Géo-Humaine

Introduction à la géographie humaine.

Nous proposons l’étude du déroulement de la vie à travers le changement de l’espace, comment nos ancêtres ont structuré leur village en tenant compte des réalités géographiques dans lesquelles ils vivaient dans les rubriques suivantes :
- le peuplement,
- la démographie et les recensements,
- la toponymie,
- la voirie,
- les transports,                                                                                                                                                                                                                                                                             - l’économie.
« La géographie humaine est l'étude spatiale des activités humaines à la surface du globe, donc l'étude de l'écoumène, c'est-à-dire des régions habitées par l'homme.
Cette branche de la géographie est donc par définition une science humaine.
Ses domaines sont très variés et font appel aussi bien à la démographie, à la sociologie, à l'économie, à l'histoire, au droit ou encore à la politique.

La géographie humaine comprend elle-même de nombreuses spécialités :
- la géographie de la population
- la géographie rurale
- la géographie urbaine
- la géographie sociale
- la géographie économique
- la géographie des transports
- la géographie politique
- la géographie culturelle
- la géographie religieuse ».

Les autres rubriques seront abordées dans le chapitre de la population : vie culturelle, vie politique, vie religieuse, loisirs, la langue.

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Sous-catégories

La toponymie est l'ensemble des noms de lieux d'une région, d'une langue.

Les lieux-dits.

La plupart des lieux-dits actuels existaient déjà en 1600, comme en témoignent les registres d'Etat-Civil. Certains, autrefois animés et prospères ont complètement disparu. Il n'en reste plus que le nom. On trouvera ci-après le peu qu'on sait sur ces lieux-dits anciens.

carte

Le bourg, on l'a vu n'est pas au centre de la commune, peut-être parce qu'il était rattaché à Saint-Médard et que, à l'origine, c'était, après Segonnes, la seule petite agglomération en bordure d'une zone déserte et inhospitalière.

Bebian,Bourazeuilh : nous n'avons rien trouvé sur leur origine et leur histoire.

Boutuges, maintenant au milieu de la forêt, était le siège d'une grande tuilerie. Il n'en reste que quelques trous marécageux d'où l'on tirait l'argile, et des monticules qui furent peut-être les soubassements d'un four. La tuilerie était alimentée par le ruisseau du Mautemps, tout proche.

Caillavet, en bordure de la route de Lacanau, mais sur le territoire de Saint-Aubin fut sans doute là propriété au 17ème siècle d'une famille noble, les De Lacroix dont les dernières descendantes furent très dévouées au service de la population. Pendant la première guerre mondiale, Madame Chauvet-Legoff y créa à ses frais, dans son château, un hôpital auxiliaire pour 22 soldats convalescents.

Cazeuilh, Le Cerisier, Malleret et Mounic, ainsi que Bourazeuilh dépendaient économiquement du château de Cujac, alors qu'ils n'étaient reliés au bourg que par des misérables chemins de terre. Leur population d'origine était constituée par les serfs du château.

Chagneau : centre d'une grosse propriété viticole exploitée au 18ème siècle par une communauté de religieuses sous le nom de Château Hautegrave. Cédé plus tard à de gros armateurs bordelais, il prit le nom de ses propriétaires successifs: Lamarthonie, Grédy puis Chaigneau.

Courmataou ou Courmateau : secteur très humide, voire marécageux mais très fertile, arrosé par le ruisseau du même nom. Au siècle dernier, on y exploitait un élevage de sangsues dont nous parlerons et, récemment, on y avait créé des jardins ouvriers.

Cujac : fait, avec son château, l'objet d'un article particulier sur le site.

Les Garouilles : c'est ainsi qu'on nommait les parcs de grands chênes qui entouraient les bâtiments d'une ferme. Avant le creusement des gravières récemment comblées et sur lesquelles on a construit des lotissements, le seul bâtiment qu'on pourrait localiser dans ce secteur serait un moulin à vent, appartenant à Monsieur de Raoul, seigneur de Saint-Aubin. Le dernier meunier y fut trouvé mort en 1857 "enveloppé par le rouet ou la lanterne du moulin". Les Garouilles ne sont pas mentionnés sur les documents anciens.

Hourton : successivement Forton, Fourton, Ourton, Orton puis Horton était très isolé au milieu de la lande. Les habitants vivaient surtout de l'élevage. Son nom vient d'une famille originaire de là, les Fourton.

Loustauvieilh : en occitan, le seul langage parlé autrefois, "vieilh" signifie "vieux" et "l'oustau" (prononcé l'oustaou) était une maison fortifiée, construite en dur, où se réfugiait la population en cas d'alerte. En 1600, on parlait déjà de Loustauvielh, se référant sans doute à un bâtiment disparu depuis longtemps. Peut-être a-t-il précédé le château Lassalle, mais cette hypothèse ne repose sur aucun document historique.

Marceron : au milieu d'une prolifération de constructions neuves, on peut encore voir une longue maison basse où habitaient les Marcellon, Marselon ou Marceron, riches laboureurs au XVIIIème siècle et amis des seigneurs de Saint-Aubin.

Mayne de Jouan, Mayne d'Estève : Mayne (prononcé Maïne) signifie "domaine", Les Estève étaient une vieille famille d'agriculteurs. On n'a pas trouvé de "Jouan" mais ce pourrait être une déformation du prénom Joan, Jehan devenu Jean,

Mounicou Monic (voir ci-dessus) était peuplé par les serfs du château Cujac, dont le poste de garde était situé près du village. On trouve à proximité de Mounic, les vestiges d'un monticule ou "motte" qui selon la tradition orale, aurait été un lieu de veille pour détecter les pillards et alerter les populations environnantes.

Pivat : (prononcé Pivouat) était situé dans un triangle entre Marceron, les terrains de sports actuels et la RN 215. C'était le siège d'une tuilerie jusqu'au milieu du siècle dernier. Avant de tomber en ruines, elle abrita tous les miséreux de passage. Il ne subsiste provisoirement que quelques trous.

Pont à Cot, Poticon : le premier se réfère à un pont sur le Cagaréou (on dit aussi Pountacot). On ne connaît pas l'origine du second.

Rozier : c'est le nom d'une famille de laboureurs qui y résidait.

Segonnes ou Segounes : c'est l'agglomération la plus ancienne de la commune. On trouve son nom sur de très vieilles cartes, alors que le bourg n'y est pas mentionné. Il est possible que ce village ait constitué une étape sur la voie romaine secondaire qui joignait Bordeaux à Carcans en traversant Saint-Aubin et Castelnau (mais en évitant Saint-Raphaël). Il semble, mais cela demande confirmation, que cette voie romaine ait formé, au moins sur une partie de son trajet, l'assise de l'ancien chemin de Bordeaux, très fréquenté avant guerre par les paysans qui allaient à pied vendre à la ville leurs récoltes de fraises et d'asperges ou les produits de leur basse-cour. Ce chemin, passant par le Verdelet (Voir ci-après) traversait la Jalle à gué entre Gajac et Tiran.

Le Tronquet : Sa tuilerie très ancienne est la seule qui subsiste. Ses exploitants portaient, de père en fils, le surnom de "tiouley", le tuilier. On y cuisait la pierre à chaux jusqu'en 1968. C'est peut-être là qu'a été cuite la statue de Saint-Jean Baptiste au 17ème siècle.

Le Verdelet ou Verderet dont il ne reste plus que quelques gravats dans les broussailles fut habité jusqu'au début de ce siècle. Le chemin qui le traversait était très fréquenté.

Villepreux :autrefois La Salle puis La Trappe fut le domaine et parfois la résidence des seigneurs de Saint-Aubin et autres lieux. Il fait l'objet d'un article particulièr sur le site.

Texte extrait du livre du René-Pierre Sierra, Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p 83- 87.

 

La voirie désigne à la fois l'ensemble des voies de circulation (le réseau routier : routes, chemins, rues, etc.) et la nature et la structure de ces voies (voie unique, 2 x 2 voies, etc.).

Les différents types de voies.

Le boulevard : large voie faisant le tour d’une ville (sur l’emplacement des anciens remparts), généralement plantée d’arbres (1803 bolevers « ouvrage de madriers », puis « remparts » avant 1365 ; du moyen néerlandais bolwerc).
L’avenue : large voie urbaine, plantée d’arbres proche du boulevard (1549, forme verbale de : avenir, « arriver »), l’équivalent de la fameuse « perspective » des Russes.
Le cours : du latin cursus, action de courir, voyage. Au XVII ° siècle, influence de l’italien corso : longue et large avenue servant de promenade. On en trouve à Bordeaux et au Bouscat.
La place : lieu public, espace découvert, généralement entouré de constructions (1080 « endroit » latin populaire platea) place d’une ville grecque agora, d’une ville latine forum. La place publique : en public, aux yeux de tous. Elle est souvent proche de l’église et servait aussi de marché.
La rue : voie bordée de maisons, au moins en partie, dans une agglomération (1080 latin ruga ride). Une petite rue devient le diminutif : ruelle  
La route : voie de communication terrestre aménagée, plus importante que le chemin, située, hors d’une agglomération ou reliant une agglomération à une autre (12° siècle latin médiéval rupta, ellipse de via rupta, latin classique rumpere viam « ouvrir un passage »). 
La voie : espace à parcourir pour aller quelque part, cet espace lorsqu’il est tracé et aménagé (XI° siécle du latin via, voie)
Le chemin : voie qui permet d’aller d’un lieu à un autre (1080 latin populaire camminus, mot gaulois)
Le square : mot anglais, proprement « carré » (de l’ancien français esquarre cf. équerre), utilisé au milieu du XIX° siècle, désigne un petit jardin public, généralement entouré d’une grille et aménagé au milieu d’une place.
L’impasse : petite rue qui n’a pas d’issue (1761 de « in » (privatif) et passer : on ne passe pas !)
Le rond-point : (roont-point « demi-cercle » en 1375 de rond et point « lieu, emplacement » : place circulaire (1831) d’où rayonnent plusieurs avenues, extension du carrefour vers lequel convergent plusieurs allées dans une forêt ou un jardin (1708).
Le quai : 1311, mot normand et picard, dérivé du latin dès 1167, du gaulois caio « enceinte » : voie publique aménagée entre les maisons et un cours d’eau, sur la levée de terre, soutenue par un mur de maçonnerie. Les quais sont connus à Bordeaux et à Paris, Parempuyre en possède un sur la Garonne.

Texte d'Henri Bret.

La création de la voirie.

Les routes donnèrent aussi beaucoup de tracas à la municipalité. Depuis toujours, on l'a vu, Saint-Aubin n'était relié à Saint-Médard, son débouché naturel, que par des routes à moitié défoncées. Des chemins en piteux état joignaient les villages au bourg, mais les liaisons entre les hameaux n'étaient souvent que de mauvais sentiers. Il était difficile d'aller de Hourton à Segonnes. Mounic était bien relié à Cujac d'où l'on pouvait gagner le bourg en charrette, mais il était isolé des autres agglomérations. Aller de Hourton à Salaunes ou de Cujac à Louens était une aventure, et le voyage du Bourg à Germignan était lui-même hasardeux. La route, encaissée, étroite, traversait alors des fourrés qu'il fallait sans cesse élaguer. La lumière du soleil n'y pénétrait jamais, si bien que le chemin était coupé de multiples ornières, toujours remplies d'eau, dans lesquelles les charrettes s'embourbaient. Il fallait pousser à la roue, parfois déposer la moitié du chargement ou faire appel à un double attelage. Bien souvent la traversée des rivières, le Cagaréou et le Courmateau, s'effectuait à gué, sur des branchages. Si la route prenait quelqu'importance, on construisait un pont de bois, jusqu'au jour où l'on s'aperçut que les ponts de pierre étaient plus durables et coûtaient moins cher.

En 1838, Saint-Aubin fut presque coupé du monde. Le pont de Bonnan, sur le ruisseau du Pas-de-la-Tourte s'était effondré. Il n'était plus possible d'aller à Saint-Médard avec un attelage. Pour le réparer, il fallut demander aux Eaux-et-Forêts l'autorisation de couper un gros pin dans la forêt communale. Pour construire et améliorer la voirie, les habitants étaient soumis, chaque année à un impôt en nature créé par une loi de 1824, appelé « Prestations ». Étaient tenus d'acquitter cet impôt chaque propriétaire chef de famille, régisseur, fermier porté sur le rôle des contributions ainsi que chacun de ses fils vivant avec lui et chacun de ses domestiques mâles âgés de plus de 21 ans. Chaque assujetti devait fournir deux jours de travail par an ainsi que deux jours par bête de somme avec son véhicule, mais il pouvait remplacer ces travaux par une cotisation de 1 F par journée de manœuvre, 3 F par bête de somme et 6 F pour un tombereau à deux chevaux. Ils pouvaient aussi payer un remplaçant qui fournissait les bras et l'attelage. Certains remplaçants gagnaient ainsi leur vie une partie de l'année. Beaucoup cependant préféraient accomplir eux-mêmes leurs prestations, profitant de la morte-saison, très heureux de se retrouver entre rudes gaillards, dans une franche camaraderie. Dès la pointe du jour, ils étaient sur place. Le garde-champêtre indiquait à chacun sa tâche, le volume de pierre ou de grave qu'il fallait extraire, charger, transporter, étaler. C'étaient alors comme au temps de la chevalerie, d'étranges défis et d'étranges concours dont on cite encore les champions, ceux qui pouvaient charger un tombereau à la pelle en moins de dix minutes, ceux qui finiraient leur tâche avant les autres. Les champions, et même les autres, n'avaient pas besoin de courir le long des routes pour perdre quelques grammes. Entre huit et neuf heures, les pâtés, boudins, saucissons, sardines à l'huile et fromage « croûte-rouge » jaillissaient des musettes. Les gourdes et les « cujots » (sortes de citrouilles de forme allongée terminées par un renflement, qu'on avait séchées et évidées et qui contenaient bien une chopine) étaient toujours à portée de main, car le travail pénible donnait soif. Et comment aurait-on pu cracher dans ses mains pour empoigner le manche de l'outil avec la gorge sèche ? Après ce casse-croûte réconfortant, on reprenait le travail en guettant le moment où l'ombre la plus courte indiquerait l'heure de midi, en écoutant, par vent favorable, la cloche de l'Angélus.

On dételait, car les bêtes aussi étaient fatiguées. Avant de songer aux hommes, il fallait d'abord soigner les animaux. Quelqu'un avait déjà préparé la braise. Les jours fastes, on humait le parfum de l'entrecôte, rehaussé par celui des échalotes. Mais le plus souvent, sur un feu de brandes, on faisait griller, avec une longue fourchette de bruyère, une belle tranche de « ventrèche » (lard). Dès que la chaleur fondait la graisse, on la faisait goutter sur de larges tranches de pain bis. Un régal des Dieux, m'ont dit ceux qui en ont mangé. D'autres apportaient leur « mique », une boule de pâte de farine de sarrasin salée contenant parfois du miel en son milieu. À la fin du repas, on faisait péter le bouchon d'une vieille bouteille de Médoc, sans étiquette mais authentique. Pensez, c'est le grand-père qui l'avait mise en bouteille !

Pendant ce temps, on échangeait les dernières nouvelles : les réputations s'enjolivaient ou s'abîmaient. On refaisait le monde. Après une courte sieste, il était dur de reprendre la pelle, mais ils étaient vaillants. Ils continuaient à travailler jusqu'à la nuit tombante, ne s'accordant en milieu d'après-midi qu'une courte pause, le « quatre-heures », avec quelques restes du repas, quelques feuilles de salade trempées dans la vinaigrette et bien rafraîchissantes. D'autres préféraient une vigoureuse frottée à l'ail qu'on mangeait avec des raisins à la saison.

L'administration s'occupait aussi des routes. Là encore, il y eut des démêlés. En 1853, le préfet demande aux municipalités de voter le maximum d'impôts pour leur entretien. Le conseil supplie le préfet de ne pas donner suite car « l'entretien du bon esprit de la population est tout aussi utile que celui des routes. Il ne faut pas charger d'un surplus de corvées une population aux revenus modestes qu'on fatiguerait et qu'on aigrirait. Les prestations déjà votées sont suffisantes pour l'entretien des chemins sur lesquels on n'a jamais vu les agents voyers qui, maintenant, demandent un impôt supplémentaire ».

Quand la route du bourg à Louens fut carrossable, la commune demanda son classement dans la voirie départementale, mais poussa de hauts cris, lorsque, l'année suivante, le préfet fixa la contribution municipale pour son entretien au double de ce qu'elle coûtait auparavant.

Texte extrait du livre : Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, René-Pierre Sierra, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p 168-172.

Les grandes mutations économiques.

En ce début du 19ème siècle, la population rurale de Saint-Aubin sortait à peine de Moyen-âge. Environ 250 habitants sont disséminés sur 3472 hectares dont la commune possède 3000 Ha. En vertu de la loi de 1793, attribuant les biens "délaissés" des ci-devant émigrés aux collectivités locales nouvellement formées. Les propriétés ainsi "acquises" étaient celles des Villepreux, des Grailly ainsi que des terrains de l'Eglise. Le domaine de Cujac appartenant au sieur Raby, roturier, ancien consul de la bourse, semble bien être resté la propriété de cette famille.

Trois grandes exploitations et quelques dizaines de petits exploitants se partagent le reste, pasteurs, laboureurs, vignerons qui végètent sur les quelques terrains cultivables dont une partie est toujours maintenue en jachère. Saint-Aubin est, alors, une vaste lande où paissent de nombreux troupeaux, parsemée de quelques bosquets de chênes ou de pins avec, dans les endroits humides, des vergnes et des roseaux. Des châtaigniers sauvages et quelques arbres fruitiers offrent un complément à la nourriture des paysans. Le bois de bourdaine est réservé au « Moulin à poudre » (lou moulin), la poudrerie de Saint-Médard. Soigneusement carbonisé, mélangé au salpêtre et à d'autres ingrédients dans de vastes marmites, il sert à confectionner cette poudre noire instable dont les explosions intempestives laissèrent des souvenirs cuisants aux rescapés.

Les activités forestières, au fur et à mesure que la forêt remplacera la lande, vont se développer. Vont apparaître, à côté des bûcherons, des scieurs de long, des charpentiers de haute futaie, les « arrousineys » ou résiniers, les bâtonniers (fabricants de bâtons ou de manches à balais). Dans certaines familles, on est tailleur de « bruques » de père en fils. Les « bruques » sont des plantes servant à la litière des animaux domestiques, bruyères, grandes herbes dites « Aoubès » coupées avec le fauchon ou la « bigote », qu'on présente en petits rouleaux façonnés avec les pieds et qu'on écrase avec les « esclops » (sabots).

On compte au moins 3 tuileries :

- Au Pivat qu'on prononce Piouat, dont il ne reste que quelques trous au Sud-ouest des actuels terrains de sport.

- A Boutuges, dont nous avons retrouvé les vestiges grâce aux renseignements de plusieurs Saint-Aubinois de souche.

- Au Tronquet, qui existe encore.

On produisait aussi de la chaux. Périodiquement les tuiliers se transformaient en chaufourniers. À l'intérieur de leur four à briques, ils construisaient un autre four en pierres calcaires, suivant des règles très strictes. En cuisant et en se refroidissant, cette voûte calcaire ne devait pas s'écrouler. Abel et André Gravey ont éteint leur dernier four en 1968.

Le grain était moulu sur place. Il dut y avoir plusieurs moulins, mais le dernier mentionné appartenait à M. de Raoul, le seigneur du lieu. Son emplacement est probablement recouvert actuellement par le quartier des Garouilles dont une partie a gardé le nom de « moulin à vent ». Son dernier meunier connu fut André Dignan qui mourut d'un accident de travail en 1757.

On voit se développer quelques professions artisanales et commerciales. Plusieurs générations de Peyrou ont exercé le métier de tailleur d'habits à Loustauvieilh, puis un certain Layen leur succéda à Cujac. On voit apparaître des marchands de tamis et de cordes, un tonnelier, un charpentier, un cordonnier, une couturière tailleuse de robes, un terrassier et même un ouvrier, probablement à la poudrerie de Saint-Médard.

Mais la principale ressource, c'est l'élevage. La terre est sablonneuse et graveleuse, donc très sensible à la sécheresse et peu fertile. Pour la faire produire, il faut la fumer abondamment. D'autres coins de terre, trop humides parce que l'alios ou l'argile affleurent, ne produisent que des herbes coupantes ou des roseaux. En 1861, le maire, Charles Langlois, dans un rapport à l'administration, énumère quelques ressources liées à l'élevage. Le cheptel est de 3 200 brebis dont les agneaux vendus à Bordeaux rapportent, avec les produits des 1 600 vaches et des 70 juments poulinières, 17 000 F. par an. On n'a pas mentionné les ânes, mulets ou porcs qui ne sont pas commercialisés mais utilisés sur place pour le travail ou la consommation familiale. La lande produit des brandes qu'on vend pour 3 000 F., mais la grande richesse de Saint-Aubin, c'est son fumier dont une des matières premières est constituée par des « bruques » dont nous avons parlé ci-dessus. On vend 1 900 charrettes de fumier chaque année pour 19 000 Francs. En d'autres termes, le fumier, principale production de la commune, rapporte plus que les animaux qui le produisent. Quelques années plus tard, en 1876, on note que la population est de 287 habitants et que la production de vin est de 150 tonneaux, soit 135 000 litres environ. Les principaux producteurs sont le château Cujac (28 tonneaux), le château Hautegrave (M. Grédy) (25 tonneaux), et le château Latour ou Caillavet (M. Grelet, maire) situé à l'ouest de la route de Lacanau pour 10 tonneaux. Une vingtaine de petits vigneronsse partagent le reste. À ce moment-là, la surface couverte de landes s'est considérablement rétrécie. Elle n'est plus que de 1 450 hectares.

Texte extrait du livre : Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, René-Pierre Sierra, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p 129-132.