Les Seigneuries.

 

Sous l'Ancien Régime, le roi nommait un intendant qui le représentait à la tête de chaque province. En Guyenne, il n'existait aucun échelon administratif entre celui-ci et le particulier. La société reposait sur la famille. Les familles regroupées formaient des confréries unies par le métier ou la religion et l'entraide. Elles possédaient des biens propres, qu'elles tenaient du seigneur moyennant redevances en espèces ou en part de récolte. Dans la paroisse de Saint-Médard-en-Jalès, on trouvait les confréries de : Gajac, Bos, Corbiac, Magudas, Cérillan, Issac, Lignan, Villenave et Tiran. Au-dessus des confréries, les seigneuries étaient, jusqu'à la révolution de 1789, sous la tutelle des seigneurs de : Tiran-Thil, La Motte-Gajac, Corbiac, Jalès, Belfort.

 

Texte extrait de : Saint-Médard-en-Jalles au fil du temps. Ville de Saint-Médard-en-Jalles, 1999, 180 pages. Repères historiques par René Daix et Lucien Vergez, p. 10

 

La Seigneurie de Tiran-Thil.

 

« La maison et la seigneurie de Tiran étaient anciennes et très distinguées dans le pays bordelais [...], mais l'une et l'autre y seraient absolument inconnues s'il n'en était fait mention dans les anciens titres » écrit l'abbé Baurein en 1876 (Variétés bordelaises). Grâce à l'acte d'hommage de Gombaud de Tiran, le 14 juillet 1268, au roi d'Angleterre Henri III, duc d'Aquitaine et vassal du roi de France, nous pouvons situer cette seigneurie. Elle possédait, outre le château de Tiran, des fiefs dans les paroisses de Saint-Médard-en-Jalès (sauf Bosc), d'Eysines (sauf La Forêt), du Taillan, de Moulis, de Saint-Laurent-de-Médoc, de Cussac, de Saint-Gemme et de Lacanau (village de Membisos). D'après les études de J.-B. Marquette, la maison noble de Tiran était édifiée au Pujeau de la Capelle. Cette forteresse qui devait être en bois fut abandonnée à la fin du XIVème siècle et remplacée par celle du Thil : grande tour carrée à proximité des moulins. C'est à partir de 1395 que l'appellation donnée aux seigneurs des lieux fut : « Seigneur du Thil et de Tiran ». La seigneurie du Thil était très étendue. Elle couvrait une partie des communes actuelles de Saint-Médard-en-Jalles (Gajac jusqu'en 1541, Le Thil actuel, Le Camp des Lanciers, Tiran Biron et Tiran Cursol), Le Haillan, Eysines (La Forêt) et s'arrêtait juste avant Mérignac (ancienne seigneurie de Veyrines). Quelques bornes qui la délimitaient ont été retrouvées. Les bornes de La Forêt, de Planque de Malle, de La Morandière avaient deux mètres de hauteur environ. Sur le côté tourné vers la seigneurie était gravé Thil, sur l'autre trois croissants, emblème de la ville de Bordeaux. Elles furent réimplantées après 1525, date d'acquisition par la ville de Bordeaux de la seigneurie de Veyrines (incluse dans le Mérignac actuel). Les noms de quelques seigneurs sont connus. À Tiran en 1268 et sans doute avant, vivait Gombaud de Tiran. Mais en 1284, à la suite de méfaits commis dans la châtellenie de Blanquefort par Gombaud et ses hommes, le sénéchal de Guyenne, représentant le roi d'Angleterre, lui confisque tous ses biens. Ils lui seront rendus en 1291 et il restera seigneur de Tiran jusqu'à sa mort (après 1300). La seigneurie est alors partagée entre sa fille Aude de Tiran et sa deuxième épouse Alice de Blaye, mais Aude garde Tiran. En 1337, c'est le petit-fils d'Aude, Raymond Guilhem de Caupenne, qui hérite. En 1541, Tiran-Thil est scindé entre Gajac et Thil. Marguerite de La Rochechandry, épouse et veuve de sire Jean de Rostaing, se qualifie de « dame de Gajeac et de Tirant ». Au Thil à partir de 1306, la famille Cailhau ou Calhau : Pierre, Bertrand puis en 1395 Blanche de Cailhau. Au XVème siècle, Bertrand Angevin « en 1441 seigneur de Thil, de Tiran et de Bussac », puis sa fille, épouse de Jean de Durfort, sieur de Duras et de Blanquefort (maire de Bordeaux de 1480 à 1485). De la fin du XV au XVIIIème siècle (1490 à 1755), la famille d'Estignol, descendant de Peters Spens d'Estignol, gentilhomme de la garde écossaise du roi de France Louis XI (1423-1483). Enfin, la famille de Chassaing et ses héritiers qui resteront propriétaires jusqu'en 1835.

 

Texte extrait de : Saint-Médard-en-Jalles au fil du temps. Ville de Saint-Médard-en-Jalles, 1999, 180 pages. Repères historiques par René Daix et Lucien Vergez, p. 10-11.

 

La Seigneurie de la Motte-Gajac.

 

Le style architectural, s'il rappelle les anciens châteaux forts, ne présente pas les mêmes caractéristiques. Aucune trace d'éléments défensifs : ni pont-levis (pourtant signalé par Guillon en 1867), ni meurtrières, ni créneaux, ni mâchicoulis. Les douves n'offraient qu'une protection illusoire. Ce château n'aurait résisté à aucune attaque. Il ne parait pas être antérieur au milieu du XVème siècle. Léo Drouyn n'en fait aucune mention dans « La Guyenne militaire ». Il fut sans doute construit à la fin de la guerre de Cent Ans. Était-il le château de la Paix ou celui d'un seigneur peu fortuné vivant de l'exploitation de ses terres ? Jehan Rostaing, mari de Marguerite de La Rochechandry, fut-il le premier seigneur de Gajac ? Vers le milieu du XVème siècle, le château passe à la famille Ayquem (ou Eyquem). Ramon Ayquem (1409-1478), marchand de poissons salés rue de la Rousselle, s'enrichit. II acquiert « la terre noble de Montaigne » en Dordogne. Son fils Grimon Ayquem fut dénommé « noble homme » dans un acte de 1517. En 1573, décède Pierre Ayquem, « seigneur de Montaigne et seigneur de La Motte-Gajac ». À la fin du XVIème siècle, Geoffroy de Montaigne, conseiller au parlement de Bordeaux, est seigneur de Bussaguet et de La Motte-Gajac. Il possédait, outre le château, le moulin et le village de Gajac, les biens La Fon avec Le Castéra et une grande étendue de terres avec le fief de Corbiac. Le 19 novembre 1660, Henri de Montaigne vend à Jehan Duperier, par bail à fief pour six cents livres, un terrain au lieu-dit « Le Castéra entre Caupian et Gajac ainsi que l'eau de la Jalle qui le traverse », pour y construire des moulins à poudre « et non des moulins à moudre le blé ». C'est la naissance de la poudrerie de Saint-Médard-en-Jalles (l'acte original dressé par Me Vigier se trouve aux Archives départementales). Un an plus tard, une explosion détruit les moulins et tue Jehan Duperier. Par héritage, le château passera successivement : en 1711, à messire Bernard de Portepain de Lasalle du Ciron, conseiller au parlement de Bordeaux, époux de Marie de Montaigne, fille unique de Henri de Montaigne décédé en 1679. En 1765, aux « demoiselles de Montaigne », qualifiées de baronnes de Saint-Médard, Marguerite, Thérèse, Anne et Jeanne. En 1770, à messire Daugeard de Basterot qui émigre au début de la Révolution et meurt en exil. Sa veuve Marie Daugeard de Basterot émigre à son tour. Leurs biens sont déclarés biens nationaux, vendus aux enchères à de nombreux acquéreurs, donc dispersés. Un titre du 14 juin 1296 indique « un château au milieu de la Jalle en un lieu appelé le Puch du Castet » ; il pourrait s'agir du Castéra (aux XIII et XIVèmes siècles, un castéra est un petit manoir fortifié.) On ignore tout de lui avant le XVIème siècle ; il « dépend de la maison de Courbiac, elle-même dépendance de la seigneurie de la Motte-Gayac » dont le seigneur est Geoffroy Ayquem de Montaigne. Ce château était petit, de forme quadrangulaire, avec à chacun des quatre angles une tour ronde dirigée vers un point cardinal, des murailles d'un mètre d'épaisseur, des fenêtres à meneaux et une porte s'ouvrant dans la courtine nord-est sous une arcade ogivale. Il comprenait un rez-de-chaussée éclairé par huit meurtrières courtes et un étage, auquel on accédait par un escalier en bois, éclairé par huit fenêtres, cinq petites et trois grandes, et chauffé par quatre cheminées. Trois des tours d'angle ont une petite fenêtre, la quatrième, à l'est, renferme l'escalier qui monte au chemin de ronde. Il fut construit en pierre jaunâtre, certainement de la molasse de Caupian. D'après Léo Drouyn, qui l'a visité déjà en ruines en 1853, il fut bâti sur « des terres d'alluvions qui étaient bien au-dessus du niveau du sol au XIIIème siècle ». Comme toutes les anciennes forteresses, « il se composait d'une enceinte particulière entourée de fossés alimentés par la Jalle et d'une basse cour protégée par un second fossé, mais des fossés et de la basse cour il ne reste plus de traces ». En 1887, lors de l'explosion d'un dépôt de poudre, la tour nord et le mur nord-ouest s'écroulent dans la Jalle. Ses ruines, à l'intérieur de la S.N.P.E., baignent dans un marais et sont envahies par la végétation.

 

Texte extrait de : Saint-Médard-en-Jalles au fil du temps. Ville de Saint-Médard-en-Jalles, 1999, 180 pages. Repères historiques par René Daix et Lucien Vergez, p. 11-14.

 

La Seigneurie de Corbiac.

 

Le nom de Corbiac apparaît entre 1322 pour des droits à payer, « taille, cens et autres impôts », et 1451 pour des « remises de droit de dîmes à cause d'absence de toute récolte ». La « paroisse de Corbiac » apparaît dans des textes à partir de 1501 : tableau de la généralité de Bordeaux, relevé de cens et rentes dus au roi, baux à ferme faits par les délégués du chapitre de Saint-André, comme en 1501-1516 « des reconnaissances en faveur du prieuré de Bellefond dépendant du prieuré de La Sauve Majeure pour la paroisse de Corbiac ». Édouard III, roi d'Angleterre (1312-1377), écrit au notable bordelais Pierre Béguey ou Viguer demeurant à la Rousselle pour lui faire « remise d'impôts et cens annuel pour le bien de Corbiac et autres terres ». À la fin du XVème siècle, Corbiac passe aux seigneurs de Lansac. En 1520, Alexandre de Saint-Gelais est seigneur de Lansac et de Corbiac, puis c'est le sieur de Pons qui est seigneur de Mirambeau et de Corbiac, et le 17 mars 1559 Pierre de Casse acquiert la seigneurie. Le titre seigneur de Corbiac est donné en 1561 pour un « dénombrement en faveur de M. Pierre de Casse, conseiller du roi au Parlement, abbé de Saint-Loubès et seigneur de Corbiac pour la paroisse de Saint-Médard-en-Jalle ». En 1624, apparaît un nouveau titre sur une autorisation d'afficher, à la porte des églises paroissiales, « le dénombrement des terres appartenant à Joseph de Montaigne seigneur de Bussaguet, Le Taillan, Saint-Médard et des quatre parties de Corbiac ». En 1680, on note une ordonnance de paiement de gages sur requête de « Bernard de Portepain, chevalier, seigneur de la Salle du Ciron, Gajac et Corbiac, conseiller au Parlement, au nom et comme mari de dame Marie de Montaigne, fille unique et héritière au bénéfice d'inventaire de feu Henri de Montaigne, décédé le 18 octobre 1679 ». Enfin, en 1769, dans les aveux et dénombrements de biens, domaine et devoirs seigneuriaux relevant du roi à cause de son duché de Guyenne, nous relevons « Marguerite Thérèse, Anne et Jeanne de Montaigne sœurs, demoiselles et messires Nicolas, Michel et Joseph de Montaigne frères, tantes et neveux, seigneurs et barons de Saint-Médard-en-Jalle, seigneurs et possesseurs par indivis des terres et seigneurie de Corbiac situées dans la paroisse du dit Saint-Médard avec tout droit de justice haute, moyenne et basse, droit de directivité et fondalité [domaine, possession ou droit à percevoir par le seigneur foncier] ». Il est aussi question de la maison noble de Corbiac située à Saint-Médard dans un inventaire entre 1633 et 1638. On ne dispose pas de trace matérielle de l'église ni de la maison noble (sauf si celle-ci était Le Castéra). La seigneurie de Corbiac est devenue fief de celle de La Motte-Gajac à partir de 1573.

 

Texte extrait de : Saint-Médard-en-Jalles au fil du temps. Ville de Saint-Médard-en-Jalles, 1999, 180 pages. Repères historiques par René Daix et Lucien Vergez, p. 14.

 

La Seigneurie de Jalès.

 

Elle a donné son nom à la paroisse, puis à la commune. En 1268, dans l'hommage de Gombaud de Tiran à son suzerain Henri III, roi d'Angleterre et duc d'Aquitaine, il est question de la « parrochia Sancti-Médardi-de-Jalés ». Cette seigneurie était limitée au nord par la paroisse de Saint-Aubin, au sud par le fief de Candale et la Jalle, à l'est par la seigneurie de Tiran-Thil et à l'ouest par la seigneurie de Belfort. La maison noble, très modeste, se trouvait à l'entrée du village d'Astignan, derrière l'actuelle maison de la famille Déris-Jossomme. Nous la voyons sur le plan cadastral de 1808, mais plus sur celui de 1844. Il ne reste en 1998 qu'une maison basse, partie des dépendances où, sur une porte, était gravé au fer rouge : « Jacques de Grailly Saint-Médard Médoc ». Il était seigneur de Jalès au début du XVIIIème siècle et mourut le 7 juin 1731. Actuellement, cette maison est délabrée et abandonnée. Près des dépendances de l'ancienne maison noble, sur l'emplacement de l'actuel lotissement de Grailly, il y avait une butte féodale connue sous le nom de « Trou de la motte ». Elle n'était pas naturelle. Il devait y avoir en son milieu une tour en bois construite au VIIIème siècle pour se protéger des invasions barbares. Ce fut sans doute le berceau de la seigneurie de Jalès avant la maison noble. Retour dans le temps. La première trace des seigneurs de Jalès date du XIVème siècle. Dans un titre du 28 février 1389 que cite l'abbé Baurein (dans les Variétés bordelaises écrites au XVIIIème siècle), il est fait référence à « Bernard de Jalez damoiseau seigneur de Jalez ». Puis à sa mort, Jeanne de Jalès prend la succession avant que la seigneurie de Jalès passe à une branche cadette des Grailly. La famille Crely ou Grilly plus connue sous le nom de Grailly, originaire du pays de Gex près du lac de Genève, se fixa en Guyenne au milieu du XIIème siècle. Jusqu'en 1453, ils furent d'ardents partisans des rois d'Angleterre ducs d'Aquitaine, qui les comblèrent de faveurs. Ainsi, ils devinrent vite puissants. Le plus illustre fut Jean III de Grailly, captal de Buch, qui s'opposa souvent victorieusement à du Guesclin. Il participa aussi, avec le Prince Noir, à la capture du roi de France Jean II le Bon à la bataille de Poitiers, le 19 septembre 1356. Quelques années plus tard, nous trouvons, seigneurs de Jalès : Jean de Grely, damoiseau, en 1459 ; un autre Jean de Grely, écuyer, en 1539 ; encore un Jean de Grely, propriétaire de 1561 à 1591 ; Jacques de Grailly, écuyer, « sieur de la maison noble de Jalès » en 1640 ; Jean de Grailly « escuyer, chevalier de la maison noble de Jalès » en 1697 ; Jacques de Grailly « gentilhomme, seigneur de Jalès » en 1711 ; Louis François de Grailly « écuyer, seigneur de la maison noble de Jalès » en 1770. À la mort de son père Jacques de Grailly, Louis François de Grailly hérite de « la maison formant dépendances », avec terres, vignes et bois. Sa sœur Marie de Grailly (épouse Sarran) reçoit « la maison noble de Jalés » et cinq parcelles de bois.

 

Texte extrait de : Saint-Médard-en-Jalles au fil du temps. Ville de Saint-Médard-en-Jalles, 1999, 180 pages. Repères historiques par René Daix et Lucien Vergez, p. 15.

 

Le fief de Candale.

 

Cette vaste étendue de landes (cent soixante hectares) s'étendait de Caupian à la limite de Martignas. II n'y avait pas de maison noble. Ce fief fut donné à bail en 1467 par Jean de Foix, comte de Candale, à plusieurs habitants du bourg de Gajac qui y menaient paître leurs troupeaux de moutons. Ce bail fut renouvelé régulièrement par les propriétaires successifs. Des différends naissent en 1604 au sujet de la limite des fiefs entre les propriétaires des terres de Niges et les tenanciers de celles de Candale. Ils vont durer jusqu'à la Révolution. En 1714, Henri-François de Foix Candale, héritier de Gaston de La Valette, descendant du duc d'Épernon (l'un des mignons du roi Henri III) endetté, vend tous ses biens. La famille de Polignac se porte acquéreur du fief de Candale qu'elle conservera jusqu'en 1791. En 1775, les seigneurs des fiefs - l'Ordre de Malte pour Nigès et le comte de Polignac pour Candale -, signent un accord reconnaissant la propriété des terrains contestés depuis 1604, soit 42 ha, à l'Ordre de Malte. Des bornes sont plantées en 1779, délimitant les deux fiefs. Elles existent encore en partie aujourd'hui. Mais les tenanciers de Candale n'acceptent pas cette décision et continuent à « faire visiter » ces terres à leurs moutons. Les heurts entre les deux parties se multiplient. En 1791, Candale devient propriété de Saint-Médard-en-Jalles. La commune continue les procès avec Martignas jusqu'en 1841. Le 23 avril 1845, Saint-Médard-en-Jalles ayant perdu ces procès, les limites des deux communes sont fixées telles qu'elles existent actuellement. En 1853, à propos de la vente aux enchères de la « Grande Lande », le différend renaît entre les deux communes. Le préfet décide de n'apporter aucune modification aux limites établies. En 1856, contre l'avis du conseil municipal, l'administration des Eaux et Forêts décide de boiser Candale. En 1965, l'État acquiert cet espace pour y implanter le C.A.E.P.E. (Centre d'achèvement et d'essais de propulseurs et engins).

 

Texte extrait de : Saint-Médard-en-Jalles au fil du temps. Ville de Saint-Médard-en-Jalles, 1999, 180 pages. Repères historiques par René Daix et Lucien Vergez, p. 15-16.

 

La Seigneurie de Belfort.

 

De très grande superficie, elle est limitée au nord par Salaunes et Saint-Aubin-de-Médoc, au sud par la jalle de Martignas. Une borne dite du Pas de las Dones, plantée en1775 sur la rive gauche de la jalle de Martignas, porte, gravé sur la face nord : Belfort. À l'ouest, elle s'étendait après Issac et Le Lignan, et à l'est jusqu'à la seigneurie de Jalès au fossé de Mariam. Les moulins de Bonneau et de Caupian en dépendaient. À l'origine sans grand style architectural, le château entouré de vignes fut restauré une première fois au XIXème siècle puis lors de l'acquisition par la commune en 1962. Il devient Centre hippique municipal, puis Centre hippique girondin en 1964 et Centre équestre en 1971. Les premiers seigneurs, connus sont, en 1368, Jean d'Estraton et son épouse « dame de Landiras », en 1394 le seigneur de Latran et Marguerite d'Estraton dite aussi « dame de Landiras ». Puis viennent en 1440 la confrérie de Cérillan et Issac qui dépendait du chapitre de Saint-Seurin de Bordeaux, en 1565 le chapitre de Saint-Seurin qui vend à Marthe de Vallier, veuve d'Arnaud de Ferron, conseiller au parlement de Bordeaux, les rentes dues par la confrérie. En 1603, elle est toujours propriétaire. Au début du XVIIème siècle, la seigneurie appartient à la famille de Ségur. En 1624, dame Jeanne de Gasc, veuve de Jean de Ségur Jouis, donne, en bail à fief à soixante-deux habitants de Cérillan et d'Issac, de vastes bandes de terre s'étendant de Cap-de-Bos à Caupian. François de Ségur délivre en 1670 des reçus de rentes dues pour les terres baillées au syndic des habitants de Cérillan et d'Issac. En 1736, Henri-Joseph de Ségur, vicomte de Cabanac, seigneur de Belfort, « sous-maire » de Bordeaux, est le dernier seigneur de Belfort. Il meurt le 24 mai 1790. Son fils Joseph-Marie de Ségur épouse en 1770 Catherine de Basterot, fille de Gabriel Barthélemy Daugeard de Basterot, seigneur de Gajac. Le 8 septembre 1791, il abandonne, à son frère cadet Gabriel-Henri de Ségur, le château de Belfort, les terres et les propriétés annexes dont le moulin de Bonneau, mais il conserve le moulin de Caupian et ses dépendances, avant d'émigrer. Gabriel-Henri de Ségur n'émigre pas, aussi Belfort n'est pas saisi comme bien national. Son propriétaire, devenu le citoyen Ségur, obtient même de la municipalité un « certificat de civisme ». Il vend le domaine le 3 décembre 1792 à Pierre Roche, négociant à Bordeaux. Ce dernier sera « commissaire provisoire du Directoire exécutif près le canton de Blanquefort » et « agent municipal » de Saint-Médard-en-Jalles en 1797. Il démissionne à la fin de l'an XII (1804) et part pour Hambourg.

 

Texte extrait de : Saint-Médard-en-Jalles au fil du temps. Ville de Saint-Médard-en-Jalles, 1999, 180 pages. Repères historiques par René Daix et Lucien Vergez, p. 16-17.