Géo-Humaine

Introduction à la géographie humaine.

Nous proposons l’étude du déroulement de la vie à travers le changement de l’espace, comment nos ancêtres ont structuré leur village en tenant compte des réalités géographiques dans lesquelles ils vivaient dans les rubriques suivantes :
- le peuplement,
- la démographie et les recensements,
- la toponymie,
- la voirie,
- les transports,                                                                                                                                                                                                                                                                            - l’économie.
« La géographie humaine est l'étude spatiale des activités humaines à la surface du globe, donc l'étude de l'écoumène, c'est-à-dire des régions habitées par l'homme.
Cette branche de la géographie est donc par définition une science humaine.
Ses domaines sont très variés et font appel aussi bien à la démographie, à la sociologie, à l'économie, à l'histoire, au droit ou encore à la politique.

La géographie humaine comprend elle-même de nombreuses spécialités :
- la géographie de la population
- la géographie rurale
- la géographie urbaine
- la géographie sociale
- la géographie économique
- la géographie des transports
- la géographie politique
- la géographie culturelle
- la géographie religieuse ».

Les autres rubriques seront abordées dans le chapitre de la population : vie culturelle, vie politique, vie religieuse, loisirs, la langue.

L'économie du marais aux XIX et XXèmes siècles.


Au XIXème siècle, la vie économique du marais prend de l’ampleur : la remise en état du marais va rendre la jalle navigable depuis son embouchure à la Garonne jusqu’au port de Terrelade, c'est-à-dire environ quatre kilomètres à l’intérieur des terres.

La jalle peut recevoir des gabarres de quinze à vingt tonneaux et entre ses berges bien nettes, navigueront les couralins, filadières et gabarres. Les filadières, petites gabarres portant mâture, de huit à dix mètres de longueur et de trois mètres cinquante à cinq mètres de largeur, seront les moyens de transport les plus utilisés pour aller de Blanquefort à Bordeaux. Les marchandises apportées par charrette aux différents petits ports étaient chargées dans ces bateaux, qui profitaient du flux ou du reflux pour remonter ou redescendre la jalle. Parfois, il était nécessaire de faire appel à des attelages de bœufs pour les haler.Dans ces dernières années où le marais était inondé et la jalle envasée, seuls les couralins naviguaient ; plus petits, ils sont utiles dans les chenaux intérieurs et sur la jalle, mais rarement sur la Garonne.
En 1837, Blanquefort compte 2037 habitants dont 92 dans le marais vivant dans des métairies et au petit village qui se crée à l’embouchure de la jalle.
Les propriétaires des marais, groupés en communauté depuis 1813, créent une association en juin 1844 ; elle a pour mission de traiter la gestion de l’écoulement de l’eau, l’endiguement, la gestion des équipements…, mais aussi de veiller aux sujets de discorde engendrés par deux phénomènes : l’élevage de sangsues et le colmatage.

Colmatage :

Le colmatage consiste à laisser entrer l’eau de la Garonne dans le terrain choisi et à l’y laisser un certain temps pour qu’elle y dépose ses alluvions ; ainsi, on exhausse et on fertilise le sol grâce à l’eau limoneuse et vaseuse du sol.
En 1872, sur les 173 hectares colmatés, 50 sont en prairies, 60 en artichauts et 60 en céréales, alors qu’en 1664, avant le colmatage, 20 hectares étaient en prairies, 10 en terres cultivées et 143 étaient des marais à joncs ou baugières.
Productions : l’osier, la vigne, le foin.

La vigne continue à être cultivée dans les palus ; la submersion des pieds de vigne dans les marais permettait de lutter contre le phylloxéra à partir de on apparition en Gironde en 1865 à Floirac.

L’osier jaune ou vime jaune, le plus cultivé, est employé avec l’écorce, ce qui lui donne plus de force ; on en fait des liens pour la confection de corbeilles, de claies ou toute autre vannerie commune. Refendu en deux ou trois brins, il est utilisé par les tonneliers pour cercler les barriques. Le vime sert aussi à lier la vigne. On forme une oseraie avec des boutures de plus de 50 cm plantées à environ 1,40 m de distance.


Le foin est une ressource importante pour nourrir tous les chevaux et bœufs de l’agglomération bordelaise.
Ces productions sont présentées plus longuement dans les pages85-87
En 1886, nous avons la répartition suivante dans le marais, en ares : pâtures 3 900 ares, près 7 400, terres 31 400 saussaies 847, vignes 39, jardins 53, oseraies 252, aulnaies 105, bois, taillis 435 et maisons 12, soit un total de 444 ha 43 a pour une superficie de marais de 512 ha.
L’Union des associations syndicales entre les associations dénommées : Société des marais de Bordeaux et de Bruges, Association du Grangeot, Communauté des marais de Blanquefort et Association des Padouens de Blanquefort a pour objet la remise en état et l’entretien des ouvrages suivants : digues, écluses et vannes destinés à la protection des périmètres syndicaux contre les inondations ainsi que les ouvrages d’assainissement et d’évacuation :
Jalles de Grangeot, de Blanquefort et jalle noire, Jalles de La Lande et de Contre-ceinture, Jalle Conrad, Estey de Lauzun, Canal de Flamand, Fossé courant, dans les communes de Bordeaux, Bruges, Eysines et Blanquefort.
Extrait de : André Guillocheau, Le Marais de Blanquefort et les terres environnantes, Publications du G.A.H.BLE, 1993, 128 p.

L'hirudiniculture ou l’histoire de l'élevage des sangsues.

Les élevages de sangsues se sont répandus dans le marais de 1840 à 1845 et dureront jusqu’au début du XXème siècle. Elles sont utilisées pour saigner les malades et leur consommation nationale est de l’ordre de 20 millions par an. La désaffection de la saignée en thérapeutique et les progrès de la médecine rendront cet élevage inutile.
« Connaissez-vous « l' hirudo médicinalis » ? Il s'agit de la sangsue médicinale qui est carnivore dans sa jeunesse et avide de sang des mammifères à l'âge adulte. Avec ses mâchoires acérées, elle perfore l'épiderme de sa proie et suce le sang rendu incoagulable par l' hirudine qu'elle secrète.
Depuis les temps les plus reculés, l’homme a utilisé cette propriété de la sangsue pour saigner les malades et, au début du XIXème siècle, la consommation en France est tellement importante qu'on la fait venir des pays étrangers : Turquie, Suisse, Grèce, Espagne, Hongrie et Algérie. La consommation nationale est de dix à trente millions par an de sangsues payées douze francs le mille en 1850 ou même alors cinquante centimes pièce. Il n'est donc pas étonnant que certains hôpitaux pratiquent des dégorgements artificiels pour réutiliser l'animal. Outre les parasites et les microbes que ce dernier promène, voilà une autre cause de la propagation des maladies. Quoiqu'il en soit, des agriculteurs de Blanquefort, surpris de voir le nombre de sangsues augmenter dans le marais, se rendent compte que cette multiplication existe depuis que des chevaux d'une entreprise de voitures publiques y broutent. L'un d'eux, Monsieur Vayson étudie le phénomène et fait des essais qui s’avèrent concluants. De 1840 à 1845, les élevages de sangsues se répandent dans le marais.
La première méthode employée est assez rudimentaire ; chaque éleveur divise la parcelle dont il dispose, en barrails de un à deux hectares chacun qu'il entoure d'une digue en terre de cinquante centimètres environ de hauteur comme de largeur.
Au printemps, il recouvre ces barrails de vingt à trente centimètres d'eau et il y jette des sangsues reproductrices. Comme ces dernières pondent sur la terre ferme, il assèche les barrails de la mi- juin à la fin septembre. Après la remise en eau, il y introduit des chevaux pour nourrir les sangsues, jeunes et moins jeunes, avec un temps d'arrêt pendant les grands froids. À l'âge de trois ou quatre ans, les sangsues sont commercialisées On s'est vite aperçu que le piétinement de chevaux défonçait le terrain et qu'il était difficile de pêcher les sangsues.
La deuxième méthode est plus rationnelle. On maintient l'eau dans les barrails toute l'année mais on y aménage des îlots pour la ponte, et des fossés à fonds de sable et de gravier pour y conduire les chevaux. Enfin, on creuse un ou plusieurs bassins pour la « purification » des sangsues qui ne doivent être vendues que lorsqu'elles ont complètement digéré le sang du cheval, ce qui peut demander une année. Les fermiers des environs mènent leurs chevaux dans ces élevages afin de les saigner mais la plupart des bêtes qui sont livrées aux sangsues sont des animaux impropres aux travaux par leur vieillesse ou une infirmité et achetés à bas prix.
Placés quelques heures, tous les trois jours, dans les bassins, les chevaux remuent l'eau. Les sangsues savent que des proies vivantes les attendent. « Elles sortent aussitôt de leurs retraites et on les voit accourir à la curée, se précipiter sur les jambes de leurs victimes, s'y attacher, s'y gorger et, grosses et petites, se succéder sans interruption, tout le temps qu'on les laisse livrées à leur activité sanguinaire ». L'auteur nous montre ainsi l'avidité sanguinaire de ce ver marin. Les élevages peuvent produire quinze mille à vingt mille sangsues par hectare ; celles des palus du Médoc sont commercialisées sous le nom de « vertes payses ». Cette activité est trop rentable pour ne pas se développer et inciter des propriétaires du marais à entreprendre cet élevage malgré les protestations des responsables du syndicat du marais et du comité d'hygiène et de salubrité.
L'élevage des sangsues se poursuit dans les marais de Blanquefort jusqu'à la fin du siècle et même au-delà. Monsieur Chiché sera le plus persévérant.
La désaffection de la saignée en thérapeutique, les progrès de la médecine rendront cet élevage inutile.
On peut consulter utilement les archives de la DDA (direction départementale de l’agriculture) de la Gironde à la cité administrative de Bordeaux.
Eléments extraits de l’étude d’André Guillocheau, Le Marais de Blanquefort et les terres environnantes, Publications du G.A.H.BLE, 1993, p. 75-79
Pour découvrir une famille, éleveurs de sangsues à Blanquefort, cliquez ICI.

Sous-catégories

Les métiers de la terre.

La terre nourricière est bien l’activité essentielle de Blanquefort pendant des siècles, il en reste aujourd’hui quelques survivances et quelques traces qui ont tant marqué le territoire. On le retrouve dans le parcellaire, les noms de lieux-dits, la toponymie, y compris la microtoponymie qui a disparu en grande partie, les jardins, les près et les zones boisées, et tout ce qui reste des zones marécageuses…
« Le maraîchage dans les jardins potagers fut abandonné en 1954, l’arboriculture : 4 000 fruitiers, pommiers et poiriers sur deux hectares, disparut dans les années 60, le gemmage des pins - une cinquantaine d’hectares - cessa à partir de 1951. Les céréales étaient surtout blé et avoine entre 1925 et 1950, l’avoine fut alors délaissée (il n’y avait plus de chevaux à nourrir) au profit de l’orge et du maïs (pour l’élevage) et ils remplacèrent même le blé. Aujourd’hui, la priorité est accordée à la vigne et au vin ».

Alain Tridant, Château Dillon, Publication du GA.H.BLE 1998, pages 25 et 27.

Témoignages de la période 1939 : « Il y a eu peu de restrictions à la campagne, on avait les légumes, ici on n’a pas mangé de topinambours. À La Rivière, il y avait beaucoup de vaches : chez Dupuy, Feydieu (les parents de Mme Dubos), Moncet, Blanc d’Eysines (née Fourton), Cousteau, Romefort… On avait des vignes, des vaches, de l’agriculture. Les femmes, nous faisions le travail comme les hommes.
La culture des artichauts a été très importante à Blanquefort : aux artichauts, il arrivait que les hommes restent plusieurs jours pour travailler, ils avaient des cabanes plus ou moins grandes, la notre avait deux pièces. Les artichauts faisaient vivre 11 métayers. Mon père était métayer, il avait un cheval, il amenait les artichauts aux Capucins, c’était le propriétaire qui achetait les plants et ils partageaient la recette à moitié. Les terres ont été inondées après la guerre. On avait des terres en friche, on faisait des primeurs aux Sables noirs à la limite de Parempuyre ».
L’acacia : Pierre Cambon, négociant et armateur bordelais achète en 1798 le château (qui porte son nom) et le fait reconstruire. Il y mène des expériences de plantations d’arbres et plantes exotiques, en particulier l’acacia. La superficie est de 12 hectares.
Les productions dans les fermes de Blanquefort ont été nombreuses et variées : fourrage foin, paille, légumes secs, haricots, fèves, fèverolles, céréales, maïs, avoine, orge, blé, seigle, oléagineux, tournesol, pommes de terre…

 

Le vin.

De tout temps, la vigne a été un élément essentiel du paysage de la commune de Blanquefort.
Une grande partie des paysans et des artisans travaillaient dans ce secteur.
« La tradition viticole est attestée à Bordeaux dès le 1er siècle après J.-C. Elle se développe dans le haut Moyen-âge ne serait-ce que pour les besoins du culte catholique. On peut penser que Blanquefort s’est fait connaître dès le 6ème siècle pour ses vins blancs. Dans la deuxième moitié du Moyen-âge (11-15ème siècle, les coteaux de la rive nord de la Jalle (terme gascon qui, en Médoc, désigne une petite rivière née dans la lande et se jetant dans la « rivière », Garonne ou Gironde) participèrent tout naturellement à la première expansion du vignoble bordelais (12ème siècle), qui eut comme débouché les îles britanniques. Les vignes gagnèrent ensuite Macau et Ludon (13ème siècle) puis par la suite le Médoc central.

Blanquefort peut donc être qualifié de « point de départ du vignoble médocain », selon les propres termes du Conseil des vins de Médoc. Une mutation économique importante sous Louis XIV provoqua la renaissance du vignoble qui fut replanté principalement en rouge afin de répondre à une nouvelle demande… Blanquefort semble avoir participé à cette « fureur de planter » qui a animé le pays bordelais au début du 18ème siècle : « les paroisses les plus considérables (en Médoc) sont Pauillac, Margaux, Macau, Blanquefort, Saint-Estèphe » disait le géographe Claude Masse dans son Mémoire de 1733. On constatait que tout avait été mis en vigne et, à près de dix lieues aux environs de Bordeaux, on ne voyait qu’un vignoble ».
Alain Tridant Château Dillon, Publication du G.A.H.BLE, 1998, p 103.106.

Les Artisans et les Commerçants.


Ce sont des catégories socioprofessionnelles particulières dans une commune, à la fois par leur statut et leur type de services rendus à la population. Nous vous proposons d’en découvrir le nombre et leur implantation à Blanquefort à différentes périodes.

Je me souviens des artisans et commerçants en 1939-1945.


« Les artisans étaient nombreux et leurs activités s’étendaient souvent au-delà des limites de la commune ; Blanquefort, chef lieu de canton, se trouvait à la fois tout près de Bordeaux et des grands chais du négoce des vins du quartier des Chartrons et à l'entrée du Médoc et de ses châteaux. Outre les métiers traditionnels liés à la construction et à l'entretien des bâtiments : maçons, charpentiers, menuisiers, couvreurs, serruriers, peintres, tapissiers, plombiers-zingueurs, mécaniciens, etc., de nombreux autres plus concernés par les activités agricoles et par l'économie locale connaissaient une certaine prospérité tels que les charrons, forgerons, les fabricants et réparateurs de charrettes, tombereaux et brouettes, tonneliers, bourreliers, selliers, maréchaux-ferrants ; toutes ces petites entreprises artisanales occupaient aussi du personnel local, apprentis et ouvriers confirmés. On peut encore classer dans cette catégorie quelques ateliers de couture et broderies utilisant du personnel féminin et surtout ne pas oublier les salons de coiffure hommes et dames dont chacun connaît l'importance dans la vie locale ».

« Les commerçants étaient essentiellement répartis à Blanquefort-bourg, à Caychac et quelques rares quartiers, les commerces répondaient aux besoins locaux et connaissaient une certaine prospérité. On trouvait : des épiceries de proximité avec produits alimentaires et accessoires divers nécessaires à la vie des familles telles que balais, sabots, pantoufles et autres objets usuels, des merceries bien assorties, des pharmacies, le marché place de l'église, quelques magasins spécialisés tels que quincaillerie avec vente de produits d'entretien, de traitement des végétaux et de la vigne ainsi que des semences diverses, des commerces de vente de grains et issues pour l'élevage... Des bureaux de tabac avec vente de fournitures pour la chasse et la pêche, un marchand de bois et charbon, et enfin, les cafés et bistrots, le lieu de passage incontournable qui affichait « complet » chaque dimanche avec les joueurs de manille, de belote ou de billard quand il y en avait un ».

Récit de Jean Pierre Delhomme sur son village dans les années 1930. Note : extrait d’un document familial : La descendance de Justin Bret (1858.1929) et de Céline Cornet (1859.1942) un couple de Blanquefort - Henri Bret 2002. 52 pages.


D’autres habitants décrivent leurs souvenirs.


« Sur la place de l’église, tout prés du presbytère, il y avait une boulangerie, chez Destic, un coiffeur, chez René, une alimentation générale au coin de la rue Gambetta, c’était chez Bayard qui était tenu par M. Bidou. Je me souviens que la vendeuse s’appelait Thérèse. À l’autre coin de la rue Gambetta, il y avait la boucherie, chez Racary ; un peu plus bas à droite, en descendant la rue Gambetta, il y avait une autre boucherie mais je ne m’en souviens plus du nom. Dans cette rue, on pouvait trouver l’hôtel des Voyageurs.

En face, il y avait encore un coiffeur, plus loin à droite, une librairie papeterie, à gauche une pharmacie. En revenant sur la place du village, au coin de cette dite rue, il y avait une pharmacie tenue par M. Pain, puis une bonneterie mercerie, un café. Puis, il y avait, disons, une sorte de marché avec une grande porte cochère. Bien des femmes attendaient devant la porte, en fin de matinée, l’arrivée de Marie la marchande et de sa fille Fafa. Elles venaient des Capucins, avec leur charrette et le cheval.

En descendant la rue, qui conduit vers la mairie, à gauche il y avait une épicerie qui faisait aussi un peu quincaillerie. C’était chez Boissarie. Plus bas, il y avait une autre épicerie, chez Faye, elle vendait aussi quelques tissus, de la mercerie et on arrivait au parc de la Mairie. De chaque côté il y avait les écoles, à droite de la Mairie l’école des garçons, à gauche l’école des filles. Puis on s’en allait vers les villages dont bien des commerçants en faisaient le tour, la boulangère Mme Destic, le boucher, la laitière Mme Ducousseau avec ses bidons de lait.

Tout cela se faisait avec une charrette et un cheval, mis à part le boucher, il avait une voiture, une fourgonnette sûrement.
Puis, dans ce marché, parfois il y avait cinéma, c’était un cinéma ambulant, je pense qu’il fallait y porter sa chaise, moi je n’y suis jamais allée. Par contre, j’allais au cinéma de monsieur le curé qui se trouvait rue Gambetta. On payait 50 centimes, mais souvent les enfants se débrouillaient pour ne pas payer. Oh ! J’ai vu bien des films qui me faisaient pleurer, Michel Strogoff, Sans Famille…

Il y avait aussi Mme Dumora, c’était la sage- femme. Elle se déplaçait en bicyclette mais elle avait dû faire naître tous les enfants de Blanquefort de cette époque. Elle habitait dans la rue Gambetta, aussi ».

« Il y avait une marchande qui s’appelait Marie et qui allait aux Capucins, c’était une marchande de poissons. Elle était bien courageuse, la pauvre femme. C’était une grosse femme énorme et elle partait le matin au premier feu du jour par le premier tramway. Elle allait aux Capucins chercher la nourriture, du poisson et elle revenait, il devait y avoir quelqu’un avec une charrette qui l’amenait jusqu’au tramway, elle montait dans le tramway avec les paquets et, à l’arrivée du tramway il y avait sa fille, Fafa qui l’attendait avec une charrette à âne. Elles chargeaient dans la charrette à âne ce qu’elle avait acheté et on arrivait sur la place de l’église où il y avait une espèce de porte cochère, çà s’appelait le café-bar Dabadie, je ne sais pas comment çà s’appelle maintenant. Dans cette espèce de hangar, on mettait des tables et elle s’installait là : c’était le marché. Elle vendait que du poisson, des moules, me semble-t-il. Mais enfin, c’était une figure. On disait : « on va chez Marie, Marie a des moules ».
« Destic, le boulanger, livrait le pain dans les marais avec un cheval et une charrette fermée ».
« J’entends encore dans mes oreilles la voix de celui qui parcourant la campagne achetait les peaux de lapins… « Peaux de lapins, peaux…peaux de lapins, peaux… », chantait-il… Je me souviens, nous l’entendions de loin, nous courrions prévenir nos parents qui apportaient les peaux de nos lapins morts en civet, maintenant séchées, bourrées de paille, prêtes à être vendues ».

Des métiers d’hier.

Le moulange des grains en 1793.

Observations de la municipalité de Blanquefort concernant le moulange des grains dans l’étendue de son territoire.
1° il existe sur ledit lieu de Blanquefort trois moulins à eaux, de deux meules chacun,
2° il n’y a point de moulins à vent,
3° les boulangers payaient en l’année 1790 pour droit de moulange par boisseau blé, froment ou seigle, mesure de Bordeaux : douze sols,
4° les particuliers pour le même droit : quinze sols,
5° les chefs de moulins prennent en nature le droit de moulange pour les autres espèces de grains, on ne peut donc fixer le droit en monnaie courante à l’époque du mois de mai 1790.
Certifié véritable à Blanquefort le 6 novembre 1793, l’an 2 de la République. Saincric, maire. Ferri, secrétaire. Correspondance AD L410, p.4 – 6 novembre 1793.
Texte extrait du registre des délibérations de l’administration du canton de Blanquefort registre 5, transcrit par Martine Le Barazer.

Le rémouleur.

Il venait une fois par mois, traversant tous les villages de la région. Il s’installait place de l’église et nous lui apportions couteaux et ciseaux à aiguiser. Il réparait aussi des faïences avec des agrafes et étamait les couverts.

Peaux de lapin.

J’entends encore dans mes oreilles la voix de celui qui parcourant la campagne achetait les peaux de lapins… « peaux de lapins, peaux… peaux de lapins, peaux… », chantait-il… Je me souviens, nous l’entendions de loin, nous courrions prévenir nos parents qui apportaient les peaux de nos lapins morts en civet, maintenant séchées, bourrées de paille, prêtes à être vendues.

Le charbonnier.

Il menait son cheval et sa charrette, chargée de sacs de jute plein de boulets de charbon et de bois pour les cuisinières et les poêles et recouvert sur la tête et les épaules, pour se protéger de la poussière noire, d’un sac de jute décousu qui lui faisait un capuchon. Je me souviens que malgré ses précautions, les fines rides de son visage, autour de son sourire étaient soulignées de noir. Je me souviens du tonnelier, du charron, du sabotier, du maréchal ferrant, des chevaux attachés qui attendaient en frappant leurs sabots sur le sol et de l’odeur de la corne brûlée. « Il s’appelait Jean Dedieu ».
Extrait de : Le petit Blanquefortais illustré, supplément d'actualité de l'exposition : La mémoire de Blanquefort. 1ère année, n°1, octobre 1994.

La filature de soie.

Avant 1869, une filature de soie a existé à Blanquefort, dans le quartier des sables de Chante-Coucou, au lieu-dit des Pins. Les prairies étaient plantées de nombreux muriers, dont les derniers spécimens ont disparu vers 1980, lors de la création du lotissement.
Dans une vente de M. et Mme Fau à M. Ginouilhac, le 08 août 1869, devant le notaire de Blanquefort, Maitre Courregeoles, le sieur Jean Fau, cultivateur à Blanquefort, et la dame Marie Campagne, son épouse, demeurant au lieu des Sables Chante-coucou à Blanquefort, agissant avec le sieur François Carrerot, laitier, ont vendu à M. Jean Emile Fortuné Ginouilhac, propriétaire, ancien négociant armateur, demeurant à Bordeaux, rue de Grassi,
- une chambre et un chai, le tout contigu, situé au lieu des Sables Chante-coucou à Blanquefort (noté en marge au crayon : partie de la mère Mme Janicot),
- un petit terrain en jardin, même lieu, ayant une largeur de 12 m au nord et 10 au midi,
- un autre terrain en jardin situé au lieu de Virebouc,
- les droits de propriété et d’usage qu’ont les vendeurs sur une fournière et la place commune au couchant d’icelle dit lieu des Sables Chante-coucou, observant que la dite place a 8 mètres de largeur à partir du mur de la dite fournière, en entrant par le chemin public vers midi jusqu’à la borne faisant l’encoignure du chai du sieur Carrerot,
- le droit de puisage au puits situé à ce dernier lieu, appartenant à la succession Dongey,
- les droits qu’ont les vendeurs à un terrain de forme triangulaire situé au même lieu de Chante-coucou, servant ou ayant servi à une filature de soie et connus sous le nom de grange dans le partage de la dite famille Dongey, confrontant…
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Pour l’exploitation des jardins, il existe un passage d’1 m, 33 cm de large. Ces biens ont été acquis par le dit Fau de la dame Elisabeth Gougeon, épouse assistée et autorisée du sieur Guillaume Sol, garçon de commerce, rue Planturable n° 73 à Bordeaux…
Succession de l’aïeule de Lagrange (acte du 11.07.1823 Maitre Courrégeoles). Prix de 200 F pour Carrerot et 2 000 F pour les époux Fau.
En 1894, le souvenir de la filature perdure dans un acte notarié : dans son testament du 25 juin 1894, M. Ginouilhac dit en son point 8 : « Je donne à Noémie Janicot, notre femme de chambre, née le 12 décembre 1873, la somme de 8 000 F, plus un petit immeuble, composé de deux petites maisons communiquant, l’une de ces maisons a servi jadis de filature à soie et a été convertie en auberge, l’autre maison est une grande pièce au couchant de l’ancienne filature et y attenant et communiquant, le tout occupé actuellement par un locataire qui y tient auberge. Ce petit immeuble ainsi que le petit jardin derrière au nord et séparé par la place commune est situé à Blanquefort au lieu des Sables ou Chante-coucou ».
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[Testament olographe de M. Ginouilhac du 25.06.1894 déposé chez M° Desclaux de Lacoste, notaire à Bordeaux, (3E 31 866 aux archives départementales) suivant acte de ce dernier du 21.05.1896 (3E 31 888]
Pour mieux connaitre le travail de la sériculture, cliquez ICI.

La culture de l’ananas à Bordeaux et à Blanquefort.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, on cultivait des ananas à Bordeaux depuis le XVIIIème siècle. Cette assertion n'est pas une boutade !
Les ananas faisaient bien partie des desserts sur grandes tables bordelaises. Connu d'abord sous forme confite puis frais, ce fruit originaire
d'Amérique tropicale, fut cultivé en Espagne dès le XVIème siècle. Il n'apparut dans notre région qu'au moment du développement du commerce avec les
Antilles. Louis XV, lui-même, « trouva ce fruit très bon ». En 1718, Labat de Savignac, conseiller au Parlement de Bordeaux, séduit par la saveur de ce fruit exotique fait ramener des Caraïbes plusieurs plans d'ananas (Archives départementales de la Gironde-8J48). Réservé à l'élite, cette culture restera cependant assez confidentielle, mais elle réapparut au début du XIXème siècle, époque où il fut possible de construire des serres en fer offrant une plus grande surface vitrée. Plus tard la découverte du Thermosiphon (chaudière produisant de la vapeur) permit une meilleure production.
Un document extrait des archives de la Société d'horticulture de la Gironde nous apprend queM. Cayrou réussit à faire prospérer dans sa propriété de Talence 28 pieds d'ananas de trois variétés différentes, « toutes de la plus belle végétation ». C'est en 1856 que les œilletons avaient été plantés en pleine terre à 50 centimètres d'intervalle. Une chaleur constante de 28° à 30° était maintenue par de puissants « réchauds » en fumier de cheval (sic) de 80 centimètres d'épaisseur fréquemment triturés et renouvelés tous les mois, sauf en juillet et en août. Huit à neuf charrettes de bon fumier en décomposition étaient nécessaire chaque année pour atteindre cette température ! Il fallait aussi renouveler régulièrement l'air des serres et des châssis. Bref ! Ce n'était qu'à ce prix qu'il était possible d'obtenir de beaux fruits arrivés seulement à maturité au bout de presque 34 mois…
En améliorant ses recherches, Monsieur Cayrou pensait rendre la culture de l'ananas moins onéreuse afin de la populariser dans nos contrées.
Les idées « d'industrialiser » sa production germait dans les esprits. Certains pensaient même que ce fruit deviendrait assez abondant en France pour qu'il puisse concurrencer les produits indigènes… Il en fut autrement.
Sur la rive droite de la Garonne, cette culture passionna également la famille Guestier. Sur leur domaine agricole de Bel-Sito à Floirac, une serre chaude lui était spécialement dédiée. 40 pieds d'ananas produisaient de beaux fruits « qui avaient un goût bien supérieur à ceux ramenées par les steamers dans le port de Bordeaux » (SHG 1879). En 1879, le négociant Guestier reçut pour cette excellence une médaille d'argent par les sociétés agricoles.
Le banquier Piganeau, propriétaire du château de Dulamon à Blanquefort en cultivait lui 62 pieds de l'espèce Ananas Martinique Comte de Paris.
L'arrivée régulière de bateaux rapportant ces fruits en grosse quantité et à vils prix, finit par décourager ceux qui avaient crus au succès et au développement de cette culture. « La différence était tellement considérable autant sous le rapport du goût que celui du parfum qu'on n'hésitait pas à préférer les ananas cultivés en serre ». Les terribles hivers de 1879 et 1880 (une température de -22 degrés fut relevée à l'observatoire de Bordeaux) anéantirent probablement ces plantations expérimentales qui ne furent plus jamais d'actualité.
Article paru dans le journal Sud-ouest du 5 avril 2011, par Cadish.

Une lisseuse repasseuse, 1930.

Parmi les commerçants regroupés près de l'église Saint-Martin en face de la poste, se côtoient un dentiste, une bouchère, une lisseuse repasseuse... Marguerite Ferry dite « Guiguite » est une figure emblématique du quartier. Fille d'un géomètre ayant construit notamment les lignes de chemin de fer d'Artouste et de Mauléon, elle naît à Blanquefort en 1899. L’histoire a voulu que Marguerite ne se marie jamais, car à la mort de son père, sa mère lui dit : « maintenant, c'est toi qui vas t'occuper de moi ». Mlle Ferry a pratiqué vaillamment le métier de lisseuse repasseuse durant de nombreuses années, rue Gambetta. Une femme formidable, très avenante aux dires de ceux qui l'ont connue... Sa boutique était attenante à celle de la bouchère, Mme Racary, située à l'angle de la rue (à l'emplacement de l'actuelle banque). Les deux femmes étaient très proches et très complices.

Une anecdote raconte que la bouchère filait voir la repasseuse dès qu'elle se fâchait avec son mari. « Guiguite » repassait le linge plat habituel (torchons, draps, nappes, serviettes... ) ainsi que le linge nécessitant un apprêt comme les cols cassés des chemises d'hommes sur lesquels il ne fallait pas oublier de mettre une épingle avant livraison, pour préserver la tenue.                                            Elle s'occupait aussi du linge demandant un repassage en forme, comme les cornettes des sœurs du lycée Saint-Michel qu'elle amidonnait en échange d'un repas quotidien.                                          Un travail de femme, certes, mais un travail rude, en raison des instruments lourds et dangereux à manipuler. Pour faire chauffer ses fers, « Guiguite » les installait sur un grand poêle cylindrique en fonte, appelé « cloche de repassage », qu'elle remplissait de charbon. Pour évaluer la température de ses fers, elle les rapprochait de son oreille, c'est pourquoi elle finissait toujours par avoir la joue rouge.
Chaque année au mois de mai, la fête de Blanquefort battait son plein. Cette fête était l'occasion pour certains commerçants de réunir la famille et les amis autour de grands repas conviviaux.          Mme Racary, la bouchère, organisait des festins pour 50 personnes, aidée par ses amies du quartier dans la bonne humeur.

« Guiguite » elle aussi, organisait des repas sur sa grande table à repasser.
Un soir, Gaston et Fernand, deux frères du quartier, se sont assis sur les marches de la boucherie et ont fait du tapage. Ne parvenant pas à s'en débarrasser, la bouchère vida son pot de chambre sur leurs têtes du haut de sa fenêtre, pour les faire déguerpir. Le stratagème fut efficace.

Une autre anecdote raconte que la blanchisseuse n'a jamais voulu se faire soigner les dents, alors que le dentiste, M. Gadrat se situait à proximité de son atelier.                                                    Marguerite Ferry est décédée à La Réole le 2 octobre 1983 et inhumée à Blanquefort. Très connue et très appréciée en son temps, elle inspire encore de bons souvenirs aux gens qui l'ont côtoyée (propos recueillis auprès de Monsieur Pericat, le neveu de Marguerite Ferry)
Les outils de la repasseuse.

Les éléments nécessaires au travail de repasseuse étaient importants :  des fers pleins ordinaires de différentes tailles, des fers à tuyauter (pour réaliser des plis), des fers à glacer, des fers à plastronner, des fers à coque (fers de forme cylindrique permettant de repasser les manches et coiffes)... A cela s'ajoutait les indispensables porte-fers en fonte, en fer émaillé ou en aluminium, mais aussi des poignées en tissus ou en cuir avec de la tôle à l'intérieur pour tenir les fers, des bassines émaillées pour faire cuire l'amidon, sans oublier les patemouilles pour les lainages et les pattesèches pour les délicats, etc.
Extrait de : Equinoxes et Solstices, date ? 2004, n° 13, p. 24-25. Le magazine de la ville de Blanquefort. Avec l’autorisation de la ville de Blanquefort.

L’évarronneur :

Vous vous souvenez peut-être du sonneur, du garde-champêtre ou du fontainier, autant de métiers communaux aujourd’hui disparus.                                                                                              Mais peu connaissent le rôle de l’agent évarronneur nommé par le maire, chargé par arrêté préfectoral d’organiser des « campagnes d’évarronnage » sur sa commune. Même le Petit Robert les a oubliés. Selon son compère Larousse, le nom masculin « évarronnage » vient de varron et définit « la lutte contre les larves de varrons, par pulvérisation de produits chimiques sur la peau des bovins contaminés ». Il y a encore une cinquantaine d’années, ce traitement était appliqué manuellement par des agents évarronneurs.
L’hypodermose bovine.
Egalement appelée la maladie du varron, l’hypodermose bovine est due au développement, chez les bovins, de larves de varrons. Ces mouches pondent en bas des pattes, leurs larves pénètrent dans la peau et transitent dans les muscles. Cette infestation se caractérise principalement par la formation de nodules qui apparaissent au printemps sur le dos des bovins. Du mois de mars au mois d’août, les larves passent par l’orifice du nodule et quittent le dos des bovins. Un nouveau cycle peut alors recommencer et d’autres larves infester le bétail.
Des pertes économiques importantes.
Une croyance fort répandue au XIXème siècle affirmait que le varron ne pondait que sur les plus belles bêtes. Le fait d’être varronné était pour un bovin un brevet de qualité. Mais au début du XXème siècle, des éleveurs plus avisés se rendent compte que les larves de ces mouches portent un tort considérable au rendement de leurs bêtes. Les pertes au niveau national se chiffrent par centaines de millions de bêtes au début des années 40. « Les bêtes parasitées étaient amaigries, affaiblies, ce qui provoquait une chute des productions de lait et de viande, sans compter tous les trous le long de la ligne du dos qui dépréciaient fortement le cuir », témoignent André et Élisabeth Picou, exploitants agricoles retraités, âgés respectivement de 86 et 89 ans. La lutte contre le varron devient alors une préoccupation majeure des éleveurs français.
Des campagnes s’organisent.
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, un centre national de lutte contre le varron est créé par décret pour mettre en place et contrôler la lutte contre l’hypodermose bovine. Son budget est alimenté par une taxe sur le prix des peaux versée par les tanneurs. Désormais, en Gironde, comme dans chaque département, une commission de surveillance de la lutte contre le varron se réunit chaque année, sous la présidence du préfet, pour fixer les modalités des campagnes à venir. Un arrêté préfectoral impose aux maires d’organiser l’évarronnage sur leurs communes.
Des agents évarronneurs nommés par le maire : ainsi, par arrêté préfectoral du 16 décembre 1946, « est nommé Agent Évarronneur, M. Dedieu Jean, demeurant à Blanquefort et exerçant la profession de maréchal-ferrant ». Bien d’autres lui succèderont : Albert Paillasse, maréchal-ferrant demeurant à Caychac (1947), Pierre Rivière, bourrelier de Caychac (1948, 1949), M. Daugas (1952), André Perrin (1953), Lucien Robin (1960)… ou encore un certain André Picou, nommé agent évarronneur municipal le 10 novembre 1953 : « Nos terres étaient situées sur l’actuel golf de Pessac, nous avions une centaine de bêtes, explique Élisabeth Picou. Mon mari était impliqué au sein du syndicat agricole. Il était assez connu dans le secteur et venait jusqu’à Blanquefort pour aider à faire les foins ». « Nous nous réunissions à la Maison du paysan, située rue Esprit-des-Lois à Bordeaux, poursuit son mari. C’est là qu’on m’a proposé cette mission à Blanquefort. À l’époque, il n’y avait quasiment que des fermes sur la commune ».
Un évarronnage manuel printanier.
L’intervention des agents évarronneurs sert avant tout à couper le cycle d’évolution du varron. Les arrêtés municipaux successifs stipulent ainsi qu’entre le 15 janvier et le 15 mai, « l’agent évarronneur est chargé de visiter, par deux fois, tous les bovidés se trouvant sur le territoire de Blanquefort et de soigner ceux qui sont atteints de la maladie du varron ». « Les soins consistaient à tondre autour des bosses, explique André Picou, et à appliquer de la pommade insecticide fournie par la direction des services vétérinaires ». À partir des années 50, l’utilisation de nouveaux produits de synthèse à base de phosphore va limiter l’intervention des évarronneurs à une unique visite avant le 30 avril de chaque année. « Nous laissions un peu de produit aux propriétaires afin qu’ils poursuivent eux-mêmes le traitement ». Les arrêtés municipaux prévoient que suite à sa visite, « l’agent évarronneur, sur présentation de sa carte de services, perçoit des propriétaires ou de leur représentant l’indemnité à laquelle il a droit, conformément au tarif fixé par arrêté préfectoral. « L’indemnité était calculée en fonction du nombre de bêtes traitées, mais difficile de vous dire à combien elle s’élevait. Entre les francs lourds, légers, puis les euros, je suis perdu… »
L’évarronnage manuel printanier va finalement laisser place dans les années 60 à des traitements préventifs. « Le progrès a libéré les exploitants agricoles. Maintenant tout est mécanique, mais dans les années 50, on faisait encore à la main ». Les progrès ont permis de trouver de nouveaux traitements plus efficaces et la mission des évarronneurs s’est éteinte.
Extrait de : Équinoxes et Solstices, mars 2010, n° 38, p. 28-29. Le magazine de la ville de Blanquefort. Avec l’autorisation de la ville de Blanquefort.

Le bouilleur de cru.

À Blanquefort, on se souvient du bouilleur de cru qui venait s’installer à côte du lavoir, à l’angle de l’avenue de Général de Gaulle et de la rue Gabriel Lamboley, à l’emplacement du centre commercial actuel. En témoignent des photos de M. Liaubet, prises en 1967, et l’on peut remarquer l’ancien lavoir (structures en bois et bordure du bassin).
« Un bouilleur ambulant est une personne habilitée à produire ses propres eaux-de-vie. Ce n'est pas une profession mais un statut qui découle du statut de propriétaire récoltant (ne pas confondre avec distillateur qui est une profession). Certains bouilleurs ambulants bénéficient d'une allocation en franchise leur donnant droit à une exonération de taxes sur les 1 000 premiers degrés d'alcools pur qu'ils produisent. C'est ce que l'on nomme « privilège », et par abus de langage « droit de bouillir ». En France, depuis 1959, ce privilège n'est plus transmissible par héritage, et s'éteindra donc au décès des derniers détenteurs. Depuis 2008, les bouilleurs de cru ne bénéficiant pas du privilège sont taxés à 50 % sur les dix premiers litres d'alcool pur et ensuite à 100 %.
La distillation : les alambics (généralement en cuivre) sont à feu nu, au bain-marie ou à la vapeur. On y sépare les produits de distillation : les produits de tête, trop âpres (et contenant une certaine quantité de méthanol dangereux pour la santé), et les produits de fin de distillation (« produits de queue » ou « petites eaux »), moins parfumés et moins alcoolisés, qui sont récupérés et distillés avec les prochaines cuites.
La distillation des eaux de vie était jadis réalisée par un distillateur avec un alambic ambulant ou fixe mais, depuis l'industrialisation, ce métier tend à disparaître car les coûts de revient de production industrielle sont plus compétitifs.
La réglementation : les personnes ayant le « privilège de bouilleur de cru » ont une exonération de taxe sur les mille premiers degrés d'alcool produits (1 000 ° d'alcool soit l'équivalent de vingt litres d'alcool à 50 °). Les degrés supplémentaires font l'objet d'une taxe (17,1861 € depuis le 1er janvier 2014).
En France, toute personne propriétaire d'une parcelle ayant la dénomination de verger ou de vigne sur le registre du cadastre peut distiller les produits issus de cette parcelle (fruits, cidre, vin, marc). La distillation est effectuée dans un atelier public ou privé après avoir effectué une déclaration au service des Douanes et Droits Indirects. Les personnes qui ne possèdent pas le titre de bouilleur de cru payent dès le premier degré d'alcool : le tarif est de 8,5931 € par litre d'alcool pur jusqu'à mille degrés, et 17,1861 € par litre d'alcool pur au-dessus.
Le propriétaire d'une parcelle peut donner procuration à quelqu'un qui distillera ainsi en son nom.

Création de ce métier : le privilège de bouilleur de cru remonte à Napoléon lorsqu'il accorda un privilège d'exonération de taxes pour la distillation de 10 litres d'alcool pur ou pour 20 litres d'alcool à 50 %. Ce privilège fut héréditaire jusqu'en 1960, où, pour tenter de limiter le fléau de l'alcoolisme dans les campagnes mais aussi sous la pression des lobbies de grands importateurs d'alcool fort ou producteurs français, le législateur en interdit la transmission entre générations ; seul le conjoint survivant pouvait en user jusqu'à sa propre mort, mais plus aucun descendant.
Dès lors, les bouilleurs de cru non titulaires du privilège pouvaient faire fabriquer leur alcool par le distillateur ambulant mais devaient verser une taxe fiscale au Trésor public via l'administration des douanes à partir de 1993.
En 2002, une loi de finance indique que la franchise accordée aux bouilleurs de cru encore titulaires du privilège est supprimée ; cependant une période de cinq ans prolonge jusqu'au 31 décembre 2007 l'ancien dispositif. À partir de la campagne de distillation 2008, les anciens titulaires du privilège peuvent encore bénéficier d'une remise de 50 % sur la taxe pour les 10 premiers litres d'alcool pur (article 317 du code général des impôts).
Un nouvel amendement voté au Sénat proroge le droit sur les 10 premiers litres jusqu'au 31 décembre 2010. La Loi 2011-1977 du 28/12/2011 « proroge » le bénéfice des 1 000 degrés jusqu'au décès du titulaire (ou de son conjoint). »
Texte extrait de Wikipédia.

Une quincaillerie intemporelle.

Au fil des ans et de leur développement, la physionomie des villes change, tant sur le plan de l'habitat que sur celui des commerces. Création, transformation, reprise... le tissu commercial des villes est en perpétuel mouvement. Toutefois, certains sont en place depuis des décennies et sont devenus de véritables points de repère au sein des communes. À Blanquefort, c'est notamment le cas pour la quincaillerie-droguerie située rue de la République.

Le « bazar » d'antan a certes évolué avec son temps mais lorsque l'on pousse la porte, on ne peut que retrouver son âme d'enfant face à la sensation de pénétrer dans une sorte de caverne d'Ali Baba des temps modernes.
Entre les objets « oubliés » : élastique de fronde, martinet, diable à châtaigne, pot de chambre, filet à commission, piège à souris..., les « traditionnels » : coutellerie, vannerie, grill bordelais, attendrisseur à viande en bois, ou encore ceux à usage quotidien : visserie, serrurerie, plomberie produits d'entretien, peinture..., les yeux ne savent où se poser. Une atmosphère intemporelle émane de cette quincaillerie et de son comptoir derrière lequel un regard exercé reconnaîtra ici des aiguilles artisanales pour le cuir, les matelas, la tapisserie..., là un peson ou encore des cardans de tournebroche.
Ces objets associés à une grande diversité de produits permettent ainsi de satisfaire de nombreux besoins : de l'amateur de confiture à la recherche de la bassine adéquate au bricoleur en panne de disques à poncer en passant par les chineurs soucieux de trouver la cire adaptée pour leurs dernières trouvailles.
Petite histoire de la quincaillerie. Fabienne et Georges Penalva sont les gérants de la quincaillerie. Ils ont pris la succession de M. Debacque. Le commerce a été créé par M. Ariola au début des années 1940 qui a pris la suite d’une épicerie tenue par M. et Mme Boisserie.
Extrait de : Équinoxes et Solstices, juin 2012, n° 49, p. 28. Le magazine de la ville de Blanquefort. Avec l’autorisation de la ville de Blanquefort.