Le domaine de Montigny 

Grande maison du XVIIIe siècle, elle appartenait à un avocat bordelais, Desgranges Tauzin. Elle a pu être construire sur un existant du XVe siècle, d’origine anglaise. Eléments intéressants, un bel escalier intérieur, un balcon du XVIe siècle. Son vignoble connu sous le nom de Haut-Montigny en 1874, produisait six tonneaux de cru bourgeois en 1850. Elle a appartenu à la famille Gautier, apparenté aux De Montbel, puis par mariage aux Lacaze à partir de 1936. Montigny a été réquisitionné pour loger les pensionnaires de l’hospice Saint-Michel, occupé par les troupes allemandes, du 10 mai 1943 au 11 décembre 1944 (voir l’article sur la maison saint-Michel). En 1956, M. et Mme Lacaze, se retirèrent tous les deux dans un couvent et vendirent le domaine à M. Pierre Labégurie, actuel propriétaire.

Nous présentons ici des extraits de lettres de M. Lacaze, qui apportent un éclairage intéressant sur l’histoire de ce domaine.

26 mai 1980 : « Mon père, Henri Lacaze est décédé subitement, à l’âge de 75 ans, j’étais en captivité et n’ai appris son décès que par le journal reçu au camp de prisonniers… C’est moi qui ai pris la totalité de la propriété de Montigny… Quand je suis rentré dans les ordres, en même temps que mon épouse, étant sans enfant, j’ai détruit des papiers de famille qui pour moi étaient sans intérêt, n’ayant pas de descendance.

Jean Baptiste Lacaze a épousé une Dermoiselle de Etcheverria, basque espagnole, d’où le nom de Bruno Grégorio donné à son fils. Grégorio Lacaze n’a pas du avoir une famille nombreuse en dehors de Oscar Lacaze, mon grand-père, car je n’ai pas connaissance d’avoir eu des cousins du nom de Lacaze. Le nom est très répandu dans le Sud Ouest avec ses variantes Lacaze, Cazeaux, Cazaubon, Cazenave.      

J’ai acheté Montigny vers 1936 à Mme Gautier Lacaze, ma tante, en rente viagère (voir le notaire Malauzat qui doit connaître le notaire précédent…). Ma tante a eu une secrétaire venant d’une famille Martin, famille nombreuse de Blanquefort… »

Avril 1988 : «… Montigny a été acheté vers 1840 par mon aïeul Bruno Grégorio Lacaze. Nom hispagnolisé parce que le père Jean Baptiste Lacaze avait pris part à l’intervention en Espagne, du temps de Louis XVIII, roi de France. Jean Baptiste, officier, avait épousé une Espagnole – soyons précis, une basque espagnole – qui avait donné à son fils les prénoms espagnols Bruno-Grégorio. Ce Bruno-Grégorio a acheté Montigny en 1840, car quand j’ai vendu Montigny en 1956, ma femme et moi étant rentrés dans les ordres, la dernière procession était la centième. Montigny était resté dans la famille depuis l’achat (sans doute en 1840 en évaluant d’après les processions…) [NDLR : la paroisse organisait des processions sur les chemins, en particulier le jour de la Fête-Dieu, allant d’un reposoir à un autre et le trajet passait par Montigny.]

Montigny est de style Louis XVI mais vous savez que ce style en admettant qu’il parte de Versailles, a mis quelques années pour se répandre en France. Montigny a été construit fin XVIIIe ou début XIXe siècle, comme Muratel ou Tujean ou Fleurennes…

Un jour, un entrepreneur venu effectuer des réparations dans le chai m’a dit que les poutres étaient en acajou : il parait qu’autrefois quand des bateaux à voile exportaient du vin en Afrique, ils rapportaient du bois d’acajou pour lester le navire, d’où des stocks d’acajou (les chais ont brûlé peu après la vente…)

Les bons bourgeois de Bordeaux aimaient avoir une maison de campagne mais du temps des chevaux. En été, ils habitaient la maison de campagne, venaient en ville et revenaient à la campagne le soir. Le cheval tirait la voiture, aller et retour. Conclusion, pour ne pas trop fatiguer le cheval, la distance ne dépassait pas 15 kilomètres de Bordeaux (15 le matin, 15 le soir, le cheval était content de revenir à l’écurie). Cette distance explique la foultitude de châteaux aux environs de Bordeaux, par exemple Blanquefort. C’était si agréable pour le bourgeois de Bordeaux, manger ses poules, boire son lait, manger ses fruits, tailler ses rosiers avec des gants et voir la grand-mère se promener avec son ombrelle et quelque fois avec une robe à traîne ! Avant la guerre de 1914, monnaies stables, un ménage de jardinier était payé 100 francs ! Maintenant, ce n’est plus possible. Dans le château, 3, 4 ou 5 domestiques… C’était la belle époque avec de belles demeures. Ces belles demeures disparues, il n’y a que Montigny qui tient le coup. Bonne chance, cher monsieur, dans vos travaux d’histoire locale. Des tas de recherches, de vérifications, mais c’est une belle et intéressante occupation. Alors, bonne chance… »

Texte d’Henri Bret.

Bibliographie :

- Archives municipales,

- Catherine Bret-Lépine et Henri Bret, Années sombres à Blanquefort et dans ses environs 1939-1945, Publications du G.A.H.BLE, 2009, p.228-230.

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