La vie d’autrefois.

Un chiffon, un bout de bois, un joli caillou, des boulettes de chêne, des osselets, un sifflet taillé dans une branche de peuplier, il n'en fallait pas beaucoup pour amuser les enfants, ceux qui n'avaient pas encore l'âge de travailler. Ils auraient aimé courir dans la lande, mais on leur faisait peur. Le loup rôdait, l'ogre aussi, avec le loup-garou et le croque-mitaine. Souvent, ils avaient vu courir leurs parents, faux et fourches à la main, en direction d'un appel lointain. Les histoires de leur grand-mère, à la veillée, les remplissaient de crainte. Ils avaient peur de l'inconnu, de la nuit, des éclairs, du tonnerre.

Cette crainte perpétuelle les préparait à leur future vie de soumission et de dépendance. Éternels résignés, éternelles victimes du « C'est comme ça », « personne n'y peut rien changer », comment leurs descendants ont-ils pu relever la tête et participer aux jacqueries puis à la Révolution ?

Ils ne sauraient jamais déchiffrer les grimoires, mais, tous petits, ils savaient déjà interpréter les mille signes qui annonçaient le brouillard, l'orage ou le soleil. On ne connaissait pas encore la science de la météo qui, après avoir invoqué les dieux anticyclone et dépression nous prédit, d'une manière indiscutable, graphiques à l'appui... le temps qu'il ne fera pas demain.

Le bouillon qui s'aigrit dans le pot de soupe, l'aspect du soleil couchant, les jambes du soleil, la course des nuages, la hauteur et la direction de la fumée, le halo qui entoure la lune, les taupes qui soufflent, le vol des hirondelles, l'approche des Saints de glace - Pancrace, Gervais et Mammert, le coassement des grenouilles, les gestes du chat qui se nettoie, le comportement des poules, tout leur annonçait le temps du lendemain.

Pour un habitant du Tronquet, entendre la cloche de Saint-Médard était signe de pluie, alors que celle de Saint-Aubin annonçait le beau temps et le rafraîchissement de la température. Avant de regagner la couche de la tribu, le maître, chaque soir, faisait un dernier tour de la maison, prévoyant le temps. Il fixait le travail du lendemain, labourage, semailles, binage ou moissons, fauches ou fenaisons, travaux en forêt ou bricolages sous le hangar.

Texte extrait : Chronique de Saint-Aubin-de-Médoc, René-Pierre Sierra, juin 1995, éditeur mairie de Saint-Aubin-de-Médoc, p.55-56.

Une pétition en 1796.

Pétition adressée à la municipalité du canton de Blanquefort en 1796, lue en séance de l’administration municipale du canton de Blanquefort : « Pétition du citoyen Barbé ci-devant curé de la commune de Saint-Aubin tendante à obtenir la main levée de certains vaisseaux vinaires (cuves, tonneaux contenant du vin) retenus par l’agent municipal de Saint-Aubin au préjudice du pétitionnaire. »

Lors de la séance du 5 thermidor an 4 (23 juillet 1796) de l’administration municipale du canton de Blanquefort, le président a fait lecture de la « pétition du citoyen Barbé tendante à obtenir main levée des vaisseaux vinaires qui lui appartiennent délaissés par lui dans les lieux de la cy devant maison curiale (presbytère) de Saint-Aubin à la sortie desquels s’est opposé le citoyen Fourthon, agent municipal de ladite commune de Saint-Aubin, avec qu'il pensait que lesdits vaisseaux vinaires appartenaient à la nation. »

« L’administration municipale du canton après avoir entendu ledit citoyen Fourthon » a convenu « n’avoir aucun titre ni trouvé sur les registres », ni « aucune preuve ni commencement de preuves qui puisse justifier ladite propriété ».

A la question du Président : pourquoi, lorsque le citoyen Barbé avait quitté la fabrique (l’ensemble des biens et revenus de l’église), il n’avait pas porté sur les tableaux des biens sur lesquels figuraient les vignes, bois, prés… « lesdits vaisseaux vinaires qui naturellement devaient se vendre avec les vignes », il répondit : « que la raison qui l’avait déterminée à ne pas les comprendre dans lesdits états, c’est qu’il voulait les conserver pour les curés dans le cas où ils pourraient en avoir besoin » sous-entendu ses successeurs.

Conclusions : « De tout quoi il résulte que ledit Fourthon ne devait pas être bien certifié, que lesdits vaisseaux vinaires n’appartiennent pas à la nation car autrement il faudrait conclure que ledit Fourthon aurait eu l’intention d’expolier la nation, des objets qui lui appartiennent en faveur de son curé, que d’ailleurs il n’y a d’exemple que jamais les communes ayant fourni les vaisseaux vinaires aux curés décimateurs que ceux-ci ordinairement les tenaient de leurs prédécesseurs, est d’avis, oui le commissaire du directoire exécutif, que main levée soit faite audit citoyen Barbé ci devant curé de Saint-Aubin desdits vaisseaux vinaires. » [orthographe respectée].

[NDLR : Dans de nombreuses paroisses de France sous l'Ancien Régime, la dîme n'est pas perçue directement par le curé mais par de « gros décimateurs » appelés curés primitifs : ceux-ci reversent au curé desservant une partie de cette dîme appelée la portion congrue, qui comme son nom l'indique, à l'origine, doit permettre au prêtre de vivre convenablement.]

Extrait des délibérations de l'administration du canton de Blanquefort, registres 4 et 5, transcrit par Martine Le Barazer.