Hôpital Russe au château Dulamon

L’hôpital auxiliaire du château Dulamon, HA n° 40, a fonctionné de début septembre 1914 à fin décembre 1914. Puis l’hôpital déménage en janvier 1915 dans les dépendances du Carlton Hôtel, 121 avenue des Champs Elysées à Paris.

NB : un hôpital auxiliaire est sous la direction de la Croix-Rouge ou d’une association affiliée comme la SSBM (Société de Secours aux Blessés Militaires) qui est la plus importante.

Pourquoi un hôpital russe?

Dès le début de la guerre, le Tsar Nicolas II et la Tsarine Alexandra Fedorovna émettent le souhait de créer un hôpital pour les déjà très nombreux blessés français. Ils chargent leur ambassadeur en France, Mr Isvolski, de chercher un lieu.

Le 2 septembre 1914 le gouvernement français et ses ambassades, dont celle de Russie, se réfugient à Bordeaux et y resteront jusqu’à fin Décembre 1914. L’ambassadeur russe cherche donc un lieu à Bordeaux ou dans ses environs.

Et c’est le château Dulamon de Blanquefort qui est retenu. Mr Louit, grand négociant Bordelais, le met à la disposition de la Croix Rouge Russe.

L’hôpital sera sous le patronage de l’Impératrice Alexandra Fedorovna sous le nom d’Hôpital russe, il compte 100 lits.

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Inauguration de l’hôpital

L’hôpital a été inauguré par l’ambassadeur de Russie, Mr Isvolski, « accompagné de tout le personnel de l’ambassade » et « en présence des membres de la colonie russe et de tout le personnel de l’administration hospitalière » comme l’écrit le quotidien Le Temps le 22 septembre 1914 : « cet hôpital, qui ne compte pas moins de cent lits, pourra recevoir des blessés français dès demain. La cérémonie d’inauguration a revêtu un caractère de très grande simplicité. Un Te Deum a été chanté par l’archiprêtre russe tout spécialement venu de Biarritz à cet effet, et les locaux ont été ensuite bénits par lui. »

Le 14 octobre 1914 le président de la République Française, Raymond Poincaré est venu visiter l’établissement accompagné du ministre de la guerre, Alexandre Millerand et du général Duparge, secrétaire Général militaire du Président.

Administration de l’hôpital

L’administrateur de l’hôpital est M. de Poliakof, conseiller d’état de Russie, les docteurs sont :

  • Les frères Serge et Georges Voronoff
  • Le docteur Vilars. HA-N-40-Serge-Voronoff                                                                                                                              Serge Voronoff

Le docteur Serge Voronoff est né en Russie en 1866 et a fait ses études de médecine à Paris, en 1895 il est naturalisé français. Face aux nombreux blessés présentant des fractures ouvertes infectées avec délabrement osseux il crée une section de greffe osseuse. Des greffes autoplastiques (autre os du patient), homoplastique (os d’amputé) voire hétéroplastiques (os animal vivant ou bouilli) seront pratiquées.

Plusieurs épouses ou filles de personnalité prodiguent les soins aux soldats :

  • Mme et Melle Isvolski, épouse et fille de l’ambassadeur,
  • Mme et Melle Vesnith, épouse et fille du ministre de Serbie en France
  • Mme Voronoff épouse d’un des médecins
  • Mme Jaquillot épouse du général ancien commandant de l’Elysée
  • Mme Lacaze directrice de l’hôpital
  • Mme Louit du château Dulamon

Activité de l'hôpital

Le registre d’entrées/sorties des blessés du château Dulamon permet de connaître un peu mieux l’activité de l’hôpital, car mentionnant l’état-civil, la plaque d’identité du militaire blessé et les dates d’entrée et de sortie de l’hôpital avec la destination de sortie. Le genre de maladie n’est hélas jamais renseigné. Aucun décès n’est à déplorer dans cet hôpital.

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151 soldats ont séjourné à l’hôpital Dulamon, les premiers sont arrivés le 27 septembre 1914 et les derniers le 21 décembre 1914. Il y a eu plusieurs vagues importantes d’entrées : le 27 septembre 1914, le 1er octobre et 15 octobre 1914 et le 20 novembre 1914.

En majorité ce sont de simples soldats qui sont hospitalisés : 118 sur 151 soit 78% des blessés. Parmi les soldats un soldat tambour, un soldat clairon, deux soldats 1ère classe. Parmi les caporaux un caporal fourrier (tient toutes les écritures de la compagnie).

Les blessés sont nés un peu partout en France, 56 départements sont représentés dont l’Algérie. C’est l’Isère avec 18 blessés qui arrive en tête puis La Mayenne et la Seine avec 9 blessés, l’Algérie avec 8 blessés, La Sarthe 7 blessés. 5 blessés sont originaires des Landes, 3 de Gironde (Arcachon, Bordeaux et Targon).

Le total des journées d’hospitalisation est de 7330, soit une moyenne de 48 jours par blessé. Le séjour le plus court est de 1 jour, le plus long de 103 jours.

La majorité des blessés quitte le château Dulamon pour la caserne Faucher de Bordeaux où siège la commission de réforme, d’autres vont dans d’autres hôpitaux principalement de Bordeaux ou des dépôts de convalescence (DC), 1 seul est guéri, 1 seul reprend le service actif au ministère de la guerre.

Les derniers blessés quittant le château Dulamon vont à l’hôpital n° 92 rue Colincourt à Paris.

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Messe au château Dulamon

Texte extrait du livre « Années de sang et de larmes à Blanquefort » publication de novembre 2019 en coédition CHB et L'Harmattan.

Sources : Service des Archives Médicales Hospitalières des Armées de Limoges (SAMHA) côte B2640, Archives départementales de la Gironde, articles des quotidiens La Petite Gironde et Le Temps.