Transports

Qui se souvient de l'oiseau bleu?

Légende ou réalité ? Un avion surnommé « l’oiseau bleu » serait tombé à Eysines au début des années 1930.

Oiseau-bleu

Une girouette Oiseau Bleu.

L’oiseau bleu était un petit avion qui transportait le courrier et atterrissait tous les jours à Mérignac. Comme tout change mais que certaines choses restent immuables, les avions amorcent depuis toujours leur descente sur Eysines, les rendant visibles à qui veut bien lever le nez de ses tracas quotidiens. Et l’oiseau bleu était devenu familier, on le reconnaissait, on l’aimait bien.

 A l’époque dont je vous parle, les guidages modernes n’étaient pas encore opérationnels et un grand chêne planté près du cimetière servait de repère aux pilotes. C’était aussi l’époque où les parents ne jouaient pas avec les enfants mais passaient du temps avec eux, les éduquant par le jeu à leurs futures activités. C’est ainsi que les mères enseignaient la couture à leurs filles en habillant les poupées avec des chutes de tissu et les pères taillaient dans le bois des objets divers avec les garçons. L’oiseau bleu était source d’inspiration pour fabriquer des girouettes. Sa silhouette effilée avec son hélice au bout du nez était facile à reproduire et ravissait les enfants quand elle tournait au gré du vent sur les toitures.

Mythique oiseau bleu qui un jour est tombé du ciel ! Où ? A l’angle de la voie de chemin de fer avec ce que l’on nommait poétiquement le « chemin profond ». On suppose qu’il était en panne d’essence et qu’à la vue du grand chêne, le pilote avait estimé ne pas avoir assez de ressource pour atteindre l’aérodrome. Il avait dû planer jusqu’à toucher le sol et s’arrêter dans les ronciers qui se trouvaient à cet endroit. L’avion n’a pas pris feu et le pilote a été sorti indemne de la carcasse.

Qui dit chemin de fer croisant une route dit garde-barrière. Elle était tenue par une dénommée Madeleine qui vivait là dans une petite cabane en bois. Le vent de l’hiver passait entre les planches de cette petite habitation et des voisins à l’âme sensible avaient doublé les murs avec des cartons donnés par Delaube l’épicier. Madeleine avait quelques poules, un potager minuscule. Elle était chargée de baisser la barrière avec une grande manivelle quand s’annonçait un convoi de billots de pins, de barils de poudre ou bien la Micheline. Comme les trains passaient à heure fixe, entre deux passages, elle allait « donner la main » aux maraîchers du coin et s’assurait de l’heure avec une montre ancienne qu’elle avait dans une poche de son tablier.

Dans sa simplicité, Madeleine s’était persuadée qu’une main divine était intervenue dans cet accident. Sinon comment expliquer que l’oiseau bleu se soit posé à quelques pas de sa cabane, de la route et des rails, juste à l’endroit où il n’y avait rien, sans rien abimer et que le pilote ne se soit pas tué. Seul Dieu pouvait avoir accompli ce miracle… Elle a donc décidé de construire là une petite chapelle avec des branches de noisetiers, de clématites et quelques ronces. Elle a installé dans cette niche une statue de la vierge Marie et une autre de Sainte Thérèse de Lisieux et elle invitait les enfants à prier devant cet autel improvisé.

Légende ou réalité ? Qui se souvient de l’oiseau bleu ?

Texte extrait du blog Connaissance d’Eysines, Denise Ladeveze, 26 septembre 2017.