Château Dupaty [aujourd’hui Le Déhez]

Historique 

Château de « Hé » à son origine selon E. Guillon, puis château du « Dées » à la fin du XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, la propriété prend à la fin du XVIIIe siècle le nom de « Dupaty », pour retrouver l'appellation de château du « Desse » sur le cadastre de 1843. Déhés, le nom actuel, est en rapport direct avec l'explication de Nicolaï, selon laquelle Déffès ou Déhès viennent du verbe latin « defendere, defensum » : défendre, défendu, qui s'applique à la « terra indominicata », partie de la terre que le seigneur se réserve en propre. (A. Nicolaï, « Les noms de lieux du département ».)

Jean Audar hérite du domaine qui figurait dans le contrat de mariage de ses parents, daté du 7 janvier 1697. (AD.33 3E 13538 Bernard, notaire à Bordeaux, vente Béroux/Laborde-Delbos). Domaine qu’il délaisse au curateur de ses enfants Guillaume Béroux. Lorsque le 14 septembre 1720, G. Birous vend la propriété à François Laborde-Delbos, elle comprend « bourdieu et métairies, consistant en maison pour le propriétaire, chambres pour les valets, chais, cuvier, parcs, granges, jardin... », l'ensemble pour la somme de 200 000 livres.

La demeure porte ensuite le nom de son propriétaire, le célèbre Charles-Jean-Baptiste Dupaty (1744-1788) dont Ribadieu dit qu’il aurait écrit ses « Lettres sur l’Italie » dans son château de Hé. L'aspect général de la construction sur le cadastre de 1806 est sensiblement le même que sur le cadastre de 1843. Le cadastre actuel montre une disposition semblable.

En 1839, Pierre-Charles Duval, propriétaire, vend ses biens dont fait partie le domaine de Déhés comprenant : « une grande maison en forme de château avec un pavillon couvert en ardoises lequel est élevé d'un étage au dessus du rez-de-chaussée, des maisons de cultivateurs, chais, cuvier, écuries, granges, une fontaine bâtie en pierre ». (AC. Fonds Beaumartin. Le Déhés.

La carte postale qui date du début du siècle figure la demeure dans un état antérieur, qui correspond à la description qu'en fît E. Guillon : « le corps de logis principal se compose d'un rectangle à rez-de-chaussée surmonté d'un pavillon central recouvert à la Mansard ».

La restauration des bâtiments, commencée vers 1954 par la société Barton et Guestier, nouvelle propriétaire, a contraint dans les années 1960, lors des derniers travaux, de supprimer les niveaux supérieurs du pavillon central très endommagés notamment par les ajouts visibles sur le document. L'escalier et la balustrade sont mentionnés par Guillon et sont également nettement représentés sur le cadastre de 1843.

Description 

Situation et composition : Le domaine du Déhés se situe au sud de la commune, à l'écart des habitations, sur les dernières collines avant les palus. La demeure est installée sur l'une de ces petites hauteurs, les dépendances s'étendent jusqu'en contrebas. Bâtiment bas de type chartreuse, la demeure forme avec des dépendances vers l'est et vers l'ouest, un plan en U. Ces bâtiments délimitent une première cour haute, close au nord par un garde-corps à balustres, interrompu au centre par un escalier monumental qui descend à une autre cour fermée elle-même vers le nord par une grille. Autour, s'étend un vaste parc boisé, et des vignes vers le sud.

Matériaux et leur mise en œuvre : Pierres de taille, tuiles mécaniques pour la demeure, et ardoises pour les toits des pavillons qui surmontent les passages entre les bâtiments de dépendances, pour accéder à la cour haute.

La demeure.

A- Parti général : corps de bâtiment rectangulaire bas.

B- Elévations extérieures :

Façade antérieure : la façade sur cour est orientée vers le nord. Une travée centrale en léger ressaut est percée de trois baies : deux fenêtres et la porte-fenêtre au centre. De part et d'autre de cette travée, trois travées séparées par des chaines à bossages sont composées de deux fenêtres. Toutes les baies sont inscrites dans un arc segmentaire.

Façade postérieure : semblable à la façade antérieure.

Combles et couvertures : pas de combles, toit à deux versants et croupes couvert de tuiles mécaniques.

Note de synthèse : c'est principalement la topographie qui met en valeur cette chartreuse amputée de son pavillon central. Ce lieu élevé avait certainement été choisi dès le XVIIe siècle, mais la construction actuelle parait être du siècle suivant, à l'époque où la famille Dupaty a pris possession du domaine. Si le logis a la simplicité, mais aussi le charme des demeures campagnardes d'un type connu dans le bordelais, l'escalier qui, de la cour monte vers la terrasse, donne une certaine noblesse à la propriété.

À Bordeaux, les escaliers intérieurs du XVIIIe siècle, dans des cages vastes et décorées, ont une vocation d'apparat qui triomphe avec l'escalier de Victor Louis au Grand Théâtre.

Au siècle précédent, le constructeur de l'escalier monumental du château de Vayres, a organisé sur la façade est, une entrée d'honneur par les jardins, qui transforme le château vu du fleuve, en une demeure de plaisance.

Bien que placé sur une hauteur, le Déhés n'eut pas forcément à se défendre ; (la forteresse de Blanquefort n'est pas sur une colline). C'est pour l'agrément que le lieu a été choisi. Ensuite, la dénivellation met d'autant en valeur le château, que le moyen d'y accéder est prestigieux. Il ne s'agit pas ici d'un escalier très prestigieux, mais en bon rapport avec le logis, et assurant tout de même son but de mise en valeur. La grille encadrée de deux forts piliers, est dans l'axe de l'escalier. Elle est la première marque de la noblesse de la propriété, caractère justement spécifié par cet accès dans un même axe et par étapes montantes vers l'entrée sur le pavillon central.

Source : Châteaux et maisons de campagne de Blanquefort, mémoire de maitrise de Bertrand Charneau, Université de Bordeaux III, 1984.

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Cet édifice dont le vrai nom est château de Hé s’élève à l’est du bourg de Blanquefort sur le revers des coteaux de la Jalle ; c’est une œuvre de la fin du XVIIe siècle, et l’architecte a savamment profité de la déclivité du terrain. Le corps-de-logis se compose d’un rectangle à rez-de-chaussée surmonté d’un pavillon central recouvert à la Mansard ; des deux côtés s'avancent parallèlement deux rangées de servitudes entourant un parterre et reliées par une balustrade en pierre, au milieu de laquelle s’ouvre un large escalier qui descend dans une cour d’entrée plus basse, clôturée par une grille soutenue de distance en distance par des piliers et flanquée aussi de nombreuses servitudes. L’aspect, la régularité et l'élégance de cet édifice en font un des plus jolis châteaux du canton.

Il fut acheté au XVIIIe siècle par M. Dupaty, né à La Rochelle, qui fut en même temps poète, artiste, avocat général et président au Parlement. Jurisconsulte éloquent, il fit des ouvrages de jurisprudence qui provoquèrent, après sa mort, une réforme dans la législation criminelle, mais qui de son vivant furent brûlés par la main du bourreau et envoyèrent leur auteur gémir à Lyon dans le château de Pierre-en-Size. Sorti de là, Dupaty se retira à Blanquefort avec sa famille et selon M. Ribadieu, ce fut dans son château qu’il écrivit ses « Lettres sur l’Italie » qui eurent un si grand succès.

Il mourut à Paris en 1788 et laissa deux fils dont l'un était né à Bordeaux en 1772, dans sa maison de la rue du Loup, et l'autre le 30 juillet 1775 dans son château de Blanquefort (dans son acte de baptême l’édifice est appelé château de Hé). L’ainé, Charles-Mercier Dupaty fut avocat, officier sous la République, sculpteur distingué et mourut en 1825. Louis-Émmanuel Dupaty, le plus jeune fut officier de marine, ingénieur géographe, officier du Génie et membre de l’Académie française où il entra en 1836. « C'était, dit M. Nizard, l'un des auteurs dramatiques français les plus spirituels du XIXe siècle ». Il a laissé des comédies, des opéras, des vaudevi1les, des chansons et autres différents écrits. Il mourut à Paris loin de Blanquefort, sa patrie, dont il fut l’un des plus illustres enfants.

Après sa mort, le château de Hé resta dans sa famille, et l’on se souvient encore à Blanquefort « des vieilles demoiselles Dupaty ».  

Il appartint par la suite à M. Duval, qui le vendit par acte du 12 mai 1841 à M. Ch. Delisse lequel l’a gardé jusqu’à sa mort ; il est aujourd’hui à sa veuve. Le château n’a pas changé de physionomie, et c’est toujours l’élégant édifice du siècle dernier avec ses cours étagées, ses jardins, ses serres, ses charmilles, ses allées, et son vignoble qui récolte de 60 à 70 tonneaux de vin rouge. Franck désigne ce crû sous le nom de château Dehez. Mme Delisse administre cette propriété comme pourrait le faire un viticulteur habile.

Sources : Les châteaux historiques et viticoles de la Gironde avec la description des communes, la nature de leurs vins et la désignation des principaux crus par Edouard Guillon, 1867, chez Coderc, Degréteau et Poujol, Maison Lafargue, 28 rue du Pas Saint-Georges, Bordeaux, p 31.33.

 

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