Les vacheries 

Les vacheries sont des installations importantes d’élevage de vaches, liées le plus souvent à des châteaux. Leur rôle économique s’inscrit dans le cycle de la fumure de la vigne et de la production de lait pour le personnel lié à la vie du château. Le style architectural assez grandiose en fait un marqueur social supplémentaire pour la bourgeoisie bordelaise quand elle vient se reposer dans ses terres médocaines, et une « saine » émulation a dû pousser à faire construite la plus belle et la plus grande vacherie. L’étable pour les vaches, elle, reste l’appellation courante dans les fermes des paysans.

À Blanquefort, le château Dulamon, le plus majestueux de la commune et le plus extravagant avec ses grottes de Majolan en point d’orgue, n’a pas dérogé à ce concours et nous avons la chance d’avoir hérité d’une superbe vacherie, acquise par la municipalité en 2008.

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Il faut signaler que sur la commune voisine du Taillan, sur la propriété Cruse, château de la Dame Blanche, en contrebas près de la Jalle, existe une autre vacherie du même genre et de la même importance que celle de Dulamon. Une autre est signalée à Parempuyre près du château de Parempuyre. Laquelle est la plus ancienne ? La propriétaire de celle du Taillan pense que c’est la sienne, mais aucun texte ne permet de le vérifier ; par contre, elle est voie d’abandon, en particulier une partie du toit a été arraché lors de la dernière tempête. Celle de Parempuyre a disparu, il en reste l’indication sur la carte IGN ainsi qu’un porche monumental et très stylisé que l’architecte a placé à l’entrée du lotissement bâti sur l’emplacement de l’ancienne vacherie, qui avait été bâtie en face du château de Parempuyre.

En tout cas, les styles sont très proches, mais les porches des vacheries du Taillan et de Parempuyre étaient encadrés de tours carrées et décorées de briques ajourées.
Il est vraisemblable que ces bâtiments sont encore nombreux autour de Bordeaux, mais nous ignorons s’ils ont fait l’objet d’un intérêt particulier et d’un inventaire.
Il serait judicieux de les sauvegarder le plus possible.

Étymologie.

Elle permet de suivre l’origine et l’évolution du mot vacherie : le glissement vers le sens figuré (à cause de la bouse de vache ?) : faire une « vacherie » s’est imposé lentement.

Sources : Le Robert, dictionnaire historique de la langue française, en 3 tomes (Alain Rey) :

« Vacherie : création d’après vache (vers 1205) de vacerie (vers1160). [ce mot] a désigné un troupeau de vaches, ainsi qu’un droit de pacage pour les vaches (1380) ; vacherie signifie encore régionalement « étable à vaches » (1336). Il s’est dit en particulier (1549) d’un endroit où l’on vend le lait trait sur place.

Des sens figurés de vache viennent les emplois disparus pour « veulerie » (1867) et pour « maison de prostitution » (1884).

Il s’agit alors d’une nouvelle dérivation comme pour le sens moderne « caractère d’une personne méchante », puis d’une « chose désagréable », et, par métonymie, « action, parole méchante » (1872), dire des vacheries, faire une vacherie à quelqu’un, spécialement dans « vacherie de » (suivi d’un nom), et aussi « situation pénible » ou même « chose mauvaise, de mauvaise qualité » (1916), cf. cochonnerie (contraire : gentillesse). »

Source : Grand Dictionnaire des Lettres.

Au sens propre, 4 définitions existent : étable à vaches ; lieu où se font la traite et la vente du lait ; établissement agencé pour l’élevage des vaches et la production laitière ; ensemble des vaches d’une exploitation.

Au sens figuré : (vieux) nonchalance, laisser-aller paresseux ; familier : méchanceté en paroles ou en actes ; (familier) sévérité ; (populaire) mauvaise qualité d’un objet ou encore chose pénible qui se produit malencontreusement ou d’une manière injuste.

Source : CNRTL (centre national de ressources textuelles et lexicales).

1867 : glissement vers « manière d’agir de façon animale »
1885 : émettre des méchancetés, saletés faites à quelqu’un.

Source : Grand Dictionnaire Encyclopédique.

Agricole : ensemble des vaches d’une exploitation ; autrefois, étable à vaches.

Travaux universitaires.

Une étude universitaire récente Esquisse d’une typologie d’une propriété du XIX e siècle à Blanquefort(école d’architecture de Bordeaux, C. Drumain, B. Massie, Y. Le Gall, 1984.86), situe la vacherie dans le contexte du XIXe siècle, reflet d’une société et de son influence sur le tissu urbain et son rôle économique dans la commune. Cette étude présente l’évolution du patrimoine et fait le constat d’une dégradation due à plusieurs facteurs, du XIXe siècle à nos jours ainsi que la remise en valeur du patrimoine et les problèmes que rencontre la réhabilitation, erreurs et solutions possibles…

Les principaux châteaux de Blanquefort retenus dans cette étude : Dulamon, Cholet, Gilamon, Montgiraud, Breillan, Dillon, Saint-Ahon, Tujean, Maurian, Fontgravey, Muratel, Le Dehez.

« En général, [un château] est une propriété secondaire d’agrément - à vocation – vinicole plus ou moins marquée selon les époques et les propriétaires. Au-delà des styles, dépendant des modes et des goûts, elle a l’aspect d’une grosse maison bourgeoise, voire d’un château. Étant donné qu’il s’agit d’une propriété occupée en été, à des fins de servir de lieu de « repos » pour les Bordelais, elle possède un parc avec promenade dans le bois, des parterres. Mais sa vocation vinicole fait qu’elle est également une exploitation possédant des locaux à cette fin : chais, cuvier, bâtiments des charretiers, et le plus souvent vacherie produisant du lait et le fumier nécessaire aux vignes. Étant donné également son rôle d’agrément, elle est située dans un lieu calme, près d’eau ou possédant une vue sur la région. Elles se trouvent sur les sommets du relief de Blanquefort, lieux plus sains que les marais et possédant une vue sur la Jalle. Elles gravitent toutes autour du centre-ville sans en être trop proches, car au XIXe siècle toutes possédaient des terres pour la culture de la vigne. Ces demeures étaient toujours luxueuses car elles reflétaient la richesse de leurs propriétaires… Elles s’organisent toutes presque de la même façon : entrée dans le parc, arrivée au château avec les chais de part et d’autre du château. Autour du château et du parc, des terres de culture de la vigne, des près à pâturages pour les vaches ».

Publications.

Un ouvrage Années Sombres à Blanquefort et dans ses environs 1939-1945, Catherine Bret-Lépine et Henri Bret, Publications du G.A.H.BLE, 2009, met en valeur des procès-verbaux qui concernent la vacherie de Dulamon, témoignage de la période de la Seconde Guerre mondiale grâce aux archives nationales de la gendarmerie.