diapo (1)
diapo (2)
Previous Next
diapo (1)
diapo (2)
Previous Next

Le site d'information du CHB (Cercle Historique Blanquefortais)

当另类邂逅尊贵

Une mémoire locale.   

Portrait de Paulette Corne, Brugeaise pur jus, issue du monde maraîcher, qui évoque ici quelques souvenirs de jeunesse.

Elle est réputée pour être une figure locale. Et ça l'énerve un peu. Elle hausse les épaules, élude la question. Paulette Come pourrait presque écrire un livre sur Bruges, sa ville, son fief. Mais elle préfère de loin parler. Intarissable, directe, le verbe haut, parfois. Volontaire, toujours. Même si elle vit depuis longtemps dans un appartement du centre-ville, si elle a travaillé comme caissière, poissonnière ou encore employée de station-service, femme de service dans les écoles de la ville, la septuagénaire est d'abord maraîchère dans l'âme. En totale adéquation avec la tradition locale de Bruges. « Mes grands-parents maternels et paternels étaient maraîchers, les uns au lieu dit Le Laire, les autres au Brillon. »

Un petit jardin  

Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. Les terrains ont été vendus. Des constructions ont remplacé les rangs de carottes tirés au cordeau. Mais la vieille dame n'a pas perdu la main. « Je me suis loué un petit jardin en face de la déchetterie, raconte-t-elle. J'y suis souvent le matin, pour cultiver mes légumes de consommation courante, pour moi, ma fille, mes petits-enfants et arrière-petits-enfants ». On ne se refait pas. Pourtant, à 12 ans, la jeune Paulette voulait être coiffeuse. Une ambition vite refrénée car la volonté paternelle était tout autre. La gamine quitte l'école et se retrouve au jardin, « à contrecœur », au départ, dans les champs de cresson, de poireaux, de radis. À cette époque, on attachait les salades avec du raphia pour les faire blanchir. Les jardiniers se rendaient, la nuit, au marché des Capucins, à Bordeaux, pour vendre leurs légumes aux grossistes. « On partait de chez nous à minuit, trois fois par semaine, pour approvisionner des épiciers. Certains venaient de Lacanau, du Porge, du Cap-Ferret et même de Soulac, alors qu'apparaissaient les ancêtres des supermarchés d'aujourd'hui. Je pesais la tomate avec une romaine, une balance de l'époque. »

Les beignets du carnaval

De son enfance brugeaise, Paulette Come se souvient du bus de la société Arino qui partait de Macau et menait aux allées d'Orléans à Bordeaux. Et du tramway électrique qu'elle allait prendre route du Médoc, aux Écus. « Il allait jusqu'à Eysines. Je me souviens qu'il existait un dépôt au Vigean, un autre boulevard Wilson, à Bordeaux. Comme quoi l'histoire se répète ! Il y avait le conducteur et une personne qui poinçonnait nos billets.» La Brugeaise aime aussi raconter la tradition du carnaval : « Lorsque mes parents étaient jeunes, ils se déguisaient et ils étaient attendus dans le voisinage avec un plat de beignets et du vin blanc. »

Château Treulon

Elle évoque le château Treulon, aujourd'hui propriété de la Ville. « Pendant la dernière guerre, il a été occupé par les Allemands, qui y avaient creusé une piscine. Lorsqu'ils sont partis, le château est resté fermé durant des années, puis on a appris qu'une école allait s'installer là. En fait, ce fut une école privée de sténodactylo, accueillant une soixantaine de jeunes filles. » Bruges sans rocade, sans zone industrielle, sans lotissements, avant le boom démographique, était alors un village avec ses lavoirs et ses échappées belles vers le Médoc.

Article du journal Sud-ouest du 4 janvier 2012. Christine Morice. Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.