurer, Michel Strogoff, Sans Famille…

Il y avait aussi Mme Dumora, c’était la sage- femme. Elle se déplaçait en bicyclette mais elle avait dû faire naître tous les enfants de Blanquefort de cette époque. Elle habitait dans la rue Gambetta, aussi ».

« Il y avait une marchande qui s’appelait Marie et qui allait aux Capucins, c’était une marchande de poissons. Elle était bien courageuse, la pauvre femme. C’était une grosse femme énorme et elle partait le matin au premier feu du jour par le premier tramway. Elle allait aux Capucins chercher la nourriture, du poisson et elle revenait, il devait y avoir quelqu’un avec une charrette qui l’amenait jusqu’au tramway, elle montait dans le tramway avec les paquets et, à l’arrivée du tramway il y avait sa fille, Fafa qui l’attendait avec une charrette à âne. Elles chargeaient dans la charrette à âne ce qu’elle avait acheté et on arrivait sur la place de l’église où il y avait une espèce de porte cochère, çà s’appelait le café-bar Dabadie, je ne sais pas comment çà s’appelle maintenant. Dans cette espèce de hangar, on mettait des tables et elle s’installait là : c’était le marché. Elle vendait que du poisson, des moules, me semble-t-il. Mais enfin, c’était une figure. On disait : « on va chez Marie, Marie a des moules ».
« Destic, le boulanger, livrait le pain dans les marais avec un cheval et une charrette fermée ».
« J’entends encore dans mes oreilles la voix de celui qui parcourant la campagne achetait les peaux de lapins… « Peaux de lapins, peaux…peaux de lapins, peaux… », chantait-il… Je me souviens, nous l’entendions de loin, nous courrions prévenir nos parents qui apportaient les peaux de nos lapins morts en civet, maintenant séchées, bourrées de paille, prêtes à être vendues ».

Des métiers d’hier.

Le moulange des grains en 1793.

Observations de la municipalité de Blanquefort concernant le moulange des grains dans l’étendue de son territoire.
1° il existe sur ledit lieu de Blanquefort trois moulins à eaux, de deux meules chacun,
2° il n’y a point de moulins à vent,
3° les boulangers payaient en l’année 1790 pour droit de moulange par boisseau blé, froment ou seigle, mesure de Bordeaux : douze sols,
4° les particuliers pour le même droit : quinze sols,
5° les chefs de moulins prennent en nature le droit de moulange pour les autres espèces de grains, on ne peut donc fixer le droit en monnaie courante à l’époque du mois de mai 1790.
Certifié véritable à Blanquefort le 6 novembre 1793, l’an 2 de la République. Saincric, maire. Ferri, secrétaire. Correspondance AD L410, p.4 – 6 novembre 1793.
Texte extrait du registre des délibérations de l’administration du canton de Blanquefort registre 5, transcrit par Martine Le Barazer.

Le rémouleur.

Il venait une fois par mois, traversant tous les villages de la région. Il s’installait place de l’église et nous lui apportions couteaux et ciseaux à aiguiser. Il réparait aussi des faïences avec des agrafes et étamait les couverts.

Peaux de lapin.

J’entends encore dans mes oreilles la voix de celui qui parcourant la campagne achetait les peaux de lapins… « peaux de lapins, peaux… peaux de lapins, peaux… », chantait-il… Je me souviens, nous l’entendions de loin, nous courrions prévenir nos parents qui apportaient les peaux de nos lapins morts en civet, maintenant séchées, bourrées de paille, prêtes à être vendues.

Le charbonnier.

Il menait son cheval et sa charrette, chargée de sacs de jute plein de boulets de charbon et de bois pour les cuisinières et les poêles et recouvert sur la tête et les épaules, pour se protéger de la poussière noire, d’un sac de jute décousu qui lui faisait un capuchon. Je me souviens que malgré ses précautions, les fines rides de son visage, autour de son sourire étaient soulignées de noir. Je me souviens du tonnelier, du charron, du sabotier, du maréchal ferrant, des chevaux attachés qui attendaient en frappant leurs sabots sur le sol et de l’odeur de la corne brûlée. « Il s’appelait Jean Dedieu ».
Extrait de : Le petit Blanquefortais illustré, supplément d'actualité de l'exposition : La mémoire de Blanquefort. 1ère année, n°1, octobre 1994.

La filature de soie.

Avant 1869, une filature de soie a existé à Blanquefort, dans le quartier des sables de Chante-Coucou, au lieu-dit des Pins. Les prairies étaient plantées de nombreux muriers, dont les derniers spécimens ont disparu vers 1980, lors de la création du lotissement.
Dans une vente de M. et Mme Fau à M. Ginouilhac, le 08 août 1869, devant le notaire de Blanquefort, Maitre Courregeoles, le sieur Jean Fau, cultivateur à Blanquefort, et la dame Marie Campagne, son épouse, demeurant au lieu des Sables Chante-coucou à Blanquefort, agissant avec le sieur François Carrerot, laitier, ont vendu à M. Jean Emile Fortuné Ginouilhac, propriétaire, ancien négociant armateur, demeurant à Bordeaux, rue de Grassi,
- une chambre et un chai, le tout contigu, situé au lieu des Sables Chante-coucou à Blanquefort (noté en marge au crayon : partie de la mère Mme Janicot),
- un petit terrain en jardin, même lieu, ayant une largeur de 12 m au nord et 10 au midi,
- un autre terrain en jardin situé au lieu de Virebouc,
- les droits de propriété et d’usage qu’ont les vendeurs sur une fournière et la place commune au couchant d’icelle dit lieu des Sables Chante-coucou, observant que la dite place a 8 mètres de largeur à partir du mur de la dite fournière, en entrant par le chemin public vers midi jusqu’à la borne faisant l’encoignure du chai du sieur Carrerot,
- le droit de puisage au puits situé à ce dernier lieu, appartenant à la succession Dongey,
- les droits qu’ont les vendeurs à un terrain de forme triangulaire situé au même lieu de Chante-coucou, servant ou ayant servi à une filature de soie et connus sous le nom de grange dans le partage de la dite famille Dongey, confrontant…
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Pour l’exploitation des jardins, il existe un passage d’1 m, 33 cm de large. Ces biens ont été acquis par le dit Fau de la dame Elisabeth Gougeon, épouse assistée et autorisée du sieur Guillaume Sol, garçon de commerce, rue Planturable n° 73 à Bordeaux…
Succession de l’aïeule de Lagrange (acte du 11.07.1823 Maitre Courrégeoles). Prix de 200 F pour Carrerot et 2 000 F pour les époux Fau.
En 1894, le souvenir de la filature perdure dans un acte notarié : dans son testament du 25 juin 1894, M. Ginouilhac dit en son point 8 : « Je donne à Noémie Janicot, notre femme de chambre, née le 12 décembre 1873, la somme de 8 000 F, plus un petit immeuble, composé de deux petites maisons communiquant, l’une de ces maisons a servi jadis de filature à soie et a été convertie en auberge, l’autre maison est une grande pièce au couchant de l’ancienne filature et y attenant et communiquant, le tout occupé actuellement par un locataire qui y tient auberge. Ce petit immeuble ainsi que le petit jardin derrière au nord et séparé par la place commune est situé à Blanquefort au lieu des Sables ou Chante-coucou ».
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[Testament olographe de M. Ginouilhac du 25.06.1894 déposé chez M° Desclaux de Lacoste, notaire à Bordeaux, (3E 31 866 aux archives départementales) suivant acte de ce dernier du 21.05.1896 (3E 31 888]
Pour mieux connaitre le travail de la sériculture, cliquez ICI.

La culture de l’ananas à Bordeaux et à Blanquefort.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, on cultivait des ananas à Bordeaux depuis le XVIIIème siècle. Cette assertion n'est pas une boutade !
Les ananas faisaient bien partie des desserts sur grandes tables bordelaises. Connu d'abord sous forme confite puis frais, ce fruit originaire
d'Amérique tropicale, fut cultivé en Espagne dès le XVIème siècle. Il n'apparut dans notre région qu'au moment du développement du commerce avec les
Antilles. Louis XV, lui-même, « trouva ce fruit très bon ». En 1718, Labat de Savignac, conseiller au Parlement de Bordeaux, séduit par la saveur de ce fruit exotique fait ramener des Caraïbes plusieurs plans d'ananas (Archives départementales de la Gironde-8J48). Réservé à l'élite, cette culture restera cependant assez confidentielle, mais elle réapparut au début du XIXème siècle, époque où il fut possible de construire des serres en fer offrant une plus grande surface vitrée. Plus tard la découverte du Thermosiphon (chaudière produisant de la vapeur) permit une meilleure production.
Un document extrait des archives de la Société d'horticulture de la Gironde nous apprend queM. Cayrou réussit à faire prospérer dans sa propriété de Talence 28 pieds d'ananas de trois variétés différentes, « toutes de la plus belle végétation ». C'est en 1856 que les œilletons avaient été plantés en pleine terre à 50 centimètres d'intervalle. Une chaleur constante de 28° à 30° était maintenue par de puissants « réchauds » en fumier de cheval (sic) de 80 centimètres d'épaisseur fréquemment triturés et renouvelés tous les mois, sauf en juillet et en août. Huit à neuf charrettes de bon fumier en décomposition étaient nécessaire chaque année pour atteindre cette température ! Il fallait aussi renouveler régulièrement l'air des serres et des châssis. Bref ! Ce n'était qu'à ce prix qu'il était possible d'obtenir de beaux fruits arrivés seulement à maturité au bout de presque 34 mois…
En améliorant ses recherches, Monsieur Cayrou pensait rendre la culture de l'ananas moins onéreuse afin de la populariser dans nos contrées.
Les idées « d'industrialiser » sa production germait dans les esprits. Certains pensaient même que ce fruit deviendrait assez abondant en France pour qu'il puisse concurrencer les produits indigènes… Il en fut autrement.
Sur la rive droite de la Garonne, cette culture passionna également la famille Guestier. Sur leur domaine agricole de Bel-Sito à Floirac, une serre chaude lui était spécialement dédiée. 40 pieds d'ananas produisaient de beaux fruits « qui avaient un goût bien supérieur à ceux ramenées par les steamers dans le port de Bordeaux » (SHG 1879). En 1879, le négociant Guestier reçut pour cette excellence une médaille d'argent par les sociétés agricoles.
Le banquier Piganeau, propriétaire du château de Dulamon à Blanquefort en cultivait lui 62 pieds de l'espèce Ananas Martinique Comte de Paris.
L'arrivée régulière de bateaux rapportant ces fruits en grosse quantité et à vils prix, finit par décourager ceux qui avaient crus au succès et au développement de cette culture. « La différence était tellement considérable autant sous le rapport du goût que celui du parfum qu'on n'hésitait pas à préférer les ananas cultivés en serre ». Les terribles hivers de 1879 et 1880 (une température de -22 degrés fut relevée à l'observatoire de Bordeaux) anéantirent probablement ces plantations expérimentales qui ne furent plus jamais d'actualité.
Article paru dans le journal Sud-ouest du 5 avril 2011, par Cadish.

Une lisseuse repasseuse, 1930.

Parmi les commerçants regroupés près de l'église Saint-Martin en face de la poste, se côtoient un dentiste, une bouchère, une lisseuse repasseuse... Marguerite Ferry dite « Guiguite » est une figure emblématique du quartier. Fille d'un géomètre ayant construit notamment les lignes de chemin de fer d'Artouste et de Mauléon, elle naît à Blanquefort en 1899. L’histoire a voulu que Marguerite ne se marie jamais, car à la mort de son père, sa mère lui dit : « maintenant, c'est toi qui vas t'occuper de moi ». Mlle Ferry a pratiqué vaillamment le métier de lisseuse repasseuse durant de nombreuses années, rue Gambetta. Une femme formidable, très avenante aux dires de ceux qui l'ont connue... Sa boutique était attenante à celle de la bouchère, Mme Racary, située à l'angle de la rue (à l'emplacement de l'actuelle banque). Les deux femmes étaient très proches et très complices.

Une anecdote raconte que la bouchère filait voir la repasseuse dès qu'elle se fâchait avec son mari. « Guiguite » repassait le linge plat habituel (torchons, draps, nappes, serviettes... ) ainsi que le linge nécessitant un apprêt comme les cols cassés des chemises d'hommes sur lesquels il ne fallait pas oublier de mettre une épingle avant livraison, pour préserver la tenue.                                            Elle s'occupait aussi du linge demandant un repassage en forme, comme les cornettes des sœurs du lycée Saint-Michel qu'elle amidonnait en échange d'un repas quotidien.                                          Un travail de femme, certes, mais un travail rude, en raison des instruments lourds et dangereux à manipuler. Pour faire chauffer ses fers, « Guiguite » les installait sur un grand poêle cylindrique en fonte, appelé « cloche de repassage », qu'elle remplissait de charbon. Pour évaluer la température de ses fers, elle les rapprochait de son oreille, c'est pourquoi elle finissait toujours par avoir la joue rouge.
Chaque année au mois de mai, la fête de Blanquefort battait son plein. Cette fête était l'occasion pour certains commerçants de réunir la famille et les amis autour de grands repas conviviaux.          Mme Racary, la bouchère, organisait des festins pour 50 personnes, aidée par ses amies du quartier dans la bonne humeur.

« Guiguite » elle aussi, organisait des repas sur sa grande table à repasser.
Un soir, Gaston et Fernand, deux frères du quartier, se sont assis sur les marches de la boucherie et ont fait du tapage. Ne parvenant pas à s'en débarrasser, la bouchère vida son pot de chambre sur leurs têtes du haut de sa fenêtre, pour les faire déguerpir. Le stratagème fut efficace.

Une autre anecdote raconte que la blanchisseuse n'a jamais voulu se faire soigner les dents, alors que le dentiste, M. Gadrat se situait à proximité de son atelier.                                                    Marguerite Ferry est décédée à La Réole le 2 octobre 1983 et inhumée à Blanquefort. Très connue et très appréciée en son temps, elle inspire encore de bons souvenirs aux gens qui l'ont côtoyée (propos recueillis auprès de Monsieur Pericat, le neveu de Marguerite Ferry)
Les outils de la repasseuse.

Les éléments nécessaires au travail de repasseuse étaient importants :  des fers pleins ordinaires de différentes tailles, des fers à tuyauter (pour réaliser des plis), des fers à glacer, des fers à plastronner, des fers à coque (fers de forme cylindrique permettant de repasser les manches et coiffes)... A cela s'ajoutait les indispensables porte-fers en fonte, en fer émaillé ou en aluminium, mais aussi des poignées en tissus ou en cuir avec de la tôle à l'intérieur pour tenir les fers, des bassines émaillées pour faire cuire l'amidon, sans oublier les patemouilles pour les lainages et les pattesèches pour les délicats, etc.
Extrait de : Equinoxes et Solstices, date ? 2004, n° 13, p. 24-25. Le magazine de la ville de Blanquefort. Avec l’autorisation de la ville de Blanquefort.

L’évarronneur :

Vous vous souvenez peut-être du sonneur, du garde-champêtre ou du fontainier, autant de métiers communaux aujourd’hui disparus.                                                                                              Mais peu connaissent le rôle de l’agent évarronneur nommé par le maire, chargé par arrêté préfectoral d’organiser des « campagnes d’évarronnage » sur sa commune. Même le Petit Robert les a oubliés. Selon son compère Larousse, le nom masculin « évarronnage » vient de varron et définit « la lutte contre les larves de varrons, par pulvérisation de produits chimiques sur la peau des bovins contaminés ». Il y a encore une cinquantaine d’années, ce traitement était appliqué manuellement par des agents évarronneurs.
L’hypodermose bovine.
Egalement appelée la maladie du varron, l’hypodermose bovine est due au développement, chez les bovins, de larves de varrons. Ces mouches pondent en bas des pattes, leurs larves pénètrent dans la peau et transitent dans les muscles. Cette infestation se caractérise principalement par la formation de nodules qui apparaissent au printemps sur le dos des bovins. Du mois de mars au mois d’août, les larves passent par l’orifice du nodule et quittent le dos des bovins. Un nouveau cycle peut alors recommencer et d’autres larves infester le bétail.
Des pertes économiques importantes.
Une croyance fort répandue au XIXème siècle affirmait que le varron ne pondait que sur les plus belles bêtes. Le fait d’être varronné était pour un bovin un brevet de qualité. Mais au début du XXème siècle, des éleveurs plus avisés se rendent compte que les larves de ces mouches portent un tort considérable au rendement de leurs bêtes. Les pertes au niveau national se chiffrent par centaines de millions de bêtes au début des années 40. « Les bêtes parasitées étaient amaigries, affaiblies, ce qui provoquait une chute des productions de lait et de viande, sans compter tous les trous le long de la ligne du dos qui dépréciaient fortement le cuir », témoignent André et Élisabeth Picou, exploitants agricoles retraités, âgés respectivement de 86 et 89 ans. La lutte contre le varron devient alors une préoccupation majeure des éleveurs français.
Des campagnes s’organisent.
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, un centre national de lutte contre le varron est créé par décret pour mettre en place et contrôler la lutte contre l’hypodermose bovine. Son budget est alimenté par une taxe sur le prix des peaux versée par les tanneurs. Désormais, en Gironde, comme dans chaque département, une commission de surveillance de la lutte contre le varron se réunit chaque année, sous la présidence du préfet, pour fixer les modalités des campagnes à venir. Un arrêté préfectoral impose aux maires d’organiser l’évarronnage sur leurs communes.
Des agents évarronneurs nommés par le maire : ainsi, par arrêté préfectoral du 16 décembre 1946, « est nommé Agent Évarronneur, M. Dedieu Jean, demeurant à Blanquefort et exerçant la profession de maréchal-ferrant ». Bien d’autres lui succèderont : Albert Paillasse, maréchal-ferrant demeurant à Caychac (1947), Pierre Rivière, bourrelier de Caychac (1948, 1949), M. Daugas (1952), André Perrin (1953), Lucien Robin (1960)… ou encore un certain André Picou, nommé agent évarronneur municipal le 10 novembre 1953 : « Nos terres étaient situées sur l’actuel golf de Pessac, nous avions une centaine de bêtes, explique Élisabeth Picou. Mon mari était impliqué au sein du syndicat agricole. Il était assez connu dans le secteur et venait jusqu’à Blanquefort pour aider à faire les foins ». « Nous nous réunissions à la Maison du paysan, située rue Esprit-des-Lois à Bordeaux, poursuit son mari. C’est là qu’on m’a proposé cette mission à Blanquefort. À l’époque, il n’y avait quasiment que des fermes sur la commune ».
Un évarronnage manuel printanier.
L’intervention des agents évarronneurs sert avant tout à couper le cycle d’évolution du varron. Les arrêtés municipaux successifs stipulent ainsi qu’entre le 15 janvier et le 15 mai, « l’agent évarronneur est chargé de visiter, par deux fois, tous les bovidés se trouvant sur le territoire de Blanquefort et de soigner ceux qui sont atteints de la maladie du varron ». « Les soins consistaient à tondre autour des bosses, explique André Picou, et à appliquer de la pommade insecticide fournie par la direction des services vétérinaires ». À partir des années 50, l’utilisation de nouveaux produits de synthèse à base de phosphore va limiter l’intervention des évarronneurs à une unique visite avant le 30 avril de chaque année. « Nous laissions un peu de produit aux propriétaires afin qu’ils poursuivent eux-mêmes le traitement ». Les arrêtés municipaux prévoient que suite à sa visite, « l’agent évarronneur, sur présentation de sa carte de services, perçoit des propriétaires ou de leur représentant l’indemnité à laquelle il a droit, conformément au tarif fixé par arrêté préfectoral. « L’indemnité était calculée en fonction du nombre de bêtes traitées, mais difficile de vous dire à combien elle s’élevait. Entre les francs lourds, légers, puis les euros, je suis perdu… »
L’évarronnage manuel printanier va finalement laisser place dans les années 60 à des traitements préventifs. « Le progrès a libéré les exploitants agricoles. Maintenant tout est mécanique, mais dans les années 50, on faisait encore à la main ». Les progrès ont permis de trouver de nouveaux traitements plus efficaces et la mission des évarronneurs s’est éteinte.
Extrait de : Équinoxes et Solstices, mars 2010, n° 38, p. 28-29. Le magazine de la ville de Blanquefort. Avec l’autorisation de la ville de Blanquefort.

Le bouilleur de cru.

À Blanquefort, on se souvient du bouilleur de cru qui venait s’installer à côte du lavoir, à l’angle de l’avenue de Général de Gaulle et de la rue Gabriel Lamboley, à l’emplacement du centre commercial actuel. En témoignent des photos de M. Liaubet, prises en 1967, et l’on peut remarquer l’ancien lavoir (structures en bois et bordure du bassin).
« Un bouilleur ambulant est une personne habilitée à produire ses propres eaux-de-vie. Ce n'est pas une profession mais un statut qui découle du statut de propriétaire récoltant (ne pas confondre avec distillateur qui est une profession). Certains bouilleurs ambulants bénéficient d'une allocation en franchise leur donnant droit à une exonération de taxes sur les 1 000 premiers degrés d'alcools pur qu'ils produisent. C'est ce que l'on nomme « privilège », et par abus de langage « droit de bouillir ». En France, depuis 1959, ce privilège n'est plus transmissible par héritage, et s'éteindra donc au décès des derniers détenteurs. Depuis 2008, les bouilleurs de cru ne bénéficiant pas du privilège sont taxés à 50 % sur les dix premiers litres d'alcool pur et ensuite à 100 %.
La distillation : les alambics (généralement en cuivre) sont à feu nu, au bain-marie ou à la vapeur. On y sépare les produits de distillation : les produits de tête, trop âpres (et contenant une certaine quantité de méthanol dangereux pour la santé), et les produits de fin de distillation (« produits de queue » ou « petites eaux »), moins parfumés et moins alcoolisés, qui sont récupérés et distillés avec les prochaines cuites.
La distillation des eaux de vie était jadis réalisée par un distillateur avec un alambic ambulant ou fixe mais, depuis l'industrialisation, ce métier tend à disparaître car les coûts de revient de production industrielle sont plus compétitifs.
La réglementation : les personnes ayant le « privilège de bouilleur de cru » ont une exonération de taxe sur les mille premiers degrés d'alcool produits (1 000 ° d'alcool soit l'équivalent de vingt litres d'alcool à 50 °). Les degrés supplémentaires font l'objet d'une taxe (17,1861 € depuis le 1er janvier 2014).
En France, toute personne propriétaire d'une parcelle ayant la dénomination de verger ou de vigne sur le registre du cadastre peut distiller les produits issus de cette parcelle (fruits, cidre, vin, marc). La distillation est effectuée dans un atelier public ou privé après avoir effectué une déclaration au service des Douanes et Droits Indirects. Les personnes qui ne possèdent pas le titre de bouilleur de cru payent dès le premier degré d'alcool : le tarif est de 8,5931 € par litre d'alcool pur jusqu'à mille degrés, et 17,1861 € par litre d'alcool pur au-dessus.
Le propriétaire d'une parcelle peut donner procuration à quelqu'un qui distillera ainsi en son nom.

Création de ce métier : le privilège de bouilleur de cru remonte à Napoléon lorsqu'il accorda un privilège d'exonération de taxes pour la distillation de 10 litres d'alcool pur ou pour 20 litres d'alcool à 50 %. Ce privilège fut héréditaire jusqu'en 1960, où, pour tenter de limiter le fléau de l'alcoolisme dans les campagnes mais aussi sous la pression des lobbies de grands importateurs d'alcool fort ou producteurs français, le législateur en interdit la transmission entre générations ; seul le conjoint survivant pouvait en user jusqu'à sa propre mort, mais plus aucun descendant.
Dès lors, les bouilleurs de cru non titulaires du privilège pouvaient faire fabriquer leur alcool par le distillateur ambulant mais devaient verser une taxe fiscale au Trésor public via l'administration des douanes à partir de 1993.
En 2002, une loi de finance indique que la franchise accordée aux bouilleurs de cru encore titulaires du privilège est supprimée ; cependant une période de cinq ans prolonge jusqu'au 31 décembre 2007 l'ancien dispositif. À partir de la campagne de distillation 2008, les anciens titulaires du privilège peuvent encore bénéficier d'une remise de 50 % sur la taxe pour les 10 premiers litres d'alcool pur (article 317 du code général des impôts).
Un nouvel amendement voté au Sénat proroge le droit sur les 10 premiers litres jusqu'au 31 décembre 2010. La Loi 2011-1977 du 28/12/2011 « proroge » le bénéfice des 1 000 degrés jusqu'au décès du titulaire (ou de son conjoint). »
Texte extrait de Wikipédia.

Une quincaillerie intemporelle.

Au fil des ans et de leur développement, la physionomie des villes change, tant sur le plan de l'habitat que sur celui des commerces. Création, transformation, reprise... le tissu commercial des villes est en perpétuel mouvement. Toutefois, certains sont en place depuis des décennies et sont devenus de véritables points de repère au sein des communes. À Blanquefort, c'est notamment le cas pour la quincaillerie-droguerie située rue de la République.

Le « bazar » d'antan a certes évolué avec son temps mais lorsque l'on pousse la porte, on ne peut que retrouver son âme d'enfant face à la sensation de pénétrer dans une sorte de caverne d'Ali Baba des temps modernes.
Entre les objets « oubliés » : élastique de fronde, martinet, diable à châtaigne, pot de chambre, filet à commission, piège à souris..., les « traditionnels » : coutellerie, vannerie, grill bordelais, attendrisseur à viande en bois, ou encore ceux à usage quotidien : visserie, serrurerie, plomberie produits d'entretien, peinture..., les yeux ne savent où se poser. Une atmosphère intemporelle émane de cette quincaillerie et de son comptoir derrière lequel un regard exercé reconnaîtra ici des aiguilles artisanales pour le cuir, les matelas, la tapisserie..., là un peson ou encore des cardans de tournebroche.
Ces objets associés à une grande diversité de produits permettent ainsi de satisfaire de nombreux besoins : de l'amateur de confiture à la recherche de la bassine adéquate au bricoleur en panne de disques à poncer en passant par les chineurs soucieux de trouver la cire adaptée pour leurs dernières trouvailles.
Petite histoire de la quincaillerie. Fabienne et Georges Penalva sont les gérants de la quincaillerie. Ils ont pris la succession de M. Debacque. Le commerce a été créé par M. Ariola au début des années 1940 qui a pris la suite d’une épicerie tenue par M. et Mme Boisserie.
Extrait de : Équinoxes et Solstices, juin 2012, n° 49, p. 28. Le magazine de la ville de Blanquefort. Avec l’autorisation de la ville de Blanquefort.

 

Nous possédons différentes sources d’information sur la population de Blanquefort.

Les recensements qui ont lieu tous les cinq ans, nous fournissent de 1906 à 1946, nombre d’informations (à noter qu’ils ont été interrompus pendant les guerres en 1916 et en 1941).

 

La langue gasconne.

La langue parlée à Blanquefort durant plusieurs siècles a été une langue gasconne.
Cette langue que certains de nos concitoyens réapprennent à parler aujourd’hui a fortement marqué les relations familiales et humaines et même le territoire puisqu’aujourd’hui un bon nombre de toponymes sont nettement d’origine gasconne. Pour retrouver sur le site une centaine de lieux-dits d’origine gasconne de la commune de Blanquefort, cliquez ICI.
Cette langue est caractérisée entre autres par son vocabulaire, ses tournures et originalités grammaticales, elle a en particulier fleuri dans les chaffres locaux, elle a son accent, sa verdeur, son humour (ah ! les histoires gasconnes !).

Aujourd’hui, encore, elle divise les habitants par sa façon de prononcer plusieurs lieux-dits.
Nos anciens parlaient le patois local jusqu’aux guerres mondiales : voici une anecdote savoureuse relevée dans un procès-verbal de la gendarmerie de Blanquefort le 27 janvier 1942  (PV n°46) « constatant des dégâts à récoltes sur pied (ce sont des choux) par un troupeau gardé ». La plaignante est la propriétaire récente du château Breillan, avec son mari, M. Gaston Cardineau, capitaine aux armées, 47 ans ; ils venaient d’acheter en 1939 le château à M. Daniel Dolfus. Leur résidence principale était néanmoins au château d’Oléron, dans l’île d’Oléron. Mme Blanche Cardineau, 42 ans, propriétaire à Breillan à Blanquefort, était en conflit avec des voisins… Elle était sur une petite voiture attelée d’un âne ; elle signale aux gendarmes qu’ « une vieille femme qui gardait ses vaches s’est mise à gesticuler et crier très fort dans un langage que je n’ai d’ailleurs pas compris ». Cette femme parlait patois !

Texte d'Henri Bret.