Saint Aubin.

Ce saint naquit à Vannes dans une noble famille bretonne en l’an 449, il passe pour avoir été un exemple de sainteté et de charité. Aubin vient du latin albinus (blanc).

Jean-Marie Cassagne et Mariola Korsak, Origine des noms de villes et villages en Gironde, Éditions Bordessoules, 2001.

Saint-Aubin-de-Médoc.

Cette commune se situe en grande banlieue bordelaise, à 14 km au Nord-Ouest de Bordeaux (Gironde), dans le canton de Saint-Médard-en-Jalles, juste au nord de celle-ci.

La commune changea plusieurs fois de nom pendant la période de la Révolution. Au moment de sa consécration à Saint-Aubin, la langue parlée était une déformation du latin qui, plus tard, deviendrait le gascon. On peut penser que l'agglomération s'appela successivement Sanctus-Albinus, Sanct-Albinus qui évolua en Sainct puis Saint-Aubin. Pendant un certain temps, on ajouta « en Jalès », mais c'est à la Révolution que, ayant commencé à voyager, nos compatriotes constatèrent qu'il existait de nombreux villages du même nom et qu'il fallait trouver quelque chose de plus original. Et c'est là que les fantaisies ont commencé, en même temps que les rattachements à diverses circonscriptions administratives. C'est ainsi qu'on vit Saint-Aubin de Blanquefort doté d'un conseil général et rattaché au département du Bec d' Ambès, puis en l'an II, Aubin tout court, pendant deux mois comme nous l'avons vu. De décembre 1816 à avril 1817, la commune fut rattachée à sa voisine. On les appela « Saint-Médard et Saint-Aubin réunies ». Ensuite, on voit alternativement et sans règle bien définie Saint-Aubin-en-Médoc et Saint-Aubin-de-Médoc, qu'on relève en 1894, mais dont le nom actuel n'est devenu officiel qu'après une délibération du conseil municipal du 7 juin 1931. Et celui qui continue à dire « du-Médoc » le fait à ses risques et périls. 

Texte extrait du livre de René-Pierre Sierra, Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc.

Saint-Aubin-de-Médoc en 1975 :

5 950 hab. (Saint-Aubinois), 3 472 ha dont 2 447 de bois.

L'habitat est fait de lotissements dans la forêt landaise, proches de la route de Lacanau, dont ceux du Tronquat, du Maine d'Estève et de Hourton vers le nord-ouest ; un collège public, château de Cujac au nord.

Cette commune était Saint-Aubin avant 1932 et avait alors moins de 400 hab.

Elle est passée de 720 à 2 100 entre 1968 et 1975, puis 4 000 en 1988, et poursuit son essor. Elle a gagné 870 hab. de 1999 à 2008.

Texte issu du site :  www.tresordesregions

Introduction générale à l’histoire.


Le découpage des périodes historiques peut varier d’un pays à l’autre.
Pour la France :

- la Préhistoire qui recoupe les premières occupations humaines avant l’invention de l’écriture.

Après l’invention de l’écriture, c’est l’Histoire qui se divise en 4 périodes :

- l’Antiquité, de l'apparition de l'écriture jusqu'à la mort de Théodose Ier en 395 après J.C ou la chute de l'Empire romain d'Occident en 476 après J.C ;

- le Moyen-âge entre l’Antiquité et la Renaissance, soit de 395 après J.C ( ou 476 ) jusqu'à la chute de Constantinople par les Turcs en 1453 ou la prise de Grenade et  la découverte de l'Amérique en 1492 ;

- l’Histoire moderne s’étend du XVI au XVIIIème siècle jusqu’à la Révolution française;

- l’Histoire contemporaine commence en 1789 et dure jusqu’à nos jours.
Dans la terminologie universelle des historiens – à l'exception des historiens français – l'Époque contemporaine couvre toujours les derniers 75 ans environ avant le présent dans le sens où vivent encore des témoins, des contemporains de ces évènements.

La lecture actuelle du mot « contemporain » par les historiens français est au sens où les événements qu'elle couvre ont des conséquences directes sur le monde actuel.

L' Antiquité est une des quatre périodes de l’histoire qui court de l'apparition de l'écriture jusqu'à la mort de Théodore Ier en 395 après J.C ou la chute de l'empire romain d'Occident en 476 après J.C.

La fondation de la commune.

L'implantation des Celtes et des Romains.

Du haut de la colline, ils contemplaient le fleuve dont la courbe harmonieuse ressemblait à un croissant de lune. C'est là que les chefs des Bituriges Vivisques, des Celtes venus d'Avaricum (Bourges), décidèrent d'établir leur campement. De l'autre côté de la rivière, à l'intérieur de la grande boucle, ils pourraient vivre et faire paître leurs troupeaux. Le fleuve, les marais, les cours d'eau seraient d'excellents obstacles naturels contre les envahisseurs. Plus tard, on construirait des défenses plus solides. Les animaux sauvages ne manquaient pas, pas plus que le poisson qui se précipitait dans les nasses d'osier.

Les Celtes construisirent quelques huttes de branchages qu'ils recouvrirent de joncs et de roseaux qui poussaient partout dans le marécage. Plus tard, ils remplacèrent les cabanes par des huttes de torchis. Ils ne savaient pas encore qu'ils fondaient une ville puissante : Burdigala. Alors que certains mettaient en culture les terres les plus riches, d'autres procuraient le gibier. Celui-ci, qu'on approchait d'abord très facilement, devint méfiant et s'éloigna au fur et à mesure que ses rangs s'éclaircissaient. Aurochs, bisons, cerfs, chevreuils, cochons sauvages, remontèrent vers le Nord, suivis des ours et des loups qui trouvaient leur ration de chair fraîche au milieu des troupeaux, Les chasseurs suivirent leurs proies.

C'est ainsi qu'un chef entraîna son clan vers un coin de lande où l'on trouvait l'eau presqu'à fleur de terre, qui, plus tard, s'appela Segonnes. On y trouva bien quelques Aquitains pacifiques établis là depuis des siècles, avec quelques Ibères pas très belliqueux, mais la terre était vaste. Les premiers habitants se poussèrent, de gré ou de force. D'autres Bituriges suivirent, ne s'arrêtant à Bordeaux que pour souffler un peu, et rejoignirent les éléments précurseurs de leur tribu. Une petite agglomération s'était déjà formée à l'emplacement du village qui deviendrait Saint-Médard. Les nouveaux arrivants s'établirent non loin de là. Leurs druides cherchèrent un lieu de culte dans la nature, probablement à l'endroit où, beaucoup plus tard, les chrétiens édifieraient leur église.

Le sous-sol ne manquait pas de cette argile bien épaisse qui, mélangée à de la paille, permettait de construire de solides maisons pour remplacer les premières huttes de branchages. Quelques masures poussèrent autours de ce lieu de culte, mais lentement, beaucoup plus lentement qu'à Segonnes car il fallait chercher l'eau sous une couche épaisse de roche dure. Si le Cagaréou inondait les bas-fonds en périodes de pluies, il était à sec en été.

De vastes étendues de landes fournissaient la pâture aux troupeaux. Le sous-sol contenait du minerai de fer qu'on fondait dans des fours de terre glaise alimentés par le bois qu'on trouvait partout. L'osier poussait bien dans les terrains humides ; il servait à fabriquer les multiples objets de vannerie nécessaires à la vie de tous les jours. Le sol n'était pas très fertile mais, en choisissant la bonne parcelle, en grattant un peu, on y cultivait l'indispensable.

C'est ici qu'il ferait bon vivre, finie l'éternelle migration de ces peuples venus du nord et de l'est ! On pourrait s'arrêter pour toujours, aimer, rire et chanter, danser en liberté, car les Celtes étaient gais, généreux et hâbleurs, ce qui ne les empêchait pas d'être braves à l'occasion. D'autres Bituriges, les Médulli, qui occupaient déjà le Médoc du nord s'avancèrent vers les nouveaux arrivants et s'emparèrent des terres restées libres. Protégés par l'Océan d'un coté, par le fleuve de l'autre, par d'immenses étendues de landes au sud, nos ancêtres ne craignaient pas les envahisseurs. Et pourtant...

Venu de Bretagne, en 56 avant J.C., Publius Crassus, lieutenant de Jules César, conquit le· pays. Les Romains établirent leur quartier général à Saintes et colonisèrent la région de la manière la plus pacifique. Lorsqu'en 51, César leur demanda de se rallier définitivement à Rome, les Bituriges, qui n'avaient pas participé aux lointaines batailles de Vercingétorix, ne firent aucune difficulté. Les Romains leur apportaient une culture réputée, avec ses écoles, ses théâtres ainsi qu'une organisation administrative qui venait compléter leurs propres structures déjà hiérarchisées. Les marchands romains, après avoir contourné l'Ibérie, remontaient la Garonne jusqu'à Burdigala, apportant leurs denrées précieuses et inconnues, ramenant à Rome les huîtres de l'estuaire et les vins des vignes qu'ils avaient plantées dans le Médoc.

Durant plusieurs siècles, la région, et avec elle, Saint-Aubin connut la « Pax Romana », la paix romaine.

Une solide route fut construite, de Burdigala à Noviomagus (Port sur l'Atlantique, recouvert actuellement par l'océan. On le situe entre Soulac et Cordouan, mais on explore actuellement les restes d'un autre port romain à Saint-Germain d'Esteuil, lieu-dit Brion). Certains historiens pensent qu'il s'agit de Noviomagus. Où est la vérité ? Un chemin secondaire dont nous ne connaissons ni le tracé exact, ni le nom, passait par Saint-Aubin et Castelnau pour rejoindre la route de la côte, la « Médullica ».

Sur l'emplacement choisi autrefois par les druides, les Gallo-Romains voulurent honorer leurs dieux. Ils construisirent un temple, modeste mais ambitieux, car ils désiraient y adorer tous les dieux de leur Panthéon avec, peut-être une préférence pour Bacchus, le dieu du vin et de la bonne chère, et cette déesse Tutela, la protectrice à laquelle on avait bâti un temple à Bordeaux. Peut-être y adorait-on, en supplément, quelques dieux celtes ? A l'occasion de grandes fêtes religieuses, rythmées par les astres, on y sacrifiait les plus belles têtes de bétail.

La naissance de la paroisse.

Vers l'an 300, le christianisme s'implante dans les faubourgs de Bordeaux avant de pénétrer en ville, puis peu à peu, dans les campagnes. Notre paroisse fut probablement évangélisée à partir de 550. Les nouveaux chrétiens cherchaient un lieu de réunion et de prière, alors que les adorateurs des dieux anciens disparaissaient. Comme c'était l'usage, les chrétiens s'emparèrent du temple, le détruisirent et, sur les ruines, construisirent une modeste cabane, bien à eux, consacrée au vrai Dieu, le leur. Il fallut donner un nom à cette nouvelle paroisse, et choisir un saint patron. Alors que les premières églises étaient dédiées à Notre-Dame, on préféra choisir au 8ème siècle des saints ayant vécu récemment : Martin, Romain, Médard, Aubin.

Albinus, ou Aubin, né en 468 d'une famille anglo-saxonne de Basse-Bretagne fut d'abord moine près d'Angers. C'était un homme de prière, modèle d'obéissance, de pénitence et d'humilité. En 504, il fut élu abbé de son monastère qu'il réforma, ce qui conduisit les autorités religieuses à le nommer, malgré sa résistance, évêque d'Angers en 529. Il rétablit l'ordre dans son diocèse avec beaucoup de fermeté. Avec l'aide du Roi Childebert fils de Clovis, il fit convoquer le Concile d'Orléans en 538. Il mourut en 549 ou 550 en grande réputation de sainteté. On lui attribua de nombreux miracles.

Le sarcophage, derrière le grand autel, fut considéré, pendant longtemps comme renfermant les restes du saint, à tel point qu'un pèlerinage s'y était instauré. Pour obtenir des grâces ou des guérisons, le 1er mars, on passait plusieurs fois sous le sarcophage (dont une extrémité repose sur une colonne, et l'autre est encastrée dans le mur). On ne sait d'où venait cette coutume, mais on pense qu'en ce temps-là, les malades faisaient plus confiance aux saints qu'aux médecins-barbiers dont la science était plutôt rudimentaire.

On priait Saint-Clair pour y voir plus clair et comme en gascon « Sant Aoubin » rime avec « tout ba bin » (tout va bien), on l'invoquait pour toutes sortes de maladies, mais en particulier, dit-on, les maladies infantiles et surtout la coqueluche. On le priait aussi pour les prisonniers et les aveugles. Les fiancés et les jeunes mariés se plaçaient également sous sa protection.    Au 19ème siècle, un curé de la paroisse s'en émut. Il trouvait que ce pèlerinage auprès d'un tombeau qui n'avait probablement jamais renfermé les restes du Saint, ressemblait plutôt à une superstition. Au lieu d'interdire le défilé, il essaya de se procurer une relique authentique de Saint-Aubin qui avait été enseveli dans la cathédrale d'Angers treize cents ans auparavant et transféré à plusieurs reprises. Il fit donc sa demande par voie hiérarchique mais reçut une réponse négative. Pendant la Révolution, les restes avaient été dispersés aux quatre vents.

Et pourtant, ce sarcophage est très ancien. Il est de dimensions réduites. Alors, que contient-il ? Les ossements d'un seigneur, tel ce Lancelot de Ferron dont la plaque est scellée dans le chœur, au dessus de l'armoire eucharistique, ou le corps d'un enfant d'une famille noble, ou est-ce un ossuaire ?

Qui que vous soyez, reposez en paix. Il n'est pas souhaitable que des hommes, par curiosité scientifique ou morbide, dispersent vos ossements.

Texte extrait : Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, René-Pierre Sierra, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p 15-20.

La période antique.

Léo Drouyn dit que, derrière l'autel de l'église paroissiale, on voyait un sarcophage trapézoïdal avec couvercle en bâtière, d'époque mérovingienne : Drouyn (L.), s. d, Notes archéologiques, 49, 1870, p. 132-133 ; Brutails (J.-A.), 1907a, pl. 7, fig. II ; Marysse (1.), 1989, Corpus, XI, n° 124.

Texte extrait de  « Carte archéologique de la Gaule, pré-inventaire archéologique publié sous la responsabilité de Michel Provost. Page 542-543 : le canton de Saint-Médard-en-jalles dans La Gironde 33/1 par Hubert Sion, avec la collaboration du service Culture et Archéologie du Conseil Général de la Gironde. Diffusion : Fondation Maison des Sciences de l’Homme. Paris 1994. Canton de Saint-Médard-en-Jalles (Insee 63). 541 Saint-Aubin-de-Médoc (Insee 376) »

La vie sous la féodalité.

Les Celtes avaient leurs esclaves et leurs classes dirigeantes, les Romains aussi. Beaucoup de ces esclaves étaient des ennemis vaincus.

Malgré les efforts du Christianisme pour donner à chacun sa dignité et sa liberté, il existait dans le peuple une façon de penser, une manière d'être qui considéraient comme tout naturel d'être un chef ou un esclave, chacun mis une fois pour toute à sa place par le sort de la naissance. Les uns voyaient leurs possessions, donc leur puissance s'accroître, les autres se résignaient à n'être que des misérables, enfants de misérables et n'envisageaient pas d'autre avenir pour leur misérable descendance.

Les invasions, les pillages continuels, les persécutions de toutes sortes forcèrent les gens à se rassembler derrière un chef qui pouvait provenir soit de l'ancienne noblesse gauloise, soit des colons romains, anciens soldats auxquels l'empereur avait donné des terres, soit de grands propriétaires gallo-romains. D'autres, d'origine plus modeste, avaient pu s'imposer au peuple par leur force, leur courage ou leur aplomb. Enfin les rois donnaient des terres aux chevaliers de leur armée qui devenaient ainsi les fondateurs de dynasties nobles. Le petit peuple s'aggloméra tout naturellement auprès des lieux qu'on pouvait fortifier. Il nous reste aujourd'hui quelques renseignements sur les deux maisons fortes de Cujac et de Lassalle, appelé aussi Villepreux, mais nous ne savons pas comment se protégeaient les habitants de Segonnes et de Bourton. L'état des misérables sentiers qui les desservaient fut peut-être leur meilleure sauvegarde.

Quant à Loustauvieil, ce fut, à l'origine, une maison fortifiée. Ce besoin de rechercher la protection d'un gros propriétaire, bien équipé, bien défendu, amena la masse du peuple à lui faire allégeance. Nés pour être dominés, descendants d'esclaves, ils devinrent serfs, manants, vilains, taillables et corvéables à merci. Par contrat ou de force, ils furent attachés à la terre qu'ils cultivaient. Ils étaient vendus avec elle mais la plupart ne pouvaient être vendus sans elle. Quelques vilains, ou hommes libres possédaient bien leur lopin de terre mais, d'une façon ou d'une autre, ils restaient attachés à la seigneurie qui les avait vu naître. Ils étaient soumis à la dîme, aux impôts, aux prestations en journées de travail, aux autorisations de mariage, aux réquisitions diverses. Et, si leur parcelle était giboyeuse, il leur fallait supporter sans protester les incursions des chasses seigneuriales au milieu de leurs récoltes.

Les seigneurs devinrent donc des chefs, des guides et des juges, avec droit de vie et de mort, de haute et basse justice. Ils n'étaient pas tous mauvais d'ailleurs, car le code de la chevalerie, s'ils l'observaient, protégeait les plus faibles. Ils se faisaient parfois les défenseurs des pauvres, de la veuve, et de l'orphelin. Leurs épouses, dames patronnesses, visitaient et secouraient les manants qui leur appartenaient. Elles y mettaient une certaine condescendance et, beaucoup plus tard, Saint-Vincent de Paul eut beaucoup de mal à enseigner la vraie charité aux meilleures d'entre elles.

L’évolution vers la liberté dura des siècles. Le docteur Robert a recueilli un texte probablement antérieur à la Révolution qui montre bien que, même après l'abolition officielle du servage, les esprits n'étaient pas encore convertis. Lisez plutôt : « il faut en convenir, il était affligeant pour des cœurs bien placés, de voir réduite en servitude cette partie d'hommes chargée des travaux rudes et pénibles de la campagne (les femmes) dont les productions forment néanmoins les richesses réelles de l'Etat.Nos mœurs, depuis longtemps, sont diamétralement opposées de J'esprit de servitudes ; aussi, depuis des siècles a-t-on rétabli en liberté ces anciens serfs questaux. Grâce à la bienfaisance de l'auguste Monarque qui nous gouverne, on en a poursuivi les faibles restes, et on les a proscrits dans toute l'étendue des domaines du Roi; on en a aboli jusqu'aux moindres vestiges mais il serait à souhaiter que les gens de la campagne n'oubliassent pas leur ancien état, qu'ils ne se prévalussent pas de leur liberté actuelle et qu'ils ne fissent pas la loi à ceux-là même dont ils étaient dans l'usage de la recevoir, en mettant leur journée à un trop haut prix."En d'autres termes : « N'oubliez pas ce que vous étiez et ce que nous avons fait pour vous. Ne vous faites pas payer votre travail trop cher ». Ou bien encore : « Ayez au moins la reconnaissance du ventre ».

Texte extrait : Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, René-Pierre Sierra, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p 24-26.

Le 19ème et 20ème siècle ont été fortement marqué par des mouvements insurrectionnels et des guerres importantes :

- la Révolution et tout ce qui en a découlé.

- la Première Guerre mondiale.

- la Seconde Guerre mondiale.

- les Guerres d’Indochine et d’Algérie, décolonisation complexe.

Inventaire de différentes cartes.

Depuis le 17ème siècle, des cartographes ont parcouru la France pour en dessiner les coutours. toutes ces cartes sont consultables sur internet

CARTE DE MASSE.

Echelle 1/28800. Début du XVIIIème siècle.

Claude Masse (1652-1737) est un ingénieur géographe connu pour ses plans de fortifications et ses travaux en Charente. Après des relevés sur le terrain, effectués entre 1707et 1709, il a dessiné une carte de l'ensemble du Médoc à l’échelle de trois lignes pour 100 toises, soit 1/28 800. Il s’agit d’une carte en 13 feuilles, à l’échelle de « 3 lignes pour 100 toises » soit 1/28.000. C’est une carte manuscrite en couleurs, elle peut être consultée à la Bibliothèque municipale de Bordeaux. Lorsqu’il effectuait ses relevés sur le terrain, Masse notait sur des carnets toutes ses observations, y compris son jugement sur les peuplades locales aux mœurs plutôt rudes. Cette carte est digne d'intérêt car c'est la première carte à grande échelle de la région. Seuls, les reliefs importants sont figurés. Ce sont les lignes de coteaux bordant la Jalle et ses affluents, et d'autres moins évidentes sur le terrain. Si le dessin de la Jalle est très précis, celui des ruisseaux est souvent approximatif. Il n'y a aucune différence entre les chemins les plus importants et les autres, ce qui donne un réseau assez confus. Cette carte étant antérieure à la construction des routes de Tourny, elle montre les tracés des anciennes voies. Les bois, près et vignes sont parfois mentionnés. Les toponymes sont souvent approximatifs.

CARTE DE BELLEYME.

Echelle 1/43200. Seconde moitié du XVIIIème siècle.

Pierre de Belleyme (1747- 1819) est un ingénieur géographe du roi Louis XV. En 1761, un arrêt du Conseil du Roi ordonne le levé de la Carte de la Guyenne, aux frais de la province. L’entreprise cartographique confiée à Pierre de Belleyme qui laissera son nom à la carte. Les levés, effectués de 1761 à 1774, au 1/43 200ème à une échelle double de celle de la Carte de Cassini, permettent de soigner la partie topographique du travail : la légende différencie les routes et les chemins ; elle distingue les forêts et les bois, les châtaigniers, les « pinadas », les landes, les marais et les dunes de sable. Le réseau hydrographique est soigneusement étudié.

CARTE DE CASSINI.

Echelle 1/86400. Seconde moitié du XVIIIème siècle.  

La carte de Cassini ou carte de l'Académie est la première carte générale et particulière du royaume de France. Il serait plus approprié de parler de carte des Cassini, car elle fut dressée par la famille Cassini, principalement César-François Cassini (Cassini III) et son fils Jean-Dominique Cassini (Cassini IV) au 18ème siècle. L'échelle adoptée est d'une ligne pour cent toises, soit une échelle de 1/86400 (une toise vaut 864 lignes). Cette carte constituait pour l'époque une véritable innovation et une avancée technique décisive. Elle est la première carte à s'appuyer sur une triangulation géodésique dont l'établissement prit plus de cinquante ans. Les trois générations de Cassini se succédèrent pour achever ce travail.

ATLAS DE TRUDAINE.

Echelle 1/8600. Seconde moitié du XVIIIème siècle.

Les atlas dits « de Trudaine » furent élaborés au XVIIIe siècle, à l’instigation de l’intendant puis directeur des Ponts et Chaussées qui leur laissa son nom. Le but était de dresser une carte générale des routes royales de France. Les travaux de levé prirent quelque trente-cinq années, s’étalant de 1745 à 1780 environ. Chaque route royale fit l’objet d’un dessin précis, incluant en outre toutes les constructions existant sur une étendue de six lieues de part et d’autre de la chaussée : pont, moulin, ferme, grange, hameau, ville.

 CARTE D’ETAT-MAJOR.

 Echelle : 1/80000. 1818-1875.

Cette carte succède à la carte de Cassini. La carte d'État-major est une carte générale de la France réalisée, dans sa première version, entre 1818 et 1875. Pour la première fois, des mesures précises d’altitude sont effectuées. Même si la figuration rationnelle du relief reste la grande nouveauté par rapport à la carte de Cassini, il n'en demeure pas moins que, malgré la présence de points côtés sur la carte, on ne peut donner l'altitude exacte d'un point quelconque du document final.

Elle doit son nom au fait qu’elle était destinée avant tout aux militaires ; la couverture des régions frontalières a été prioritaire, celle du Sud-ouest plus tardive.

CARTE D’ETAT-MAJOR.

Echelle : 1/50000. 1898.

À partir de 1898, la carte d’état-major est éditée à l’échelle 1/50000 qui en simplifie l’utilisation : 1 centimètre y représente 500 mètres. Dans ses premières éditions, le relief est toujours représenté par des hachures. Mais cette carte évolue : en 1900 elle est en couleurs, en 1922, le relief est figuré par des courbes de niveau qui permettent de déterminer l’altitude de chaque point.

CADASTRE NAPOLEONIEN.

Echelle 1/2500. 1808-1812.

Le cadastre est un système d'évaluation et de définition des propriétés foncières servant de base à l'assiette fiscale de l'impôt foncier et à sa juste répartition. Il indique, pour chaque commune du territoire, l'emplacement, la surface et la valeur de tout bien foncier. Il est instauré sous Napoléon 1er par la loi du 15 septembre 1807 mais sa mise en œuvre peut être plus tardive.

Le cadastre se compose de trois éléments : le plan parcellaire ou plan cadastral : - découpage de la commune en sections et en parcelles, - les états de section : répertoire des propriétaires, nature des sols (cultures), toponymie au moment de l'établissement du cadastre, - la matrice des propriétés bâties et/ou non bâties : enregistrement des modifications et des mutations relatives aux biens fonciers.

Les plans cadastraux "napoléoniens" de la Gironde, conservés aux Archives départementales, ont fait l'objet d'une numérisation intégrale et sont consultables sur internet.

L'eau des ruisseaux.

Autour de Segonnes, au nord de la commune, le ruisseau du Courmataou ou Courmateau rejoint le ruisseau Mautemps dans un secteur très humide, voire marécageux mais très fertile. Au siècle dernier, on y exploitait un élevage de sangsues.

On parle du Monastère et du Cagareau (prononcé Cagaréou) ; il s’agit du même ruisseau dont la partie supérieure qui traverse le domaine de Villepreux, fut appelée Monastère lorsque les moines trappistes s'y établirent. Son cours se perd,dans les bois du Taillan. Ses inondations peu fréquentes peuvent recouvrir plusieurs dizaines d'hectares. Parfois son lit s'affaisse et les eaux disparaissent dans des cavités souterraines.

La Pudote n'est plus qu'un grand fossé.  Le ruisseau du Pas-de-la-Tourte était franchissable par le pont de Bonnan.

Outre le Mautemps et le Courmatau déjà cités, on parle du Monastère et du Cagareau (prononcé Cagaréou). C'est le même ruisseau dont la partie supérieure qui traverse le domaine de Villepreux, fut appelée Monastère lorsque les moines Trappistes s'y établirent. Son cours se perd, dans les bois du Taillan. Ses inondations peu fréquentes peuvent recouvrir plusieurs dizaines d'hectares. Parfois son lit s'affaisse et les eaux disparaissent dans des cavités souterraines. La Pudote n'est plus qu'un grand fossé.

Texte extrait du livre du René-Pierre Sierra, Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p 87.

Introduction à la géographie humaine.

Nous proposons l’étude du déroulement de la vie à travers le changement de l’espace, comment nos ancêtres ont structuré leur village en tenant compte des réalités géographiques dans lesquelles ils vivaient dans les rubriques suivantes :
- le peuplement,
- la démographie et les recensements,
- la toponymie,
- la voirie,
- les transports,                                                                                                                                                                                                                                                                             - l’économie.
« La géographie humaine est l'étude spatiale des activités humaines à la surface du globe, donc l'étude de l'écoumène, c'est-à-dire des régions habitées par l'homme.
Cette branche de la géographie est donc par définition une science humaine.
Ses domaines sont très variés et font appel aussi bien à la démographie, à la sociologie, à l'économie, à l'histoire, au droit ou encore à la politique.

La géographie humaine comprend elle-même de nombreuses spécialités :
- la géographie de la population
- la géographie rurale
- la géographie urbaine
- la géographie sociale
- la géographie économique
- la géographie des transports
- la géographie politique
- la géographie culturelle
- la géographie religieuse ».

Les autres rubriques seront abordées dans le chapitre de la population : vie culturelle, vie politique, vie religieuse, loisirs, la langue.

La toponymie est l'ensemble des noms de lieux d'une région, d'une langue.

Les lieux-dits.

La plupart des lieux-dits actuels existaient déjà en 1600, comme en témoignent les registres d'Etat-Civil. Certains, autrefois animés et prospères ont complètement disparu. Il n'en reste plus que le nom. On trouvera ci-après le peu qu'on sait sur ces lieux-dits anciens.

carte

Le bourg, on l'a vu n'est pas au centre de la commune, peut-être parce qu'il était rattaché à Saint-Médard et que, à l'origine, c'était, après Segonnes, la seule petite agglomération en bordure d'une zone déserte et inhospitalière.

Bebian,Bourazeuilh : nous n'avons rien trouvé sur leur origine et leur histoire.

Boutuges, maintenant au milieu de la forêt, était le siège d'une grande tuilerie. Il n'en reste que quelques trous marécageux d'où l'on tirait l'argile, et des monticules qui furent peut-être les soubassements d'un four. La tuilerie était alimentée par le ruisseau du Mautemps, tout proche.

Caillavet, en bordure de la route de Lacanau, mais sur le territoire de Saint-Aubin fut sans doute là propriété au 17ème siècle d'une famille noble, les De Lacroix dont les dernières descendantes furent très dévouées au service de la population. Pendant la première guerre mondiale, Madame Chauvet-Legoff y créa à ses frais, dans son château, un hôpital auxiliaire pour 22 soldats convalescents.

Cazeuilh, Le Cerisier, Malleret et Mounic, ainsi que Bourazeuilh dépendaient économiquement du château de Cujac, alors qu'ils n'étaient reliés au bourg que par des misérables chemins de terre. Leur population d'origine était constituée par les serfs du château.

Chagneau : centre d'une grosse propriété viticole exploitée au 18ème siècle par une communauté de religieuses sous le nom de Château Hautegrave. Cédé plus tard à de gros armateurs bordelais, il prit le nom de ses propriétaires successifs: Lamarthonie, Grédy puis Chaigneau.

Courmataou ou Courmateau : secteur très humide, voire marécageux mais très fertile, arrosé par le ruisseau du même nom. Au siècle dernier, on y exploitait un élevage de sangsues dont nous parlerons et, récemment, on y avait créé des jardins ouvriers.

Cujac : fait, avec son château, l'objet d'un article particulier sur le site.

Les Garouilles : c'est ainsi qu'on nommait les parcs de grands chênes qui entouraient les bâtiments d'une ferme. Avant le creusement des gravières récemment comblées et sur lesquelles on a construit des lotissements, le seul bâtiment qu'on pourrait localiser dans ce secteur serait un moulin à vent, appartenant à Monsieur de Raoul, seigneur de Saint-Aubin. Le dernier meunier y fut trouvé mort en 1857 "enveloppé par le rouet ou la lanterne du moulin". Les Garouilles ne sont pas mentionnés sur les documents anciens.

Hourton : successivement Forton, Fourton, Ourton, Orton puis Horton était très isolé au milieu de la lande. Les habitants vivaient surtout de l'élevage. Son nom vient d'une famille originaire de là, les Fourton.

Loustauvieilh : en occitan, le seul langage parlé autrefois, "vieilh" signifie "vieux" et "l'oustau" (prononcé l'oustaou) était une maison fortifiée, construite en dur, où se réfugiait la population en cas d'alerte. En 1600, on parlait déjà de Loustauvielh, se référant sans doute à un bâtiment disparu depuis longtemps. Peut-être a-t-il précédé le château Lassalle, mais cette hypothèse ne repose sur aucun document historique.

Marceron : au milieu d'une prolifération de constructions neuves, on peut encore voir une longue maison basse où habitaient les Marcellon, Marselon ou Marceron, riches laboureurs au XVIIIème siècle et amis des seigneurs de Saint-Aubin.

Mayne de Jouan, Mayne d'Estève : Mayne (prononcé Maïne) signifie "domaine", Les Estève étaient une vieille famille d'agriculteurs. On n'a pas trouvé de "Jouan" mais ce pourrait être une déformation du prénom Joan, Jehan devenu Jean,

Mounicou Monic (voir ci-dessus) était peuplé par les serfs du château Cujac, dont le poste de garde était situé près du village. On trouve à proximité de Mounic, les vestiges d'un monticule ou "motte" qui selon la tradition orale, aurait été un lieu de veille pour détecter les pillards et alerter les populations environnantes.

Pivat : (prononcé Pivouat) était situé dans un triangle entre Marceron, les terrains de sports actuels et la RN 215. C'était le siège d'une tuilerie jusqu'au milieu du siècle dernier. Avant de tomber en ruines, elle abrita tous les miséreux de passage. Il ne subsiste provisoirement que quelques trous.

Pont à Cot, Poticon : le premier se réfère à un pont sur le Cagaréou (on dit aussi Pountacot). On ne connaît pas l'origine du second.

Rozier : c'est le nom d'une famille de laboureurs qui y résidait.

Segonnes ou Segounes : c'est l'agglomération la plus ancienne de la commune. On trouve son nom sur de très vieilles cartes, alors que le bourg n'y est pas mentionné. Il est possible que ce village ait constitué une étape sur la voie romaine secondaire qui joignait Bordeaux à Carcans en traversant Saint-Aubin et Castelnau (mais en évitant Saint-Raphaël). Il semble, mais cela demande confirmation, que cette voie romaine ait formé, au moins sur une partie de son trajet, l'assise de l'ancien chemin de Bordeaux, très fréquenté avant guerre par les paysans qui allaient à pied vendre à la ville leurs récoltes de fraises et d'asperges ou les produits de leur basse-cour. Ce chemin, passant par le Verdelet (Voir ci-après) traversait la Jalle à gué entre Gajac et Tiran.

Le Tronquet : Sa tuilerie très ancienne est la seule qui subsiste. Ses exploitants portaient, de père en fils, le surnom de "tiouley", le tuilier. On y cuisait la pierre à chaux jusqu'en 1968. C'est peut-être là qu'a été cuite la statue de Saint-Jean Baptiste au 17ème siècle.

Le Verdelet ou Verderet dont il ne reste plus que quelques gravats dans les broussailles fut habité jusqu'au début de ce siècle. Le chemin qui le traversait était très fréquenté.

Villepreux :autrefois La Salle puis La Trappe fut le domaine et parfois la résidence des seigneurs de Saint-Aubin et autres lieux. Il fait l'objet d'un article particulièr sur le site.

Texte extrait du livre du René-Pierre Sierra, Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p 83- 87.

 

La voirie désigne à la fois l'ensemble des voies de circulation (le réseau routier : routes, chemins, rues, etc.) et la nature et la structure de ces voies (voie unique, 2 x 2 voies, etc.).

Les différents types de voies.

Le boulevard : large voie faisant le tour d’une ville (sur l’emplacement des anciens remparts), généralement plantée d’arbres (1803 bolevers « ouvrage de madriers », puis « remparts » avant 1365 ; du moyen néerlandais bolwerc).
L’avenue : large voie urbaine, plantée d’arbres proche du boulevard (1549, forme verbale de : avenir, « arriver »), l’équivalent de la fameuse « perspective » des Russes.
Le cours : du latin cursus, action de courir, voyage. Au XVII ° siècle, influence de l’italien corso : longue et large avenue servant de promenade. On en trouve à Bordeaux et au Bouscat.
La place : lieu public, espace découvert, généralement entouré de constructions (1080 « endroit » latin populaire platea) place d’une ville grecque agora, d’une ville latine forum. La place publique : en public, aux yeux de tous. Elle est souvent proche de l’église et servait aussi de marché.
La rue : voie bordée de maisons, au moins en partie, dans une agglomération (1080 latin ruga ride). Une petite rue devient le diminutif : ruelle  
La route : voie de communication terrestre aménagée, plus importante que le chemin, située, hors d’une agglomération ou reliant une agglomération à une autre (12° siècle latin médiéval rupta, ellipse de via rupta, latin classique rumpere viam « ouvrir un passage »). 
La voie : espace à parcourir pour aller quelque part, cet espace lorsqu’il est tracé et aménagé (XI° siécle du latin via, voie)
Le chemin : voie qui permet d’aller d’un lieu à un autre (1080 latin populaire camminus, mot gaulois)
Le square : mot anglais, proprement « carré » (de l’ancien français esquarre cf. équerre), utilisé au milieu du XIX° siècle, désigne un petit jardin public, généralement entouré d’une grille et aménagé au milieu d’une place.
L’impasse : petite rue qui n’a pas d’issue (1761 de « in » (privatif) et passer : on ne passe pas !)
Le rond-point : (roont-point « demi-cercle » en 1375 de rond et point « lieu, emplacement » : place circulaire (1831) d’où rayonnent plusieurs avenues, extension du carrefour vers lequel convergent plusieurs allées dans une forêt ou un jardin (1708).
Le quai : 1311, mot normand et picard, dérivé du latin dès 1167, du gaulois caio « enceinte » : voie publique aménagée entre les maisons et un cours d’eau, sur la levée de terre, soutenue par un mur de maçonnerie. Les quais sont connus à Bordeaux et à Paris, Parempuyre en possède un sur la Garonne.

Texte d'Henri Bret.

La création de la voirie.

Les routes donnèrent aussi beaucoup de tracas à la municipalité. Depuis toujours, on l'a vu, Saint-Aubin n'était relié à Saint-Médard, son débouché naturel, que par des routes à moitié défoncées. Des chemins en piteux état joignaient les villages au bourg, mais les liaisons entre les hameaux n'étaient souvent que de mauvais sentiers. Il était difficile d'aller de Hourton à Segonnes. Mounic était bien relié à Cujac d'où l'on pouvait gagner le bourg en charrette, mais il était isolé des autres agglomérations. Aller de Hourton à Salaunes ou de Cujac à Louens était une aventure, et le voyage du Bourg à Germignan était lui-même hasardeux. La route, encaissée, étroite, traversait alors des fourrés qu'il fallait sans cesse élaguer. La lumière du soleil n'y pénétrait jamais, si bien que le chemin était coupé de multiples ornières, toujours remplies d'eau, dans lesquelles les charrettes s'embourbaient. Il fallait pousser à la roue, parfois déposer la moitié du chargement ou faire appel à un double attelage. Bien souvent la traversée des rivières, le Cagaréou et le Courmateau, s'effectuait à gué, sur des branchages. Si la route prenait quelqu'importance, on construisait un pont de bois, jusqu'au jour où l'on s'aperçut que les ponts de pierre étaient plus durables et coûtaient moins cher.

En 1838, Saint-Aubin fut presque coupé du monde. Le pont de Bonnan, sur le ruisseau du Pas-de-la-Tourte s'était effondré. Il n'était plus possible d'aller à Saint-Médard avec un attelage. Pour le réparer, il fallut demander aux Eaux-et-Forêts l'autorisation de couper un gros pin dans la forêt communale. Pour construire et améliorer la voirie, les habitants étaient soumis, chaque année à un impôt en nature créé par une loi de 1824, appelé « Prestations ». Étaient tenus d'acquitter cet impôt chaque propriétaire chef de famille, régisseur, fermier porté sur le rôle des contributions ainsi que chacun de ses fils vivant avec lui et chacun de ses domestiques mâles âgés de plus de 21 ans. Chaque assujetti devait fournir deux jours de travail par an ainsi que deux jours par bête de somme avec son véhicule, mais il pouvait remplacer ces travaux par une cotisation de 1 F par journée de manœuvre, 3 F par bête de somme et 6 F pour un tombereau à deux chevaux. Ils pouvaient aussi payer un remplaçant qui fournissait les bras et l'attelage. Certains remplaçants gagnaient ainsi leur vie une partie de l'année. Beaucoup cependant préféraient accomplir eux-mêmes leurs prestations, profitant de la morte-saison, très heureux de se retrouver entre rudes gaillards, dans une franche camaraderie. Dès la pointe du jour, ils étaient sur place. Le garde-champêtre indiquait à chacun sa tâche, le volume de pierre ou de grave qu'il fallait extraire, charger, transporter, étaler. C'étaient alors comme au temps de la chevalerie, d'étranges défis et d'étranges concours dont on cite encore les champions, ceux qui pouvaient charger un tombereau à la pelle en moins de dix minutes, ceux qui finiraient leur tâche avant les autres. Les champions, et même les autres, n'avaient pas besoin de courir le long des routes pour perdre quelques grammes. Entre huit et neuf heures, les pâtés, boudins, saucissons, sardines à l'huile et fromage « croûte-rouge » jaillissaient des musettes. Les gourdes et les « cujots » (sortes de citrouilles de forme allongée terminées par un renflement, qu'on avait séchées et évidées et qui contenaient bien une chopine) étaient toujours à portée de main, car le travail pénible donnait soif. Et comment aurait-on pu cracher dans ses mains pour empoigner le manche de l'outil avec la gorge sèche ? Après ce casse-croûte réconfortant, on reprenait le travail en guettant le moment où l'ombre la plus courte indiquerait l'heure de midi, en écoutant, par vent favorable, la cloche de l'Angélus.

On dételait, car les bêtes aussi étaient fatiguées. Avant de songer aux hommes, il fallait d'abord soigner les animaux. Quelqu'un avait déjà préparé la braise. Les jours fastes, on humait le parfum de l'entrecôte, rehaussé par celui des échalotes. Mais le plus souvent, sur un feu de brandes, on faisait griller, avec une longue fourchette de bruyère, une belle tranche de « ventrèche » (lard). Dès que la chaleur fondait la graisse, on la faisait goutter sur de larges tranches de pain bis. Un régal des Dieux, m'ont dit ceux qui en ont mangé. D'autres apportaient leur « mique », une boule de pâte de farine de sarrasin salée contenant parfois du miel en son milieu. À la fin du repas, on faisait péter le bouchon d'une vieille bouteille de Médoc, sans étiquette mais authentique. Pensez, c'est le grand-père qui l'avait mise en bouteille !

Pendant ce temps, on échangeait les dernières nouvelles : les réputations s'enjolivaient ou s'abîmaient. On refaisait le monde. Après une courte sieste, il était dur de reprendre la pelle, mais ils étaient vaillants. Ils continuaient à travailler jusqu'à la nuit tombante, ne s'accordant en milieu d'après-midi qu'une courte pause, le « quatre-heures », avec quelques restes du repas, quelques feuilles de salade trempées dans la vinaigrette et bien rafraîchissantes. D'autres préféraient une vigoureuse frottée à l'ail qu'on mangeait avec des raisins à la saison.

L'administration s'occupait aussi des routes. Là encore, il y eut des démêlés. En 1853, le préfet demande aux municipalités de voter le maximum d'impôts pour leur entretien. Le conseil supplie le préfet de ne pas donner suite car « l'entretien du bon esprit de la population est tout aussi utile que celui des routes. Il ne faut pas charger d'un surplus de corvées une population aux revenus modestes qu'on fatiguerait et qu'on aigrirait. Les prestations déjà votées sont suffisantes pour l'entretien des chemins sur lesquels on n'a jamais vu les agents voyers qui, maintenant, demandent un impôt supplémentaire ».

Quand la route du bourg à Louens fut carrossable, la commune demanda son classement dans la voirie départementale, mais poussa de hauts cris, lorsque, l'année suivante, le préfet fixa la contribution municipale pour son entretien au double de ce qu'elle coûtait auparavant.

Texte extrait du livre : Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, René-Pierre Sierra, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p 168-172.

Les grandes mutations économiques.

En ce début du 19ème siècle, la population rurale de Saint-Aubin sortait à peine de Moyen-âge. Environ 250 habitants sont disséminés sur 3472 hectares dont la commune possède 3000 Ha. En vertu de la loi de 1793, attribuant les biens "délaissés" des ci-devant émigrés aux collectivités locales nouvellement formées. Les propriétés ainsi "acquises" étaient celles des Villepreux, des Grailly ainsi que des terrains de l'Eglise. Le domaine de Cujac appartenant au sieur Raby, roturier, ancien consul de la bourse, semble bien être resté la propriété de cette famille.

Trois grandes exploitations et quelques dizaines de petits exploitants se partagent le reste, pasteurs, laboureurs, vignerons qui végètent sur les quelques terrains cultivables dont une partie est toujours maintenue en jachère. Saint-Aubin est, alors, une vaste lande où paissent de nombreux troupeaux, parsemée de quelques bosquets de chênes ou de pins avec, dans les endroits humides, des vergnes et des roseaux. Des châtaigniers sauvages et quelques arbres fruitiers offrent un complément à la nourriture des paysans. Le bois de bourdaine est réservé au « Moulin à poudre » (lou moulin), la poudrerie de Saint-Médard. Soigneusement carbonisé, mélangé au salpêtre et à d'autres ingrédients dans de vastes marmites, il sert à confectionner cette poudre noire instable dont les explosions intempestives laissèrent des souvenirs cuisants aux rescapés.

Les activités forestières, au fur et à mesure que la forêt remplacera la lande, vont se développer. Vont apparaître, à côté des bûcherons, des scieurs de long, des charpentiers de haute futaie, les « arrousineys » ou résiniers, les bâtonniers (fabricants de bâtons ou de manches à balais). Dans certaines familles, on est tailleur de « bruques » de père en fils. Les « bruques » sont des plantes servant à la litière des animaux domestiques, bruyères, grandes herbes dites « Aoubès » coupées avec le fauchon ou la « bigote », qu'on présente en petits rouleaux façonnés avec les pieds et qu'on écrase avec les « esclops » (sabots).

On compte au moins 3 tuileries :

- Au Pivat qu'on prononce Piouat, dont il ne reste que quelques trous au Sud-ouest des actuels terrains de sport.

- A Boutuges, dont nous avons retrouvé les vestiges grâce aux renseignements de plusieurs Saint-Aubinois de souche.

- Au Tronquet, qui existe encore.

On produisait aussi de la chaux. Périodiquement les tuiliers se transformaient en chaufourniers. À l'intérieur de leur four à briques, ils construisaient un autre four en pierres calcaires, suivant des règles très strictes. En cuisant et en se refroidissant, cette voûte calcaire ne devait pas s'écrouler. Abel et André Gravey ont éteint leur dernier four en 1968.

Le grain était moulu sur place. Il dut y avoir plusieurs moulins, mais le dernier mentionné appartenait à M. de Raoul, le seigneur du lieu. Son emplacement est probablement recouvert actuellement par le quartier des Garouilles dont une partie a gardé le nom de « moulin à vent ». Son dernier meunier connu fut André Dignan qui mourut d'un accident de travail en 1757.

On voit se développer quelques professions artisanales et commerciales. Plusieurs générations de Peyrou ont exercé le métier de tailleur d'habits à Loustauvieilh, puis un certain Layen leur succéda à Cujac. On voit apparaître des marchands de tamis et de cordes, un tonnelier, un charpentier, un cordonnier, une couturière tailleuse de robes, un terrassier et même un ouvrier, probablement à la poudrerie de Saint-Médard.

Mais la principale ressource, c'est l'élevage. La terre est sablonneuse et graveleuse, donc très sensible à la sécheresse et peu fertile. Pour la faire produire, il faut la fumer abondamment. D'autres coins de terre, trop humides parce que l'alios ou l'argile affleurent, ne produisent que des herbes coupantes ou des roseaux. En 1861, le maire, Charles Langlois, dans un rapport à l'administration, énumère quelques ressources liées à l'élevage. Le cheptel est de 3 200 brebis dont les agneaux vendus à Bordeaux rapportent, avec les produits des 1 600 vaches et des 70 juments poulinières, 17 000 F. par an. On n'a pas mentionné les ânes, mulets ou porcs qui ne sont pas commercialisés mais utilisés sur place pour le travail ou la consommation familiale. La lande produit des brandes qu'on vend pour 3 000 F., mais la grande richesse de Saint-Aubin, c'est son fumier dont une des matières premières est constituée par des « bruques » dont nous avons parlé ci-dessus. On vend 1 900 charrettes de fumier chaque année pour 19 000 Francs. En d'autres termes, le fumier, principale production de la commune, rapporte plus que les animaux qui le produisent. Quelques années plus tard, en 1876, on note que la population est de 287 habitants et que la production de vin est de 150 tonneaux, soit 135 000 litres environ. Les principaux producteurs sont le château Cujac (28 tonneaux), le château Hautegrave (M. Grédy) (25 tonneaux), et le château Latour ou Caillavet (M. Grelet, maire) situé à l'ouest de la route de Lacanau pour 10 tonneaux. Une vingtaine de petits vigneronsse partagent le reste. À ce moment-là, la surface couverte de landes s'est considérablement rétrécie. Elle n'est plus que de 1 450 hectares.

Texte extrait du livre : Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, René-Pierre Sierra, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p 129-132.

Le patrimoine est particulièrement riche, en particulier de par sa proximité avec la ville de Bordeaux, dont la plupart des grandes familles avaient une maison d’été dans la ceinture verte des environs :

- les châteaux et belles demeures

- les maisons basses

- les moulins, lavoirs, puits…

(- l’église et le cimetière figurent dans la rubrique : vie religieuse. - les écoles dans la rubrique : population.)

La vie des habitants de St-Aubin s'est cristallisée pendant longtemps autour des seigneurs et des grands propriétaires qui, de gré ou de force, furent leurs principaux employeurs. Ils habitaient les maisons fortes ou châteaux : Lasalle (plus tard appelé Villepreux) et Cujac.

le PLU 3.1. de la Métropole.

Le Plan Local d’Urbanisme (PLU) de la Communauté Urbaine de Bordeaux (La Cub) avait succédé au Plan d’Occupation des Sols (POS) en juillet 2006. De réglementaire le document d’urbanisme est devenu stratégique.

Depuis, le PLU a fait l’objet d’évolutions dans le cadre de procédures de modification et de révision simplifiée. Cette procédure doit tenir compte à la fois du contexte local (notamment révision du SCOT en cours) et des récentes évolutions législatives. Ainsi le PLU de la Cub doit intégrer le PLH (Programme Local de l’Habitat) et le PDU (Plan des Déplacements Urbains) et deviendra le PLU 3.1. La décision d’engager une révision générale du PLU a été adoptée par le Conseil de Communauté le 24 septembre 2010 et le 15 novembre 2010 : lancement de la première révision du PLU 3.1.

Les communes de notre secteur d’études concernées par ce PLU font partie de la Métropole de Bordeaux. C’est de cette volumineuse étude que sont tirés les articles suivants qui seront référencés « PLU 3.1. en 2015. »

Protections patrimoniales bâties du château cité au PLU 3.1 de 2015 :  B1115 Château de Cujac route de Cujac

Protections patrimoniales bâties de maison bourgeoise citée au PLU 3.1 de 2015 : B2068 Villa Colibri 5 route de Castelnau

[Les protections patrimoniales des arbres, des échoppes, édifices religieux, édifices agricoles, moulins et lavoirs ne concernent pas la commune.]

 

 

 

 

Le rôle du conseil municipal au 19ème siècle.

Les registres des délibérations du conseil municipal, tenus depuis 1828, sont le reflet de tous les évènements importants de la commune, de l'évolution des hommes et des choses jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. La vie y est présente sous tous ses aspects. On assiste à la lutte de cette poignée de paysans pour délimiter et conserver leur territoire attaqué par les communes voisines, mais aussi pour résister aux tentatives de certains habitants pour grignoter quelques hectares à leur profit. On y voit des luttes contre l'administration préfectorale, mais surtout contre celle des Eaux-et-Forêts, qui tentent d'imposer leur technocratie aux solides terriens d'alors. On voit les bâtiments publics se bâtir au prix de multiples difficultés pour cette poignée de contribuables, petits exploitants pour la plupart, lcole qu'il faut édifier puis agrandir, la mairie qu'il faut construire, lglise qui menace ruine et qu'on doit sans cesse réparer et améliorer, le presbytère qu'il faut racheter et entretenir.

La vie religieuse et la vie publique sont étroitement mêlées. C'est pourquoi les relations avec le clergé, mêmes financières, et les difficultés de toute nature entre la commune et la paroisse sont souvent évoquées au conseil.Les registres d'Etat-Civil tenus désormais par la Mairie sont plus secs, plus administratifs, mais on y trouve encore des précisions intéressantes sur les gens, leur implantation et leurs métiers. Leurs maisons existent encore, pour la plupart. Ils ont laissé des traces dans la mémoire des anciens que nous avons pu interroger. On peut assister à la décadence de certaines grosses familles dont les propriétés furent ruinées par une trop grande soif de la vie et de ses plaisirs coûteux ou par une immense allergie au travail. On peut voir aussi d'autres familles monter en puissance avant d'aborder une courbe descendante.

Nous voyons naître la vie à lcole. Au début du 19ème siècle, deux ou trois élèves de Saint-Aubin fréquentent l'école de Saint-Médard à la belle saison, lorsqu'ils ne sont pas retenus à la maison par les travaux des champs, puis on construit lcole qui abritera bientôt une quarantaine d'enfants. Il faudra alors bâtir une cantine.

Le personnel municipal s'étoffe, avec parfois des personnages pittoresques. Un curieux garde-champêtre n’hésite pas à verbaliser d'abord les autorités, puis à profiter de sa situation pour arrondir ses fins de mois. Un jeune instituteur intrigue pour supplanter son père au poste de secrétaire de mairie. Le conseil rappela même le curé à son devoir avec une certaine fermeté, avant de s'apercevoir que le curé négligent était, tout simplement, en train de mourir. Nous verrons les réactions parfois curieuses des Saint-Aubinois devant le progrès, mais aussi leurs besoins d'avancées sociales pour soulager la misère dans la commune, la part qu'ils prenaient aux évènements extérieurs, les crédits (bien modestes parfois, mais ils faisaient le geste) qu'ils votaient pour les victimes de catastrophes. Nous verrons aussi quel était le patriotisme de nos ancêtres, comment ils ont participé aux conflits, jusqu'à l'inauguration grandiose du monument aux morts, sans oublier la bénédiction triomphale du drapeau tricolore au siècle dernier.

Texte extrait : Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, René-Pierre Sierra, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p 121-123.

Le personnel municipal.

Lorsqu'en 1861, le Préfet demanda aux communes de nommer un garde-champêtre, ce fut une belle protestation. On n'en a pas besoin car le garde-forestier surveille les propriétés communales, les trois grands propriétaires ont leur garde particulier et les autres « peuvent surveiller leur terrain qu'ils embrassent d'un seul coup d'œil. Il n'existe sur la commune ni vagabond, ni mendiant, ni gens sans travail ». Ah les heureux Saint-Aubinois ! Mais le préfet insiste et accorde une subvention de cent francs. Alors, on nomme un garde-champêtre. Celui-ci, dès sa nomination dresse un procès-verbal à deux notables : Sémédard et Capsec qu'il accuse d'usurper huit hectares de forêt communale à Boutuges, et d'avoir fait inscrire « subrepticement » ces terrains à leur nom sur le cadastre. Pour 800 F par an, il exerce une surveillance policière, calmant quelques disputes de voisinage, verbalisant les propriétaires de chiens errants et mordeurs qui sont les bêtes noires des gens de nos campagnes, surtout quand les propriétaires sont plus hargneux que leurs animaux. Il passait dans les hameaux pour « faire assavoir à la population » les avis officiels. Suivant son humeur, il rassemblait son monde à son de trompe ou avec des roulements de tambour et, dans les grandes occasions, il exhibait son képi et sa plaque en laiton gravée « la loi ».

En 1880, il a l'aplomb de demander une augmentation. Alors, on exige qu'il note toutes ses activités sur un carnet, on supprime ses fonctions de cantonnier et son salaire est réduit de 800 à 200 F par an. Non mais... Oser demander une augmentation... ! Alors, il démissionne et pendant six mois, c'est l'instituteur, secrétaire de mairie, qui assume les fonctions de garde-champêtre. On lui accorde généreusement une prime de 50 F. Le nouveau garde, Baquey, se voit, lui aussi, l'année suivante, refuser l'augmentation, mais on consent à rémunérer les travaux supplémentaires qu'il « accomplit avec beaucoup de dévouement » pour deux francs par jour. Quelques années plus tard, on fixera avec précision les travaux supplémentaires qu'on lui demande, par exemple, nettoyer les abords de l'église jusqu'à une largeur de quatre mètres.

Pour assurer une retraite décente au garde Coiffard, en 1923, on lui confie l'entretien de la route de la Vierge à Barreau pour 1 200 F par an en ajoutant : « le conseil est heureux de pouvoir exprimer, de cette façon, la reconnaissance de toute la commune à un bon et loyal serviteur ». Aujourd'hui, on offre aux nouveaux retraités un fauteuil ou une bicyclette. Les cantonniers et les résiniers furent souvent les mêmes, employés de façon différente suivant la saison. Lorsqu'ils demandèrent une augmentation, à la veille de la Grande Guerre, le maire hésita car « il s'agit des cantonniers les moins recommandables par leur zèle et leurs aptitudes professionnelles ». Peut-être, comme beaucoup de cantonniers en ce temps là, avaient-ils tendance à téter le « cujot », car il fait soif au bord des routes. Peut-être s'asseyaient-ils trop souvent à l'ombre, battant le fauchon pour en affûter le taillant. Peut-être s'appuyaient-ils trop souvent sur le manche de la pelle, ou prenaient-ils leur temps pour rouler une cigarette. Néanmoins, dans un geste de générosité que personne n'attendait, le conseil accorde une augmentation générale.

Tous les membres du personnel communal auront le même salaire de 850 F par an. C'était en 1913. Deux ans plus tard, ils refusent de reprendre le travail s'ils ne sont pas augmentés. C'est la première grève en pleine guerre. La prochaine n'aura lieu qu'en 1926. Mais, à cette époque, le droit de grève n'est pas encore entré dans les mœurs. Ils sont tous considérés comme démissionnaires. Ah mais! Quant au sonneur de cloches, jusqu'à la séparation de l'Église et de l'État, il était payé par le conseil de Fabrique. Le préfet admet, plus tard, qu'il soit rémunéré par la mairie, à quinze francs par mois, à condition de ne sonner la cloche que pour les besoins municipaux. Alors on l'appelle « sonneur civil », moyennant quoi il continuera à sonner l'Angélus trois fois par jour, comme autrefois ! Les instituteurs étaient traditionnellement secrétaires de mairie. Comme le bureau n'avait pas d'heures d'ouverture bien fixes, on allait les voir pendant les récréations, ou chez eux à n'importe quelle heure pour un acte d'état-civil, pour déclarer sa récolte de vin, remplir sa feuille d'impôts ou demander un conseil.

Connu de tous, connaissant tous les habitants dont beaucoup étaient ses anciens élèves, il était leur confident et, plus encore que M. le Maire, il connaissait les petites affaires de chacun. Il savait qu'une indiscrétion de sa part aurait pu faire se battre une partie du pays contre l'autre. Il ne disait rien, il était de l'avis de tous, il ne prenait jamais parti. On l'aimait bien. Quand Rigal, père, prit sa retraite d'instituteur en 1898, il garda le secrétariat tandis que son fils lui succédait à l'école. Aussitôt, le fils écrivit au maire pour obtenir le poste de son père, mais sans succès. Quand, en 1909, le père, fatigué par 28 ans de services, abandonne son poste à la mairie, il propose pour lui succéder, un instituteur autre que son fils, pour 400 F par an. La commune, reconnaissante lui accorde une rente de 150 F par an, à vie. Il a juste le temps de rédiger une lettre de remerciements. Il meurt avant de recevoir sa première mensualité.

Dans un nouvel élan de générosité, le conseil lui accorde une demi-concession gratuite au cimetière. Les Saint-Aubinois savaient parfois marquer leur estime à ceux qui s'étaient dévoués pour eux, et c'était d'autant plus remarquable qu'ils étaient plutôt enclins à la critique. En 1891, Jean Eyquem, conseiller depuis trois ans seulement, mais jouissant de la considération générale, reçoit cet hommage à titre posthume : « c'était un homme doux, sage, juste, de bon conseil. C'était l'homme de bien dans toute l'acceptation du terme. Il était digne de l'estime et de la confiance dont il jouissait. Aussi, tous ceux qui le connaissaient, l'aimaient... » J'ai recopié un extrait du texte à votre louange. Vous l'avez bien mérité Jean Eyquem ! Lorsqu'en 1974, le maire Henri Langlois est mobilisé, l'adjoint tient à évoquer « notre bon maire qui présidait nos séances avec autant d'humour que de distinction et à formuler les vœux que nous formons pour le succès de la lutte terrible que nous soutenons, pour la santé de notre maire et son retour au milieu de nous, qui apprécions également ses qualités d'homme et d'administrateur ».

Texte extrait : Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, René-Pierre Sierra, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p.174-177.

Saint Aubin.

Ce saint fut choisi comme protecteur de la paroisse vers le 8ème siècle.

L’église de Saint Aubin.

On s'explique mal pourquoi l'église et quelques maisons disséminées ont été construites à l'extrémité sud-est de la paroisse. Monseigneur Laroza pensait qu'elle avait été bâtie sur les ruines d'un temple romain. Le Dr Robert et M. Puyo ont émis l'hypothèse que, à l'origine, Saint-Aubin-en-Jalès était rattaché à Saint-Médard-en-Jalès, bien avant que les limites des communes ne soient fixées.

On ne peut jamais dire qu'une église date de tel ou tel siècle car elle fait sans cesse l'objet de réparations, rajouts, modifications ou restructurations, respectueuses, fantaisistes, voire iconoclastes. La construction de l'édifice actuel a débuté, sans doute, au 12ème siècle, c'est à dire au temps d'Aliénor d'Aquitaine, par un petit oratoire voûté à gauche du chœur. Son plafond très abîmé aujourd'hui fut décoré de peintures murales où l'on distingue encore la scène de l'Annonciation. Puis, on édifia le chœur de style roman, dont plusieurs chapiteaux archaïques sont ornés de mitres et de crosses, emblèmes du Saint Evêque choisi comme protecteur de la paroisse vers le 7ème siècle.

La nef centrale fut construite en prolongement du chœur. On y ajouta ensuite celle de Notre-Dame puis beaucoup plus tard, peut-être au 16ème ou 17ème siècle celle de Saint Jean-Baptiste. Comme les arcades bordant la nef centrale sont soit romanes, soit en arc brisé, on s'explique mal la chronologie de la construction.

Avant l'édification du retable, l’église présentait les caractéristiques du style roman. Elle est orientée, c'est-à-dire tournée vers l'orient et non vers Jérusalem comme on l'a cru bien longtemps. L'étroite fenêtre du chevet recevait les rayons du soleil levant et, largement ébrae vers l'intérieur, les diffusait dans la nef principale. C'était un symbole voulu par les architectes. Le fidèle, entrant au petit jour par la porte centrale, venait des ténèbres pour se diriger vers la lumière. On pourrait même penser que l'oculus qui, au dessus du porche principal, présente un léger décentrement, recueillait directement ces premiers rayons le 1er Mars, jour de la fête de Saint-Aubin.

Un très beau retable en bois ouvragé, du début du 18ème siècle, suscite beaucoup d'intérêt, mais il rompt l'harmonie du chœur roman, et nous emche de vérifier l'hypotse ci-dessus. Sa partie supérieure, d'une sculpture puissante et fouillée, rappelant Michel-Ange, représente Dieu le Père entouré d'angelots, tenant une colombe, symbole de l'Esprit Saint. Juste en dessous, on voit une mitre et un écu orné de lettres entrelacées où l'on peut imaginer les S. et A. de Saint-Aubin. Le tableau central est flanqué de colonnes cannelées, à côté desquelles ont été placées sur leur socle ouvragé, les statues des saints Pierre et Paul, en ormeau, taillées dans la masse. Restaurées récemment, elles ont perdu leur badigeon du siècle dernier pour retrouver leur teinte originale, alors que le reste du retable, couleur bois maintenant, était peint autrefois de couleurs claires marbrées. Au dessus des statues, on peut admirer deux corbeilles de fleurs finement ciselées. Le tableau central, restauré lui aussi, représente Saint-Aubin dans sa gloire, avec ses attributs épiscopaux, entouré d'anges. L'autel en bois est contemporain du retable. La porte du tabernacle représente Jésus portant le globe terrestre. Plusieurs coquilles Saint-Jacques, symbole du pèlerin, rappellent peut-être une halte sur le chemin de Compostelle.

Tableau et retable ont été exécutés sans doute par des artistes itinérants qui, ensuite, partaient décorer d'autres églises ou châteaux. Le sarcophage dont nous avons déjà parlé est situé derrière le retable. On y accède par deux portes latérales. Dans le chœur, on peut aussi admirer une très belle porte d'armoire eucharistique sculptée au 15ème siècle, surmontée d'une plaque tumulaire à la mémoire du seigneur de Saint-Aubin, de Copian, de Bricaile et autres lieux et maisons nobles, Lancelot de Ferron, écuyer, décédé en 1583 et probablement enseveli dans le chœur où se trouve le tombeau de ses antres et de ses successeurs.

Un chapiteau du chœur, de facture très ancienne, nous pose question. Le sujet central, âne, chien ou loup, saisit un aigle par la tête alors que sa patte avant maintient un autre animal au sol. Derrière lui, un personnage immobile et un animal mythique contemplent la scène. S'agit-il d'une légende locale maintenant oubliée ? Deux têtes grossièrement sculptées, aux coins supérieurs de ce même chapiteau évoquent les bienfaiteurs de l'église, les desservants ou les maîtres d'œuvres. Le bonnet de l'un d'eux semble même représenter un troisième personnage à peine ébauché.

Dans la nef, on peut admirer une petite Vierge en pierre, du 15ème siècle présentant le sein à son Enfant, lequel tient un oiseau, peut-être une colombe, symbole du Saint-Esprit. Cette statuette fut retroue en 1970 dans le mur du clocher où elle servait de moellon, par Pierre Cardinal et les ouvriers municipaux qui perçaient une baie pour le chauffage. Remarquant des éclats sculptés dans les gravats, ils abandonnèrent leur pic dont les traces sont encore visibles, et dégagèrent avec précaution le reste de la statue. Les têtes manquaient. Elles ont été reconstituées, en plâtre, par un artiste local, Jean Doméjean, qui a retroule sourire de la Vierge et l'a rendue à notre vénération. Par qui avait-elle été décapitée ? Qui l'a utilisée comme moellon ? Nous ne pouvons hasarder que des hypothèses. On sait que pendant les guerres de religion, une armée protestante bien équipée, venant de La Rochelle, sous les ordres d'un certain Favas, a saccagé les églises du Nord-doc, mais on ne sait pas si elle est venue jusque chez nous. D'autre part, sous la Révolution, il semble que les Saint-Aubinois n'aient pas été très virulents. Alors qui ? Dans ces retrouvailles dont je fus le témoin oculaire, je persiste à voir un petit air de miracle.

Une autre statue, restaurée elle aussi, est remarquable, celle de Saint Jean-Baptiste. Elle est en terre glaise, façonnée à Saint-Aubin au 16ème ou 17ème siècle, et cuite dans une des tuileries établies sur la paroisse, peut-être celle du Tronquet. À l'extérieur, le chevet roman présente une caractéristique assez rare relevée par Monseigneur Laroza, la corniche ressaute vers l'avant et les chapiteaux ne sont pas sculptés. Par contre, la croix qui surmonte le pignon, au dessus du porche central, est sculptée sur les deux faces. À l'est, la Vierge présente son Fils au monde, à l'ouest, on voit le Christ crucifié.

Le clocher.

D'aspect roman, il est très ancien mais il fut en partie reconstruit au siècle dernier alors qu'il menaçait ruine. Le porche laral est récent. Il a remplacé un auvent sous lequel un seigneur avait fait construire un montoir en pierre. Les cavaliers âs ou malhabiles s'en servaient de marchepied pour escalader leur monture. Sous cet auvent, on ensevelissait les morts qui avaient acquis un droit de sépulture à tarif réduit (6 livres), alors qu'on payait le double pour être enterré dans l'église. On lit sur les B.M.S. « Le vingt cinq Aoust 1643 fust couverte l'église de Saint-Aubin par le soing du Seigneur du lieu dict Monsieur Momaritz. Ce fust quelques iours après la mort du dernier pasteur dict Monsieur Commarieu, auquel temps ledict Seigneur fit aussy faire le montoir en pierres de taille au devant de l'église de Saint-Aubin à la commodité de tous allans et venans. »

Le cimetière.

il entourait l'église jusqu'en 1861. Il est possible que certaines auges qui servaient naguère d'abreuvoirs aux troupeaux soient d'anciens sarcophages exhumés à ce moment là.Les inhumations de notables, surtout avant le 19ème siècle, avaient lieu dans l'église, les seigneurs et les curés dans le chœur, au pied du grand autel. En 1662, « Millivel Claude de Masparault, transporté mort de Bourdeaux, fut ensevely dans la pulture de .ses prédécesseurs ».

Les curés possédaient un large pouvoir d'appréciation puisque l'un d'eux, Messire Laroche, inhuma sa mère Marie Dugouyon dans l'église en 1736 et, en 1770 « la fille Marie Tarride qui mourut hier en la maison curiale après m'avoir servi et ma famille pendant plus d'un demi-siècle. Ensevelie dans l'église au fond du bas-côté Saint-Jean ». D'autres sont inhumés au hasard et parfois, leur emplacement est noté sur le registre : « Dans la nef Notre-Dame » ou « Au pied du grand Crucifix ». Plusieurs, qui n'avaient pas acquis de droit de sépulture, mais avaient été particulièrement méritants, furent enterrés comme « passants ». Ctait une façon de les honorer. La somme demandée (12 livres) se justifiait en partie, car il fallait creuser, puis reboucher, tasser, niveler et refaire le dallage. On l'appelait « droit d'ouverture de fosse ». Ce droit de sépulture fut contesté à plusieurs reprises par le curé Cassaigne qui porta l'affaire devant l'Archevêque, obtenant chaque fois gain de cause. En attendant, il enterrait les défunts derrière le four du presbytère.

Matin, midi et soir, sauf en Carême, le bedeau sonnait l'Angélus. La cloche avait une grande importance. Elle indiquait l'heure de la prière ou de la pause, la direction du vent et, donc la pluie ou le beau temps qu'on pouvait attendre. Les cérémonies étaient annoncées à grand branle. Quelque temps avant leur début, pour hâter les retardataires, trois coups brefs marquaient le commencement de la messe ou des vêpres. Agitée vigoureusement, elle disait la joie des nouveaux mariés ou l'allégresse des baptêmes, frappée plus lentement, elle sonnait le glas, accompagnant les deuils et le triste "Libéra nos" qui clôturait la cérémonie des obsèques.Battue sur un rythme accéléré, elle appelait la population pour éteindre les incendies ou chasser les rôdeurs. Celle que nous entendons aujourd'hui fut installée un mois avant la Révolution. Nous lisons sur le registre des Baptêmes : « L'an 1789 et le 10ème du mois de juin, nous soussigné avons procédé à la bénédiction de la cloche de Saint-Aubin, laquelle a été nommée Jacques-Thérèse. Parrain en a été le Sr Jacques Rabby, négociant à Bordeaux, ancien Consul de la Bourse, demeurant audit Bordeaux, rue de la Grille, paroisse de Saint-Rémy ; sa marraine Thérèse Brunaud, sa petite fille, demeurant audit Bordeaux. En présence des soussignés... Linars, Curé de Saint-Médard... Barbé, Curé... »

Texte extrait du livre du René-Pierre Sierra, Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p 88-97.

Compléments d'informations :

La construction de l’église actuelle a débuté, sans doute, au 12ème siècle, c’est-à-dire au temps d’Aliénor d’Aquitaine, par un petit oratoire voûté à gauche du chœur.
Les autres parties de l’église, chœur, nef principale, clocher, nef Notre-Dame, bas-côté Saint Jean-Baptiste, sacristie, furent construites et remaniées au cours des siècles suivants.
Les éléments caractéristiques de l’église sont :

  • les vestiges des peintures murales dans le petit oratoire originel,

  • la croix du fronton sculptée sur ses deux faces,

  • le mystérieux sarcophage de l’abside,

  • la porte ciselée du tabernacle, le retable, l’ostensoir offert par Napoléon III et la petite Vierge au sein.

Le presbytère fut construit au 18ème siècle.
La cloche a été installée en 1789, juste avant la Révolution.
Le cimetière qui entourait l’église a été transféré à sa place actuelle en 1861.
De grands travaux eurent lieu en 1867, dont la réfection du porche central.
Les travaux les plus récents se sont déroulés en 1989 pour la rénovation intérieure, en 2004 pour la rénovation de la toiture et en 2008 pour la réfection de la place et l’illumination extérieure de l’église.

Pour plus d'informations : site de la mairie.

Cette rubrique relate des faits survenus dans la vie quotidienne des habitants de Saint-Aubin-de-Médoc.

Des manoeuvres militaires.

Le propriétaire du château Belfort à Saint-Médard, Philippe-Paul de Ségur, ancien général des armées de Napoléon, futur académicien, entretenait de bonnes relations avec le roi Louis-Philippe. Ayant restauré son château, il voulut pendre la crémaillère avec une solennité digne de son rang. Il invite donc le fils du roi, le duc d'Aumale, tout auréolé de la prouesse de son armée d'Algérie, la capture de la smala d'Abd-el-Kader. D'Aumale vint avec plusieurs unités dont l'une donna son nom au camp des Lanciers à Saint-Médard. Un régiment de cavalerie fut cantonné à Saint-Aubin en août et septembre 1845, les troupes disséminées dans la campagne, et l'État-major dans les bâtiments du presbytère et maisons avoisinantes. Selon le curé de l'époque, il y en avait au moins deux cents.

Les manœuvres se terminèrent par un gigantesque défilé conduit par le second fils du roi, le duc de Nemours, sur la lande d'Hourton. Par la suite, plusieurs manœuvres et exercices de tir se déroulèrent sur le territoire de la commune ; les landes étaient vastes et l'armée payait les dégâts sans discuter. On ne manquait pas, en effet, de lui envoyer la facture. Les balles et les éclats d'obus abîmaient quelques arbres et chacun sait que la rencontre d'une dent de scie et d'un morceau de métal, cela fait des étincelles. En 1874, on crée une école à feu sévèrement réglementée pour le tir au canon à Hourton. Cinq ans plus tard, on tire le long du Courmateau, deux fois par semaine, en direction du pont de Chagneau où l'on a placé la cible. Mais, lorsqu'en 1883, l'armée désire établir dans le même secteur un champ de tir permanent, le conseil refuse. Par contre, deux ans plus tard, moyennant une rémunération intéressante pour la commune et pour les propriétaires, on accepte, pendant quarante cinq jours, deux champs de tir, l'un à Courmateau, et l'autre à Hourton.

Cette même année, aura lieu, toujours à Hourton, une grande manœuvre de cavalerie. On les imagine, ces fiers cavaliers moustachus : dragons, spahis, lanciers et cuirassiers dont certains sont peut-être des rescapés de Reichshoffen, galopant dans la lande, lance en avant ou, dressés sur leurs étriers, sabre au clair. Instants glorieux... qu'on facture à l'armée pour trois cent francs. C'est le montant des dégâts.

Texte extrait : Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, René-Pierre Sierra, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p.185-187.

L'affaire des pies de Saint-Aubin.

L’an mil huit cent quarante et un, le neuf mai, le conseil municipal de la commune de Saint-Aubin légalement assemblé en cession ordinaire et au lieu de ses séances, étaient présents M. Jacques Escarret, Jean Delaube, Pierre Meyre, Antoine Sémédard, Jean Baisse, Pierre Lalande, Jean Seguin, Jean Seguin et Pierre Eyquem maire.

Le maire ouvre la séance et invite le conseil à constituer le bureau et à la nomination de son secrétaire. M. Sémédard ayant été nommé secrétaire à l’unanimité prend place au bureau en cette qualité. Les membres du conseil ont oui le rapport de la généralité des habitants de la commune de Saint-Aubin concernant les dégâts faits aux récoltes des vignes et maïs causés par les pies qui y volent par troupeaux et mangent pour le moins la dixième partie des récoltes, surtout celle du maïs ; en plusieurs endroits, la cinquième partie est mangée par ces espèces d’oiseaux voraces.

Considérant qu’après avoir reconnu l’absolue nécessité de leur destruction, avons arrêté et délibéré qu’à l’unanimité des voix à compter de ce jour et pendant une année les pies seront tuées et repoussées avec armes à feu ou autres machines pour les détruire par les habitants partout où elles seront rencontrées et dans toute l’étendue de la commune.

Un encouragement de vingt-cinq centimes par tête en sus de douze gratuites par famille à quel nombre quelles puissent s’élever seront payées sur les dépenses imprévues votées au budget de 1842. Pareillement, les œufs ou petits des nids qui seront portés par les enfants ou autre personnes seront également payés en raison de cinq centimes chaque sur les mêmes dépenses et sans retenue.

Défense de tirer sur aucune espèce de gibier pendant leur production et la prohibition de la chasse sous peine d’y être poursuivis conformément à l’arrêté de M. le Préfet ni même après l’ouverture ceux qui ne seront pas munis d’un permis de chasse.

M. Sémédard, adjoint au maire, est chargé de tenir note et nous rendre compte vers la fin de l’année du résultat de cette destruction de la manière suivante : les grandes pies, mâles et femelles auront la griffe gauche coupée ; les jeunes trouvés dans les nids auront la droite coupée pour les distinguer ; les œufs seront également conservés, le tout sera mis séparément dans des tiroirs pour nous en justifier et en ordonner le paiement chacun en proportion de sa destruction.

Fait et délibéré à Saint-Aubin le jour mois et ci contre en la dite délibération et ont signé.

   Texte extrait du document transmis par Joël Héraud, janvier 2006.

 

 

 

Les registres de catholicité aux 17ème et 18ème siècles.

Les premiers registres d'Etat-Civil (ou B.M.S : Baptêmes, Mariages, Sépultures) consultables remontent à 1606.

Rédigés par les curés jusqu'à la Révolution, ils étaient très abîmés quand on les relia au 19ème siècle. Ils sont incomplets car plusieurs années n'ont pas été retrouvées, alors que certains actes figurent en double exemplaire. On constate aussi de nombreuses erreurs de classement qui bouleversent la chronologie. Leur exploitation s'avère parfois ardue, et nous réserve peut-être encore quelques surprises.

Ces lacunes mises à part, les B.M.S. sont une source de renseignements très précieux. Au fil des actes, on assiste à la vie d'individus nommément désignés, participant à leurs joies, à leurs souffrances, à leurs deuils. En lisant entre les lignes, en comparant les dates, on peut même en tirer des conclusions sur leur vie privée. Ce ne sont plus des abstractions, mais des hommes et des femmes comme nous.

Que penser d'un habitant de Loustauviel qui voit mourir son épouse, encore bien jeune, se remarie aussitôt après avec une voisine toute jeunette déjà enceinte d'un enfant auquel il donnera son nom ? Et s'il avait été taquiné par le démon de midi ?...  et si l'on avait aidé sa première épouse devenue gênante à partir pour un monde meilleur ?... Les contemporains ont certainement envisagé toutes ces hypothèses, car il fallait bien agrémenter la chronique locale. Et avec quoi l'alimenter, sinon avec des cancans plus ou moins bien fondés ? On peut voir quels étaient les plus misérables, mais aussi les moins pauvres. On peut y reconnaître l'aristocratie des travailleurs, ceux qui étaient employés par les châtelains : domestiques et valets, palefreniers, gardes et piqueurs. Ceux-là ainsi que les plus gros propriétaires demandaient le parrainage des familles seigneuriales, parfois, ils savaient signer leur nom. On connaît, grâce aux actes, ceux qui avaient droit de sépulture dans l'église, les charitables chez qui venaient mourir les mendiants épuisés.

On peut suivre au cours des années ceux qui accumulaient les maladies et les malchances. En découvrant leurs nouveaux malheurs, on se prend à penser « Encore... les pauvres ! ». Les cus mettaient parfois beaucoup de fantaisie dans la rédaction des B.M.S., dans l'orthographe et dans l'écriture, car les règles ne semblaient pas très strictes à l'époque. Les premiers textes rappellent le graphisme gothique du Moyen-âge, celui qu'on retrouvait dans l'écriture allemande d'avant-guerre. On y trouve des formules latines, telles que : « Obiit in Domino die 21 ejusdem mensis » (Il mourut dans le Seigneur le 21 de ce même mois).

Les noms d'une même famille étaient écrits de façon différente, au gré du rédacteur, tels qu'il les avait compris, car il n'était pas question de demander au déclarant: « Comment ça s'écrit ? » Alors, il fallait se contenter de ce qui tombait de sa bouche édentée habituée à parler gascon.

C'est ainsi qu'on peut lire : Icquen, Yquem, Ichen, Hiquem et Eyquem, alors que d'autres s'appelaient Gorrfe, Gorfre et Goffre, que les Baquey étaient enregistrés sous les noms de : Vaquier, Vacquey et Bacquey. Les Xaintou ou Xainctou sont devenus les Saintout et Sentout.

Beaucoup portaient les mêmes noms et prénoms. On a vu des jumeaux Seguin s'appeler Jean tous les deux, comme leur père et leur grand-père. Pour distinguer ces homonymes, les contemporains leur donnaient des surnoms ou « châfres » qui, souvent, devenaient héréditaires. Il y a peu de temps encore, chez les Baquey, on connaissait les « Clanquette » et les « Parette »; des Escarret portaient le surnom de « Ganga » et Marcel Eyquem était plutôt connu sous le nom de « Migaille ». Dès avant 1700, les curés inscrivaient les surnoms sur les Actes : Arrouche dit Lacrouste ou Croustet ; trois Belanguey se distinguaient en Jeanton, Jeantonnet et Bourrut ; Constantin s'appelait Le Mignon, Demanes-Migailhon ; Chauchy Le Renard, Jean-Poil de Vache, tandis que Doursi était appelé Régalin et sa femme la Régaline. Pour d'autres, il semble bien qu'on ait oublié le vrai nom pour n'inscrire que le châfre : Bienboire dont le nom est tout un programme ou Biguey (le coq). Un jour, dans un accès de jovialité, le père Bon appela son fils Jean. Quelques générations plus tard, leurs descendants s'appelaient Jambon.

Certains actes ne sont pas terminés et parfois les noms et prénoms ont été omis. Lorsque les parents n'avaient pas voulu reconnaître un enfant naturel, on laissait le nom en blanc. Ses descendants portaient naturellement le nom de Blanc.

Mon persécuteur le plus opiniâtre à titre posthume est, sans nul doute, Messire Daurat, curé de Saint-Aubin de 1668 à 1673. Au premier regard, ses actes ressemblent à des textes arabes écrits d'une plume émoussée, agrémentés de larges taches d'encre. Avec une loupe, beaucoup de patience et un peu de chance, on arrive à déchiffrer quelques mots. En dessinant séparément chaque signe, en notant leur correspondance avec les lettres de notre alphabet, on parvient à décrypter des mots, et, comme il employait souvent les mêmes formules, ses écrits deviennent exploitables. Ce n'est pas tout à fait du Champollion, mais presque.

Messire Cassaigne, au début de son ministère, notait ses interventions d'une façon très rudimentaire, à désespérer les généalogistes.

Voyez plutôt les actes figurant sur la même page d'un registre paroissial :

1) Le 7 novembre 1674 a esté ensevelie la femme de Tonin après avoir receu les sacrements.

2) Le 9 dudit a esté ensevely un enfant de fils de la Guirauchose.

3) Le 12 dudit a esté ensevely le nommé Renard après avoir receu les sacrements (Il avait d'abord écrit "a esté ensevely le renard", mais il a barré et rectifié)

4) Le 19 dudit a esté ensevelye la femme de feu Berdollet après avoir receu les sacrements.

5) Le 30 du dit a esté ensevelye la femme de Lafitte sœur de clémence après avoir receu les sacrements.

6) Le Il iuillet 1676 a esté ensevely un enfant de Gaston estant mort sans pouvoir parler.

7) Le 8 Aoust a esté ensevelye la Manon servante de Melle de Champanihac ayant receu les sacrements.

8) Ledit iour a esté ensevely un enfant de Lindras.

9) Ledit iour un enfant de Remberg.

10) Le 12 a esté ensevely un enfant de German.

11) Le 18 Octobre 1676 a esté ensevelye la sœur d'Huguet après avoir receu les sacrements.

12) Le 22 Octobre 1677 a esté ensevelye Yzabeu Balengue après avoir receu les sacrements, en foy de quoy, Atguie de la Roche, prestre, vic. de Saint-Médard, pour M. le curé.

13) Le 25 Octobre 1677 est décédé Pierre de Jacques agé de 60 ans ou davantage après avoir esté muny des SS sacrements... un peu plus loin, on a enregistré la sépulture de « la vieille de Segonnes »...

L'état-civil fut créé en 1539 mais, dans la paroisse, les actes ne commencèrent à être rédigés qu'en 1600 environ, en deux exemplaires dont l'un était envoyé à Bordeaux. Puis l'administration décida qu'ils seraient écrits sur des papiers visés et paraphés et, bien sûr, payants. Le premier papier timbré en notre possession est visé par « François d'Albessart, conseiller du Roy en ses conseils, président présidial, lieutenant général en Guyenne, conservateur des privilèges royaux, prévôt de l'Ombrière et professeur royal en l'université de Bordeaux - Fait à Bordeaux en notre hôtel, le neufviesme mars 1739 ».

Les curés n'enregistraient que les actes relevant de leur ministère, donc n'intéressant que les seuls catholiques. Les autres, juifs, protestants, n'ont pas été inscrits, mais il y en eut certainement très peu dans notre région.

Le dernier acte rédigé par le curé de Saint-Aubin, le chanoine Barbé date du 26 novembre 1792, alors que le premier acte de l'officier public provisoire Hornon est du 26 décembre 1792.

Texte extrait du livre du René-Pierre Sierra, Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p 61-68.