Le Taillan-Médoc

Le nom du Taillan se rattache vraisemblablement au nom du tilleul, arbre qui poussait à l’état naturel dans la région. Tilleul, du latin tilia, tilius a donné avec le dérivé anum Telhan. Le nom de la paroisse est cité en 1027. Le latin Tilius a donné aussi le Thil.

Anne Cavignac, Les noms de lieux du canton de Blanquefort, École des Chartes, 1968.

(Le) Taillan-Médoc est une commune résidentielle de la banlieue NO de Bordeaux (Gironde) dans le canton de Saint-Médard-en-Jalles, au nord des Jalles d’Eysines et du Taillan et à l’ouest de Blanquefort.

8 900 hab. (Taillanais), 1 516 ha, avec lycée général public, supermarché Carrefour (40 sal.), négoce de vêtements publicitaires Maillet (30 sal.); plusieurs châteaux dont celui de Taillan ou de la Dame Blanche (17e-18e s., 30 ha de vignes) à l'est, de Lagorce (19e s.) au nord-est, Durac (18e s.), mais la commune ne cultive que 35 ha de vignes; ensemble de lotissements bordés par la forêt. La D 1 vers le Verdon traverse la commune du sud au nord, la N 215 passe dans la partie sud-occidentale ; la partie occidentale de la commune est dans les bois.

Le nom était Le Taillan jusqu’en 1925; elle avait alors 1 300 habitants. L’essor est des années 1960 : 2 800 habitants en 1968, 4 000 en 1975 ; la croissance se poursuit et la commune a encore gagné 900 habitants entre 1999 et 2008. (texte issu du site  www.tresordesregions.fr)

Introduction générale à l’histoire.


Le découpage des périodes historiques peut varier d’un pays à l’autre.


Pour la France :

- la Préhistoire qui recoupe les premières occupations humaines avant l’invention de l’écriture.

Après l’invention de l’écriture, c’est l’Histoire qui se divise en 4 périodes :

- l’Antiquité, de l'apparition de l'écriture jusqu'à la mort de Théodose Ier en 395 après J.C ou la chute de l'Empire romain d'Occident en 476 après J.C ;

- le Moyen-âge entre l’Antiquité et la Renaissance, soit de 395 après J.C ( ou 476 ) jusqu'à la chute de Constantinople par les Turcs en 1453 ou la prise de Grenade et  la découverte de l'Amérique en 1492 ;

- l’Histoire moderne s’étend du XVI au XVIIIème siècle jusqu’à la Révolution française;

- l’Histoire contemporaine commence en 1789 et dure jusqu’à nos jours.


Dans la terminologie universelle des historiens – à l'exception des historiens français – l'Époque contemporaine couvre toujours les derniers 75 ans environ avant le présent dans le sens où vivent encore des témoins, des contemporains de ces évènements.

La lecture actuelle du mot « contemporain » par les historiens français est au sens où les événements qu'elle couvre ont des conséquences directes sur le monde actuel.

Des premiers occupants à la Renaissance.

Il est difficile de déterminer l'arrivée des premiers hommes dans le Médoc, mais leur implantation paraît très ancienne puisque des fouilles permettent d'attester leur présence vers le Xème millénaire avant J.C. Au Taillan, une hache polie de l'époque néolithique a été retrouvée vers 1906. Cette découverte fut annoncée lors d'une conférence sur la préhistoire faite au Cercle d'étude populaire de la paroisse du Taillan. La hache mesure l8 cm, elle est en quartzite et en parfait état de conservation lorsqu'elle est découverte à proximité de la jalle (entre Bussaguet et le presbytère). Ceci laisse supposer que les premiers occupants du Taillan s'étaient installés au bord de la rivière, ce site offrant les meilleures conditions de vie. Il ne faut pas oublier que la préoccupation première de ces hommes était l'alimentation, que les rivières et les forêts constituaient leur « garde-manger », par la possibilité de pêcher et de chasser. C'est au néolithique que l'agriculture et l'élevage ont permis à l'homme de prendre le dessus sur la nature, entraînant une sédentarisation des tribus qui se groupent en camps ou en villages.

Puis, vient l'âge des métaux dans le Médoc. Ils sont importés de la péninsule Ibérique et de la Bretagne. Le premier, le cuivre est introduit vers la fin du IIIème millénaire avant J.C. Son apparition est contemporaine de la civilisation dite « du vase campaniforme ». Arrivée par la mer, elle s'implante en Médoc où de très nombreux objets de cuivre ont été découverts.

À l'époque du Bronze moyen, le Médoc connaît une grande activité qui va durer jusqu'en 700 avant J.C. En effet, la région se trouve sur une des deux grandes voies qui amènent l'étain des îles britanniques vers la Méditerranée et l'Orient. Vers 1500 avant J.C., la presqu'île du Médoc qui est alors découpée par des golfes et prolongée au nord par un archipel, devient selon Antoine Lebègue, auteur de l'« Histoire des Aquitains », « une véritable zone industrielle qui reçoit l'étain d'Armorique méridionale et le cuivre ibérique, en échange de l'ambre ».

Avec l'âge du fer, au VIIème et Vème siècle avant J.C., le Médoc voit arriver des bandes de pillards et de conquérants. Puis entre le Vème et le IIIème siècle, s'établissent, sur les rives de la Garonne, les Bituriges venus de Bourges, le plus puissant des peuples gaulois. Ils colonisent Burdigala, et prennent le nom de Vivisci. Autour d'eux, d'autres peuplades gauloises s'installent sur les deux rives du fleuve, à Blaye les Blavias, à Langon les Alingo ; les Boïens (Boii) campent sur les bords du bassin d'Arcachon, dans le pays de Buch. Les Belendi fondent Belin, enfin les Médulli occupent, entre la Gironde et l'Océan, la vaste presqu'île nommée par leur présence, le Médullicum, puis le Médoc.

La situation de Burdigala, au confluent de trois rivières, le Peugue, la Devèze et le Caudéran, permet de créer un port abrité, où les Grecs de Marseille et les Romains de Narbonne viennent s'embarquer à destination de l'île de Bretagne (Angleterre). Les échanges avec les Grecs et les Romains initient les Bituriges à la grande civilisation méditerranéenne. Ils connaissent le vin avant d'avoir la vigne. Les classes aisées découvrent le luxe de la vaisselle campanienne. En dehors des villes comme Burdigala ou Noviomagus, l'habitat est relativement dispersé au milieu de profondes forêts peuplées de bisons, d'urus et de loups. Les maisons construites avec une ossature de bois et des murs en argile sont recouvertes de roseaux disposés en forme de pain de sucre. Les hommes de taille moyenne portent les cheveux longs et leur corps est couvert de tatouages ; leur tenue se compose d'une tunique retenue par une ceinture rouge et d'un pantalon qui s'enroule en spirale autour des jambes. Les Bituriges se nourrissent invariablement des produits de la pêche et de la chasse ; ainsi, se présentaient sans doute les habitants du Taillan de l'époque, qu'ils soient Bituriges Vivisque ou Médulli.

En 56 avant J.C., afin de protéger la province romaine de Narbonne de son principal ennemi, les Helvètes qui veulent s'installer sur les rives de la Garonne, César décide d'envahir la Gaule. Un des meilleurs lieutenants de César, Publius Licinus Crassus, a la charge de conquérir le Sud-ouest de la Gaule. Les Bituriges offrent peu de résistance à leurs alliés commerciaux romains. En l'an 52 avant J.C, l'appel à la résistance du chef gaulois Vercingétorix ne changera en rien le cours de la guerre et la Gaule passe sous la domination romaine. Avec elle, vient la « Pax Romana » qui va permettre à Bordeaux et sa région de connaître une ère de grande prospérité. La romanisation entraîne une véritable révolution économique. Le commerce est prospère, l'agriculture se développe, les moissons de froment sont vantées pour leur abondance. Sous les Romains, l'organisation du territoire biturge est modifiée. Bordeaux demeure la capitale de la cité, la résidence du sénat et des magistrats. Les petites peuplades avoisinantes, comme les Médulli sont intégrées dans la cité des Bituriges Vivisques. Les Médulli forment un « pagus », ce qui sera plus tard un canton rural de la cité.

Pour assurer leur sécurité par le déplacement rapide des troupes, et le développement du commerce, les Romains construisent des routes. L'aménagement des voies commence en 16 avant J.C. De Bordeaux, partent plusieurs voies se dirigeant vers Dax, Toulouse, Lyon, Poitiers, mais également vers Noviomagus (près de Soulac), d'où part une autre voie en direction de Bayonne longeant la côte océane et portant le nom de Via Médullica. La « via » conduisant à la pointe du Médoc est appelée la Lébade ou Lévade. Elle débute au Palais Gallien, passe par l'actuelle rue Fondaudège (la font d'Audège était la fontaine la plus importante de Bordeaux du temps des Romains), emprunte l'avenue d'Eysines, traverse la jalle du Taillan à hauteur de Cantinolle, au lieu-dit Jallepont, puis se dirige sur le lieu-dit les Gahets vers le quartier Lacaussade qui lui doit son nom (la caussade est la chaussée de pierre) ; de là, elle continue vers Hontane et la lande de Cassenore, puis quitte la commune en prenant la direction des bois de Luget (Le Pian).

La création des voies permet l'implantation de domaines agricoles, véritables petits villages dénommés « villa ». Chaque domaine emploie de nombreux travailleurs dont certains sont des esclaves et d'autres des colons libres. Le long des routes, au départ de la cité, les riches romains ont pour coutume de faire construire leur tombeau. Si le tombeau d'Autellius peut avoir donné son nom au Taillan, il n'est pas impossible que celui de Germignan ait pour origine une petite exploitation appartenant à Germinianus... Rien ne permet de l'affirmer, rien ne prouve le contraire, seul le passage de la Lébade est attesté.

Si les Bituriges participent au négoce du vin à destination des îles britanniques, les Romains se gardent bien de planter la vigne dans la région afin de protéger le vin produit en Italie qu'ils acheminent depuis Narbonne et Marseille et sur lequel ils perçoivent d'importantes taxes. La conquête de l'Angleterre en 43 avant J.C. va donner aux Bituriges l'occasion de se lancer dans la culture de la vigne, car les troupes d'occupation romaines ont un grand besoin de leur boisson favorite que ne peuvent pas satisfaire pleinement les expéditions depuis Narbonne. Le sol pauvre des Graves, les pluies océaniques et les gelées précoces ne conviennent pas aux cépages italiens ou grecs. C'est en Albanie, à Dyrrachium (Durrès), qu'un plant adapté au milieu Aquitain est découvert. Il s'agit du Basilica qui sera baptisé Biturica ou Biturigiaca. Ainsi, la vigne apparaît en Médoc et plus particulièrement dans les environs immédiats de Bordeaux, là où le sol l'autorise. Le Taillan et Blanquefort sont très vite couverts de vignobles jusqu'à la limite des marais et de la jalle. Rapidement, avec l'arrivée du christianisme, ces vignobles assurent la fourniture du « vin de messe » du chapitre de Bordeaux et cela pendant plusieurs siècles. Les élèves biturges dépassent très vite leur maître dans la vinification et les vins gaulois sont très réputés. Le vin qui était produit à cette époque n'avait pas grand-chose à voir avec celui que nous dégustons aujourd'hui. Les recherches effectuées à partir de textes anciens et des instruments retrouvés au cours de fouilles, ont permis une approche de la « fabrication » du vin romain. Elle se déroulait de la façon suivante : la vendange était ramassée dans des paniers en osier, puis foulée aux pieds pendant plusieurs heures. Le jus obtenu s'écoulait dans un cuvon de pierre ; le raisin foulé était ensuite pressé. Le liquide ainsi obtenu après ces deux opérations, était transvasé à l'aide d'un seau de bois dans des jarres en terre cuite de 500 litres (dolia), qui étaient enterrées. La fermentation durait environ trois semaines. Au cours de celle-ci, étaient rajoutés, des herbes (fenouil), des épices ou des aromates (safran) ou du miel, et même de l'eau de mer. Tout était bon ou presque pour parfumer le vin à la demande.

Pays de la douceur de vivre, l'Aquitaine l'est assurément pour les membres de l'aristocratie gallo-romaine. Le poète Ausone, né à Bordeaux vers 309-310, D. Magnus Ausonius, grammairien et rhéteur, précepteur du futur empereur Gratien, riche propriétaire terrien, apprécie la gastronomie du Médoc. Il écrit dans ses lettres à son ami Théon propriétaire d'une villa vers la pointe du Médoc : « ces huîtres du Médoc qu'on nomme bordelaises sont exquises pour moi. César lui-même enfin à sa table les loue autant que notre vin ». Il les désigne comme « les plus précieuses de l'océan des Médules ». Les richesses de la région sont une proie tentante pour les envahisseurs traversant la Gaule. En 406, ce sont les Vandales qui déferlent, puis en 415 les Wisigoths. « Plus de bétail et plus de semence ; plus un coin de terre pour les vignes et les oliviers. La violence du feu s'est abattue sur les terres des domaines » écrira un auteur anonyme de l'époque.

Les Francs, appelés par les évêques, avec à leur tête Clovis, viennent au secours du peuple gaulois et sont accueillis en libérateurs. Pour la Gaule, commence la période Mérovingienne. Vers 675, un premier duché d'Aquitaine est fondé par un prince Gascon du nom de Loup. La Vasconie qui deviendra la Gascogne s'étend des Pyrénées à la Garonne.

Depuis 720, la menace musulmane pèse sur le Sud-ouest de la Gaule. La grande offensive de l'Islam déferle sur la région, Abd-el-Rahman s'empare de Bordeaux. Le duc d'Aquitaine, battu par les Arabo-Berbères, en appelle à Charles Martel qui arrête ces derniers dans la région de Poitiers en 732. La présence arabe dans le Médoc a donné naissance à une légende attachée à la forteresse de Blanquefort. Cette dernière aurait été édifiée au VIIIème siècle par une dame Blanche « Bianca », fille d'un chef arabe ou maure établi à Gironville (Macau). Le château du Taillan, dépendant des comtes de Durfort, seigneurs de Blanquefort, prendra plus tard le nom du château de la Dame Blanche.

En 781, Charlemagne crée en faveur de son fils, le futur Louis le Pieux, le royaume d'Aquitaine. À la mort de « l'Empereur à la barbe fleurie », son fils Pépin règne sur l'Aquitaine de 817 à 838, mais son pouvoir s'arrête à Bordeaux, région devenue une « marche » tenue par les comtes de la famille Seguin, face à une Gascogne indépendante.

Dans le milieu du 9ème siècle, de nouveaux envahisseurs, les Normands avec leurs bateaux (drakkars) longent les côtes et remontent les fleuves et les rivières. Ils suivent la Garonne détruisant et pillant tout sur leur passage. Ils s'attaquent d'abord aux campagnes, aux moissons, aux trésors des villas, aux monastères isolés. Dès 844, les pirates réduisent en cendres les faubourgs et les environs de Bordeaux. Le Taillan, comme le reste du Médoc subira leur passage. En 845, le comte Seguin est tué et en 848, Bordeaux est pillée et incendiée. La région connaît une période noire qui va durer jusqu'à l'an mil.

C'est au 10ème siècle que le nom de la paroisse du Taillan apparaît dans une donation faite en 950, sans doute par Guillaume le Bon, duc d'Aquitaine, à l'abbaye bénédictine de Sainte-Croix de Bordeaux. L'église du Taillan se situe parmi les premiers bâtiments religieux du Médoc. Avec l'an mil, la région connaît un certain renouveau dans une Aquitaine indépendante.

Un grand élan de foi envahit le pays, les papes prêchent les croisades. C'est aussi l'époque des grands pèlerinages vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Le Médoc est traversé par deux chemins que les pèlerins empruntent pour se rendre en Espagne. Le premier longe la côte océane, il est utilisé par les Anglais, les Normands, les Bretons, qui débarqués à Soulac (Notre-Dame-de-la-fin-des-Terres), se dirigent vers Saint-Jean-de-Luz. Le deuxième est emprunté par les pèlerins arrivés par bateau à Lamarque en provenance de Blaye et se rendant à Bordeaux. Là, les pèlerins vont se recueillir sur le tombeau du bienheureux Seurin, évêque et confesseur. Cette ville a beaucoup d'attraits, car elle est la capitale du duché d'Aquitaine. L'église Saint-Seurin remonte au XIème siècle. Dans la crypte se trouvent des colonnes avec des chapiteaux gallo-romains et des sarcophages, dont un aurait contenu les restes du saint évêque. Les pèlerins touchaient le marbre et d'après la tradition, le saint rendait « plus fort ». Beaucoup d'entre eux, sont sans aucun doute, passés par Le Taillan afin d'y franchir la jalle en toute sécurité. Ils n'y ont, semble-t-il, laissés aucune trace, mais il est vrai qu'il ne reste plus rien de l'ancienne église de la paroisse pour porter témoignage de leur passage.

Au 11ème et 17Ième siècle, le particularisme des Aquitains se manifeste au travers d'une civilisation originale. Ils apparaissent comme des êtres différents en Europe médiévale, d'une part par leur langue, d'autre part, par leur manière toute nouvelle de considérer la femme et sa place dans la civilisation chrétienne. Des hommes désignés sous le nom de troubadours vont exprimer en chanson des sentiments nobles et généreux, afin de conquérir l'amour de la dame de leurs rêves. Au côté du très célèbre duc d'Aquitaine, Guillaume IX, apparaissent le sire de Blaye, Jaufré Rudel et le châtelain de Hautefort en Périgord, Bertrand de Born. Ces hommes chantent l'amour courtois.

Selon certains chroniqueurs, c'est à Belin que voit le jour la belle Aliénor d'Aquitaine vers 1122, fille de Guillaume X d'Aquitaine et d'Aénor de Chatellerault. Confiée par son père au roi de France, ce dernier s'arrange pour la marier à son fils, le futur Louis VII. Cette union est célébrée à la cathédrale Saint-André de Bordeaux le 25 juillet 1137. Le manque de fidélité d'Aliénor envers son mari et roi de France va conduire à la dissolution du mariage et au remariage de la belle avec Henri Plantagenêt, futur roi d'Angleterre, le 18 mai 1152. Par ce mariage, le duché d'Aquitaine devient terre anglaise, ce qui constitue une humiliation pour le roi de France Louis VII. Les conséquences en seront pour la région, l'obtention d'une grande liberté et le développement du commerce du vin avec l'Angleterre.

Une ère de prospérité s'ouvre à nouveau pour Bordeaux et sa région. La campagne bordelaise se couvre de vignobles. On plante en Médoc, et bien sûr au Taillan, à Saint-Emilion et dans les Graves. Le vin rapporte des fortunes considérables aux Bordelais. Concernant les événements de la vie des habitants de cette époque, la traduction d'un acte de la sénéchaussée de Guyenne écrit en Gascon, cité dans le livre « Voyage dans les Landes » de Boudon de Saint-Aman (1818), relate un droit coutumier du seigneur de Blanquefort.

Sentence de la Sénéchaussée d'Aquitaine, le 30 juillet 1302 : « Ceci est la charte et le statut du droit de priorité et de défloration que le seigneur de la terre et de Blanquefort a et doit avoir sur toutes et chacune des filles non nobles qui se marient dans ladite seigneurie, le premier jour des noces. Agissant suivant le droit et les coutumes anciennes, le puissant seigneur de la terre et seigneurie de Blanquefort, Le Taillan, Cantenac, Margaux et autres lieux, a le droit de priorité et de défloration sur toutes et chacune des filles non nobles qui se marient en ladite terre et seigneurie de Blanquefort et autres ci-dessus nommées, le premier jour des noces, le mari étant présent et tenant une jambe de la mariée pendant que le seigneur usera de sa priorité et procédera à la défloration. Celle-ci étant réalisée, le seigneur ne peut plus toucher à la mariée et doit la laisser au mari. Dernièrement, au mois de mai passé, Catherine de Soscarola, de la paroisse de Cantenac, allait se marier à Guillaume de Becaron. Le jeune, le puissant seigneur Jean de Duras, chevalier, voulut user de son pouvoir de priorité et de défloration sur ladite Soscarola. Celle-ci refusa d'obéir au dit seigneur et ledit Becaron également et de plus proféra de mauvaises paroles envers ledit seigneur. À la suite de ce refus d'obéissance de la mariée et des paroles mauvaises du mari, le seigneur les fait mettre en prison séparément et dépose une plainte au criminel, auprès du Grand Sénéchal de Guyenne, pour l'informer de son droit et lui demande une enquête sur les coutumes anciennes de la seigneurie de Blanquefort.

À la suite de cette enquête, une sentence de la cour du Sénéchal de Guyenne confirma le droit du seigneur. Le tribunal ayant fait comparaître les deux parties, déclare que ledit seigneur est bien fondé en droit et par coutumes anciennes, de prendre le droit de priorité et de défloration. II condamne Catherine de Soscarola et Guillaume de Becaron à obéir au seigneur. En ce qui concerne les mauvaises paroles de Guillaume, ladite cour le condamne à faire amende honorable et à demander grâce au seigneur à genoux, la tête nue, les mains en croix sur la poitrine, ceci en présence de tous les présents à la noce. De plus, ladite cour ordonne pour ce qui touche le droit, que la présente sentence servira de loi et statut pour le temps présent et à venir, pour ledit seigneur. Elle sera publiée par le notaire royal et public, affichée par un appariteur à la porte de l'église de Cantenac, à la sortie de la messe et aussi dans toutes les paroisses de la seigneurie de Blanquefort. Le seigneur pourra également faire proclamer son droit, par tous les moyens qu’il lui plaira ».

Pendant plus d'un siècle, de 1337 à 1453, les monarchies françaises et anglaises s'affrontent. En 1355, les Français menacent Bordeaux, la Jurade fait alors appel au roi d'Angleterre qui lui envoie Édouard de Woodstock, prince de Galles. Le 8 septembre 1355, le fils d'Édouard III s'embarque pour la Guyenne. Arrivé à Bordeaux, il organise des raids particulièrement hardis depuis cette ville. Il séjourne souvent dans la forteresse de Blanquefort, Bordeaux n'ayant pas de château assez vaste pour l'accueillir avec sa suite. Les habitants du Taillan voient souvent passer cette redoutable armée. Durant cette période, le Médoc sera ravagé plusieurs fois par l'armée française.

En 1450, le Conseil du Roi décide d'en finir avec les Anglais qui détiennent toujours Bordeaux et sa région. Une avant-garde commandée par le Sire d'Orval entre dans Bazas, puis par une marche imprévue vient camper près de la jalle de Blanquefort. Devant ce danger, tous les Bordelais en armes quittent la cité dans un vrai tumulte, et partent, le maire à leur tête, affronter les Français. Le combat tourne court, plus de mille Bordelais tués et deux mille pris par les Français. Le reste de la troupe s'enfuit et le maire en premier. C'était le jour de la Toussaint, on appela cette date la mauvaise journée, « le jour de la male jornade ». Le soir lorsqu'on apporte sur des chariots les cadavres mutilés, un lugubre gémissement remplit la cité. L'archevêque Pey Berland, né au hameau de Saint-Raphaël (Avensan), passe deux jours et deux nuits à pleurer les morts de sa patrie. La guerre se termine par la victoire des Français sur les Anglais conduits par Talbot, à Castillon, le 17 juillet 1453. Quelques semaines après, Charles VII s'installe à Monferrant ; le gros de son armée campe dans Lormont. Le Médoc est occupé, une flotte remonte le fleuve jusqu'aux collines ; Bordeaux est investi par terre et par eau. Le XVème siècle s'achève, Bordeaux et sa région deviennent françaises et entrent dans la période de la Renaissance.

Le Taillan-Médoc, hier, aujourd’hui, Point Info du Taillan, 2 000, p. 75-79.

Du 16ème au 18ème siècle.

Présentation des seigneurs.

Avec l'installation du Parlement de Guyenne, les présidents et conseillers font construire dans Bordeaux de riches hôtels particuliers auxquels s'ajoutent ceux des gens du roi et quelques bourgeois enrichis par le négoce, qui se sentent en mesure d'acheter une charge pour leurs enfants. La fonction de parlementaire est prestigieuse, elle laisse du temps libre pour s'occuper du vin et confère des pouvoirs sans partage aux Bordelais. Henri IV dit, en parlant des membres de cette cour souveraine : « si je n'étais point roi à Paris, je voudrais être parlementaire à Bordeaux, c'est le sort le plus enviable du monde ». Cette nouvelle noblesse, forte de ses richesses, va devenir propriétaire foncier, et s'intéresser en particulier à la vigne. Pendant que cette puissance grandit, les anciennes maisons nobles ne vivent âprement que de la culture de leurs domaines. Sous des dehors clinquants, leur misère est réelle. Ceux qui ne sont pas fonctionnaires attachés à la personne du roi sont des hobereaux que leur état besogneux retient sur leurs terres. Sous la poussée de leurs dettes, les familles célèbres du Bordelais disparaissent peu à peu de la vie publique. Les deux baronnies les plus puissantes de la région, celles de Monferrant et de Blanquefort, connaissent de gros problèmes financiers. Ainsi, la première nommée est achetée par la jurade de Bordeaux et Jacques de Durfort, à qui appartient celle de Blanquefort, pour se créer quelques revenus, aliène par-devant notaire ses droits de justice dans les paroisses médocaines. Dans le pays du Bordelais, les châteaux historiques et les grands crus passent des mains de la noblesse d'épée à celle des parlementaires et des bourgeois enrichis.

Dans la paroisse du Taillan, de par sa proximité avec Bordeaux, une grande partie des terres se trouve concernée par cette évolution. Elles appartiennent soit à la noblesse de robe, soit à la grande bourgeoisie marchande de Bordeaux. Les ordres ecclésiastiques ont également des possessions dans la paroisse. Ainsi, en 1541, sous le règne de François ler, Ramon Ayquem de Montaigne est seigneur des maisons nobles de Bussaguet et de Saint-Genés, sises toutes deux, dans la paroisse du Taillan. La seigneurie de Bussaguet se trouvait sur les bords de la jalle, à la limite actuelle de la commune du Haillan, qui n'était à cette époque, qu'un village de la paroisse d'Eysines. Quant à la maison noble de Saint-Genés, l'Abbé Baurein nous précise, qu'elle portait indifféremment le nom de Saint-Genés et celui de la Gorce, ce qui la situe vers l'actuel quartier de la Belgique. Elle dut disparaître vers le milieu du XVIIIème siècle, car, le 23 juin 1734, Gabriel Maurice de Lavie dont nous reparlerons plus loin, seigneur du Taillan au village de l'Allemagne, qui venait de l'acquérir de J.F. de Pontac d'Anglade, conseiller au parlement de Bordeaux, « en baillait à fief nouveau, le terrain et les débris à un marchand de Bordeaux » (Drouyn, T. XVII, P 459).

Concernant la maison noble de Bussaguet, son nom apparaît pour la première fois dans le testament de Thomas Ayquem de Montaigne, frère de Ramon de Montaigne. Seul, un moulin portant ce nom, appartenait en 1242 au chevalier Guillaume de Bussac, Bussaguet pourrait donc être un diminutif de Bussac mais on ignore à quelle date cette possession est entrée dans la famille Ayquem de Montaigne. Il est possible que l'édification de cette maison noble soit l'œuvre de Ramon Ayquem de Montaigne. Son fils Geoffroy de Montaigne, né du mariage de Ramon avec Adrienne de La Chassaigne, fille de Geoffroy de La Chassaigne, président au Parlement de Bordeaux, et de Catherine de Lestonnac en hérite en 1563, alors que le règne de Charles IX commence à peine. Geoffroy de Montaigne, conseiller au Parlement, fut connu sous le nom de « Bussaguet » ou « Montaigne Bussaguet », déjà seigneur de Bussaguet, il devient seigneur du Taillan par cession de droit.

Alors que les royaumes de France et de Navarre ont à leur tête le bon roi Henri IV, le 8 mars 1601, Jacques de Durfort, baron de Blanquefort, échange par acte notarié passé à Bordeaux, plusieurs paroisses et seigneuries dont il est en possession, contre une rente de douze boisseaux de blé et divers fiefs. Cet échange a lieu avec plusieurs personnes dont Maître Léonard de La Chèze, conseiller au Parlement et Pierre d'Aste, écuyer, seigneur des Roys, conseiller du Roi au Grand Conseil. Léonard de La Chèze cède très rapidement ses droits à Geoffroy de Montaigne, son collègue au Parlement et c'est ainsi que Pierre d'Aste et Geoffroy de Montaigne, se partagent le 6 novembre 1601, une grande partie des terres de la paroisse du Taillan. Il résulte de cet acte, que le bourg, l'église du Taillan et les terres situées au couchant du chemin de Bordeaux à Castelnau sont la possession de Geoffroy de Montaigne, tandis que celles se trouvant au levant de ce même chemin, sont dévolues à Pierre d'Aste et portent le nom de maison noble du Taillan au village de l'Allemagne, aujourd'hui baptisé la Belgique. Afin de délimiter les terres en leur possession, les deux parties décident qu'il sera planté des bornes marquées à leurs armes, de sorte que l'écusson de chacun d'eux se trouve face à sa portion. La mort surprend les deux seigneurs avant que les bornes ne soient posées. Les années passent ; à Henri IV, succède Louis 13, à Geoffroy de Montaigne, succède son fils aîné, Joseph de Montaigne, né en 1574, écuyer, seigneur de la maison noble de Bussaguet, du Taillan, de Gayac, de Corbiac de Saint-Médard, de la Chapelle Gonaguet en Périgord, de Brénieu en Vivarais, baron de Lévignac, conseiller au Parlement de Bordeaux. Son épouse, Jeanne Tivoley de Brénieu, porte le titre de dame du Taillan. À son décès survenu à Bordeaux en 1627, son fils aîné Henri, institué par lui héritier universel, lui succède comme seigneur du Taillan et meurt en 1679, alors que Louis XIV est au pouvoir. Ensuite, Guillaume de Montaigne, né le ler août 1614, lui succède en tant que chevalier, seigneur de Bussaguet et du Taillan, dit « le Chevalier de Montaigne », bourgeois de Bordeaux.

En ce qui concerne la maison noble du Taillan au village de l'Allemagne, à Pierre d'Aste, ont succédé ses fils, Henry et Charles-André. En 1645, cette maison noble est saisie sur feu Henry d'Aste et son frère Charles-André. Un arrêt décret du 19 juin 1663 en rend Maître de Poitevin, chevalier, Trésorier général de France, adjudicataire pour la somme de dix mille cents livres. Quarante cinq années se sont écoulées depuis le partage réalisé entre Geoffroy de Montaigne et Pierre d'Aste, mais les bornes, délimitant les terres des deux maisons nobles, ne sont toujours pas plantées. C'est Guillaume de Montaigne qui prend l'initiative de l'opération, il somme Maître de Poitevin de contribuer à l'achat de ces bornes afin de procéder à leur mise en place. Ce dernier n'ayant pas déféré à la sommation, Guillaume de Montaigne en effectue l'acquisition et fait réaliser les travaux auxquels Maître de Poitevin est prié d'assister. La situation relationnelle entre ces deux maisons nobles aurait pu en rester là, si un des fils de feu Pierre d'Aste, Jean Étienne d'Aste, chevalier, seigneur des Roys et de Terrefort, n'avait pas évincé Maître de Poitevin par retrait lignager, et remboursement du prix de l'adjudication. Jean Étienne d'Aste devient possesseur de la maison noble du Taillan au village de l'Allemagne, arrache les bornes plantées par Guillaume de Montaigne et prend le titre de seigneur du Taillan. La réaction de Guillaume de Montaigne est placée sur le plan juridique ; par acte en date du 24 décembre 1664, il fait savoir à Jean Étienne d'Aste, que le bourg et l'église du Taillan étant dans sa possession, lui seul peut se prévaloir du titre de seigneur du Taillan. Comme son père Pierre d'Aste, Jean Étienne d'Aste n'a droit qu'au titre de seigneur de l'Allemagne. Par le même acte, Guillaume de Montaigne proteste également contre l'enlèvement des bornes auquel s'est livré le seigneur d'Aste. Après assignation, les deux seigneurs se retrouvent, accompagnés de leurs officiers de justice, témoins, procureurs et avocats, sur les lieux litigieux. Les deux parties ne peuvent se mettre d'accord, et l'affaire est portée devant le Parlement de Rennes, car celui de Bordeaux, où les deux adversaires ne comptent que des parents ou amis parmi les magistrats en exercice, est dans l'impossibilité de juger une telle affaire. Le jugement est rendu le 14 juillet 1666, une sorte de jugement de Salomon, tenant compte sans doute, de l'influence des parties en présence. L'arrêt précise que Guillaume de Montaigne est autorisé à prendre le titre de seigneur du Bourg du Taillan et le Sieur Pierre d'Aste, celui de seigneur du Taillan au village de l'Allemagne. Ainsi par ce jugement, le Taillan se trouve avoir deux seigneurs. Malgré cet arrêt, le procès continue et les bornes ne seront remises en place qu'en 1668. Jean Étienne d'Aste renonce à son acquisition, il vend le 28 mars 1670, sa seigneurie à Maître de Poitevin. La rivalité entre les deux seigneuries se poursuit. Les querelles ont lieu maintenant entre Guillaume de Montaigne et Maître de Poitevin, puis elles continuent entre le gendre de ce dernier, Gabriel Maurice de Lavie, président au Parlement, qui a épousé Anne, fille de Maître de Poitevin et Joseph de Montaigne, petit-fils de Guillaume. En 1740, sous le règne de Louis XV, elles durent encore, mais à ce moment là, entre Jean Charles de Lavie, fils de Gabriel Maurice et Joseph de Montaigne. En 1744, à la mort de Joseph de Montaigne, la seigneurie du bourg du Taillan, passe à sa sœur, Marie de Montaigne, épouse de Juilhot de la Devize, puis dans la maison noble de Cursol. En 1760, François de Cursol est qualifié de baron du Taillan. La seigneurie du Taillan au village de l'Allemagne est toujours aux mains de la famille de Lavie. En 1789, elle appartient à Paul Marie de Lavie, fils de Jean Charles et petit-fils de Gabriel Maurice. Puis, vint la révolution et l'on ne parla plus des seigneurs du Taillan. Beaucoup plus tard, le village de l'Allemagne est rebaptisé par décision du conseil municipal « la Belgique », il s'agit alors d'une querelle plus importante qui oppose la France et l'Allemagne.

En 1759, la paroisse abrite une compagnie de dragons du régiment de Rennes.

Les villageois.

En 1734, grâce à une visite de l'archiprêtre, on sait que la paroisse compte environ 400 habitants et qu'il n'y a ni prison, ni médecin, ni hôpital et que le « le principal désordre vient de ce que l'on fréquente les cabarets pendant l'office et la nuit ». En 1771, la correspondance avec l'intendance de Bordeaux permet de constater que la communauté se compose maintenant de 800 habitants, ce qui est confirmé par une enquête de 1772 de l'archevêque de Rohan. Ce questionnaire en 18 points souligne l'état de pauvreté des villageois du Taillan au XVIIIème siècle : en effet, sur les 800 habitants, il y a 6 familles de mendiants et plusieurs autres nécessiteuses. Cet état de fait est confirmé dans une lettre du curé, M. Dugarry, du 14 juin 1773, conservée dans la correspondance de l'intendant. Il écrit justement pour obtenir une aide alimentaire pour les « nombreux indigents » de sa paroisse.

La population est en majorité agricole. Les actes notariés donnent quelques informations sur leurs activités : la plupart des hommes sont vignerons ou laboureurs. On note aussi : un maréchal-ferrant, deux forgerons (famille Guitard), deux bouchers (Massiard et Bourges), un charpentier (Decourt), un maître-maçon (Pied) ainsi que deux familles de notaires (Berninet et Sallefranque). Certaines familles, surtout chez les vignerons, traversent les siècles ; c'est le cas des Dongey, Pontac, Poitevin, Renouil ou Arrouch. Certaines se marient entre elles, et c'est ainsi qu'une dizaine de familles forment le Taillan.

Voici les actes les plus anciens relevés sur le début du registre paroissial ou B.M.S. (Baptêmes, Mariages, Sépultures) datant de 1692 et recopiés tels qu'ils ont été rédigés.

Épousailles : Le dousième iour du moy de février l'an mil six cent nonante deux ie Recteur du Taillan ay donné la bénédiction nuptiale canoniqement à Jan Romefort vigneron et à Catherine Forton en présances de Jan Laneyrie, Jan Allerot, Bernard Forton, Pierre Forton, les tous vignerons qi n'ont su signés de ce interpellés par moy. Signé : Laneyrie recteur servant du Taillan

Baptême : Le dix septième iour du moy de février l'an mil six cent nonante deux ie servant du Taillan ay baptisé Pierre Bielle fils légitime d'Arnaud Bielle vigneron et de Jane Laneyrie épouse, naqit hier matin à sept heures au vilage de la Caussade dans cette parroisse ; sont parrain Sr Pierre Larouture maître chirurgien ; marraine Damoyselle Blanche Rose Sabiot présents Pierre Sauton huissier du siège royal Dambarès, Pierre Dongey marchand qi ont signé avec moy. Signé : Laneyrie recteur servant du Taillan

Sépulture : Le vingt six février l'an mil six cent nonante deux ie recteur du Taillan ay ensevely Jan Fillon agé de vingt huit ans charpentier de barriqes décédé hier soir au vilage de l'Allemaigne dans cette parroisse sont présents : Jan Delaneyrie, Jan Allevot, Elye Eyqem vignerons et d'autres qi n'ont signés de ce interpellés par moy qi ay signé avec Arnaud Rougueiros cousin du décédé. Signé : Laneyrie recteur servant du Taillan.

En 1759, la paroisse abrite une compagnie de dragons du régiment de Rennes.

Le Taillan-Médoc, hier, aujourd’hui, Point Info du Taillan, 2 000, p. 79-82.

 

De la Révolution au 19ème siècle.

Louis XVI, monté sur le trône à l'âge de vingt ans (l774), manifeste ses bonnes intentions avec les tentatives de réformes entreprises par Turgot et Necker. Il cède ainsi aux sentiments de son cœur, mais son esprit étroit le ramène bientôt aux conseils des courtisans égoïstes qui jugent leurs privilèges en péril. Son indécision augmente le trouble et précipite les événements. Devant la situation, Necker demande au roi de convoquer les États généraux qui ne l'avaient pas été depuis 1614. D'un bout à l'autre de la France, dans les villes comme dans les villages, ce fut de février à avril 1789 une immense agitation.

Dans les cahiers de doléances qui étaient préparés, les questions de principes dominent les questions d'intérêts particuliers. Ainsi, le peuple demande : le vote par tête, l'égalité complète des citoyens devant la loi et devant l'impôt, l'abolition des droits d'aînesse, des servitudes féodales, la réforme des codes, la liberté de conscience, la liberté du commerce et de l'industrie. Réunis le 5 mai 1789, les trois ordres, noblesse, clergé, tiers états, fusionnent après de longues et acharnées discussions en une Assemblée nationale constituante, le 9 juillet 1789. La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, assure la victoire du peuple, entraîne l'organisation d'une mairie à Paris, la création de la Garde nationale et l'adoption de la cocarde tricolore. Les troubles dans les provinces déterminent l'Assemblée à supprimer les droits féodaux, dans la mémorable séance de la nuit du 4 août 1789.

La France est réorganisée socialement, politiquement et économiquement. Le 14 décembre 1789, l'Assemblée nationale constituante instaure les municipalités et décrète que « le chef de tout corps municipal portera le nom de Maire ». La simple paroisse du Taillan dépendant de l'Archiprêtré de Moulis devient une commune.

En 1790, les maires et officiers municipaux sont mis en place dans chaque commune de France.

En l'An II, le citoyen Guillaume Seguin est maire du Taillan. Le département de la Gironde est créé comprenant sept districts et soixante-douze cantons. Le Taillan est inclus dans le canton de Blanquefort ainsi que Saint-Médard-en-Jalles, Eysines, Saint-Aubin, Parempuyre, Bruges et Le Bouscat. Avec la création des cantons, une administration municipale cantonale est instituée, le maire du chef-lieu de canton en est le président. Pour le canton de Blanquefort, le maire Saincric, curé constitutionnel de la paroisse de Blanquefort préside l'assemblée cantonale. Chaque commune du canton, est représentée par un agent municipal et son adjoint. Cette administration municipale cantonale se substitue dans beaucoup de domaines à la gestion communale. La lecture des comptes rendus de cette assemblée permet de connaître ses compétences : le président lit à chaque séance les derniers bulletins des lois, les lettres et directives du gouvernement et du directoire de la Gironde, les pétitions présentées par les citoyens des communes du canton, sur lesquelles il faut délibérer pour prendre les décisions. L'assemblée traite de police générale : signalement des individus suspects, des évadés, des émigrés revenus, des proscrits. Il y est surtout question de finances, des contributions que doivent les communes ou des impôts et taxes dus par les particuliers. L'assemblée a également à traiter des domaines nationaux, des travaux publics, de la conscription des citoyens. Elle a la charge d'organiser les fêtes républicaines instituées par un décret du 9 septembre 1794, qui doivent remplacer les fêtes religieuses.

Ainsi, l'agent municipal du Taillan est chargé d'organiser le 30 ventôse an VI, la fête de la souveraineté du peuple. Le compte-rendu écrit sur le déroulement de cette fête mentionne : « En tête du cortège marchaient deux jeunes gens, l'un tenant une pique, l'autre le drapeau tricolore. Venaient ensuite douze vieillards ayant à la main chacun une baguette blanche. L'adjoint et l'agent (municipal) suivaient et après eux les défenseurs de la patrie en armes et le peuple. Arrivé au lieu désigné, sous un arbre de la liberté, on a chanté un hymne patriotique. Le drapeau tricolore, la pique, le bonnet de la liberté et la constitution de l'an fil ont été mis autour de l'arbre de la liberté. Ayant reçu la loi la veille de la cérémonie, on n'avait pas eu le temps de dresser un autel. Les vieillards se rangent en demi-cercle devant l'arbre de la liberté et immédiatement après eux l'agent et l'adjoint municipaux, n'y ayant point d'autre fonctionnaire public. On chante un air patriotique. Les vieillards s'avancent au milieu de l'enceinte, réunissant leurs baguettes, ils enforment un faisceau qu'ils lient avec un ruban tricolore. Un des vieillards dit à haute voix les phrases suivantes : la souveraineté du peuple est inaliénable ! Comme il ne peut exercer par lui-même tous les droits qu'elle lui donne, il délègue une partie de sa puissance à des représentants et à des magistrats choisis par lui-même ou par des électeurs qu'il a nommés. C'est pour se pénétrer de l'importance de ces choix que le peuple se rassemble aujourd'hui.

L'agent municipal répond par ces mots : le peuple a su par son courage reconquérir ses droits trop longtemps méconnus, il saura les conserver par l'usage qu'il en fera. Il se souviendra de ce précepte qu'il a lui-même consacré par la charte constitutionnelle, que c'est de la sagesse des choix dans les assemblées primaires et électorales que dépendent principalement la durée, la conservation et la prospérité de la république. L'adjoint municipal a fait lecture solennelle de la proclamation du directoire exécutif relative aux élections du 28 pluviôse an VI. La cérémonie a été terminée par des chants patriotiques. Le cortège est obligé de se dissoudre à cause de la pluie et de la grêle ».

Dans cette période trouble, le besoin d'assurer le maintien de l'ordre et d'empêcher les pillages conduit à la mise en place d'une Garde nationale placée sous le contrôle des municipalités. C'est une loi du 14 octobre 1791 portant organisation de la Garde nationale qui rend obligatoire pour tous les citoyens actifs et leurs enfants âgés de dix-huit ans d'en faire partie. Le citoyen actif est défini comme celui payant au moins trois livres d'impôts, ce qui limite le nombre de participants notamment en zone rurale.

Pour Paris, La Fayette en sera le premier commandant en chef et le duc de Duras son homologue à Bordeaux. Au Taillan, est ainsi constituée une unité s'intégrant au « bataillon cantonal » de Blanquefort. Au sein de la Garde nationale, est formée, à la demande du ministre de la police, une colonne mobile chargée d'assurer la sûreté publique. Le canton fournit trois compagnies le 2 nivôse an V, composées de : cinquante hommes de Blanquefort, vingt-neuf du Taillan, vingt-quatre de Parempuyre, cinquante de Saint-Médard, cinquante d'Eysines, quinze de Saint-Aubin, trente du Bouscat et trente de Bruges.

Parmi les citoyens du Taillan, on trouve : Louis Videau sergent, François Labeyrie caporal, Valentin Lavigne, Yves Decourt, Charles Dupuy et Vital Jeantet fusiliers. Julien de Bryas du Taillan sera élu chef du bataillon cantonal en mai 1848. Cette institution durera jusqu'en 1871 avec une mise en sommeil sous le Consulat et l'Empire. Après leur confiscation, les biens des ordres ecclésiastiques et des nobles émigrés sont mis en possession de l'Etat et transférés aux communes. Ceux qui ne peuvent être attribués à un service public sont vendus aux particuliers. Une commission cantonale est chargée d'en faire l'inventaire. Au Taillan, Charles de Lavie est considéré en fuite et doit obtenir un certificat de résidence justifiant de sa présence. C'est son fils Arnaud qui intervient auprès de certains habitants de Blanquefort pour les faire attester, auprès des officiers municipaux, qu'il réside bien en permanence au Taillan et qu'il est un bon citoyen. Le certificat est établi le 15 vendémiaire an VI.

À l'Assemblée nationale constituante, succède le 1er octobre 1791, en vertu de la constitution de 1791, l'Assemblée législative qui se montre hostile à la royauté. Cette assemblée voit la naissance d'un grand parti appelé « la Gironde », parce qu'il a pour chefs des députés girondins, tel que Vergniaud, Guadet, Gensonné, Isnard, Brissot, Barbaron, Petion, Valazé.

Le 10 août 1792, l'Assemblée, auprès de laquelle Louis XVI s'est réfugié suite aux accusations de traître à la nation, convoque la Convention. Le 21 septembre 1792, celle-ci ouvre ses séances. C'est une assemblée souveraine divisée en deux partis. Il y a d'un côté les « Girondins » classés comme modérés, de l'autre les « Montagnards » qualifiés d'exaltés. La mort de Louis XVI, le 21 janvier 1793, détermine la formation d'une première coalition des puissances européennes contre la France. En même temps, la guerre civile éclate dans le pays. Les passions étant de plus en plus excitées, les modérés Girondins sont accusés de traîtres à la Patrie, proscrits et arrêtés. Pour faire face à cette situation la Convention recourt aux mesures extrêmes et règne par la terreur. Le département de la Gironde et Bordeaux en particulier s'insurgent contre la Convention. Par sanction contre les Girondins, la convention remplace le nom du département de Gironde par celui du Bec d'Ambès. Il faudra attendre la loi du 25 germinal an III, pour que le département retrouve son nom d'origine. Afin d'y rétablir l'ordre, des commissaires sont envoyés à Bordeaux et un tribunal révolutionnaire qui prend le nom de Commission militaire, est mis en place, avec pour président un nommé Lacombe, instituteur toulousain, qui est un véritable criminel. On peut lire sur des comptes rendus de l'époque, concernant Lacombe : « La Commission militaire devint un véritable tribunal de rapine et de sang. Il vendit la justice, il accumula les trésors par d'abominables extorsions, il mit à prix la vie et la mort des citoyens. Il était à la fois l'accusateur, le rapporteur du procès et le juge et souvent la partie de celui qu'il condamnait. Inutilement, l'accusé voulait prouver son innocence, il était contraint de garder le silence. « Le tribunal est fixé sur ton compte », lui disait le juge féroce. Et il envoyait froidement sa victime à la mort ».

De riches propriétaires du Taillan passent entre ses mains : Arnaud de Lavie, arrêté le 17 septembre 1793, est acquitté le 14 mars 1794. Le banquier Abraham Peixotto, arrêté dans la nuit du 29 au 30 novembre 1793, ne doit son salut que grâce au versement d'une amende de 1 200 000 livres. La terreur à Bordeaux se termine par l'exécution de celui qui a envoyé un grand nombre de Girondins à l'échafaud... le président Lacombe !

La guillotine dressée place Dauphine (actuellement place Gambetta) à Bordeaux, est démontée le 14 août 1794.

Le Taillan-Médoc, hier, aujourd’hui, Point Info du Taillan, 2 000, p.82-85.

Le blason du Taillan.blason

Le blason de la ville du Taillan-Médoc a été créé en 1996 par M. Pierre-Jean Rodriguez, peintre, à l'initiative de Mme Pauline Picot, maire-adjoint délégué à la culture.

De gueule, à la barre tiercé de sinople, d'or et de pourpre, accostée d'une porte d'argent à dextre et d'une plume d'oie sur un livre ouvert, au naturel, à senestre.

                                    Timbre de trois portes d'argent.

Champ, gueule de couleur magenta rouge, couleur de l'Aquitaine.blason1

La barre transversale supérieure, de couleur sinople (vert), symbolise la forêt.

La barre centrale, de couleur or riche, symbolise la route des vins.

La barre inférieure, de couleur violet, cobalt foncé, symbolise la vigne.

La porte, argent, symbolise la porte du Médoc.

Le livre ouvert et la plume d'oie, de couleur « naturel » symbolisent les écrivains célèbres qui ont vécu au Taillan, sans doute par référence à Étienne de La Boétie, décédé à Germignan sur la commune du Taillan-Médoc et l’arcade est un hommage au bâti communal.

L'ensemble est surmonté de trois portes argent, symbole de ville ouverte.

Le Taillan-Médoc, hier, aujourd’hui, Point Info du Taillan, 2 000, p. 4.

Introduction à la géographie humaine.

Nous proposons l’étude du déroulement de la vie à travers le changement de l’espace, comment nos ancêtres ont structuré leur village en tenant compte des réalités géographiques dans lesquelles ils vivaient dans les rubriques suivantes :
- le peuplement,
- la démographie et les recensements,
- la toponymie,
- la voirie,
- les transports,                                                                                                                                                                                                                                                                             - l’économie.
« La géographie humaine est l'étude spatiale des activités humaines à la surface du globe, donc l'étude de l'écoumène, c'est-à-dire des régions habitées par l'homme.
Cette branche de la géographie est donc par définition une science humaine.
Ses domaines sont très variés et font appel aussi bien à la démographie, à la sociologie, à l'économie, à l'histoire, au droit ou encore à la politique.

La géographie humaine comprend elle-même de nombreuses spécialités :
- la géographie de la population
- la géographie rurale
- la géographie urbaine
- la géographie sociale
- la géographie économique
- la géographie des transports
- la géographie politique
- la géographie culturelle
- la géographie religieuse ».

Les autres rubriques seront abordées dans le chapitre de la population : vie culturelle, vie politique, vie religieuse, loisirs, la langue.