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Des essais agricoles au château de Sénéjac

« Quelques perfectionnements apportés dans la culture des landes et notamment sur des introductions d’animaux et de plantes exotiques dans une commune des landes du Médoc »

Ce titre un peu long est celui de la communication faite par M. Ivoy père dans l’Annuaire de l’Institut des Provinces et des Congrès scientifiques, en 1859 (1) À cette date, Armand Joseph Ivoy est propriétaire du domaine de Geneste dans la commune du Pian. Cette commune ne s’appelle pas encore Le Pian-Médoc et le nombre d’habitants est évalué entre 740 et 750. Elle est composée des hameaux : Auquin, Bertranot, Bidouet, Chopinot, Feydieu, Le Poujeau, Louens et Sénéjac. La mairie n’est pas encore construite. Pourquoi une si petite commune du Médoc fit-elle l’objet d’une communication auprès des membres d’une société savante ? Voici le préambule rédigé par M. Ivoy :

« Permettez à un simple cultivateur de vous faire part de quelques observations qui sont le fruit de sa propre expérience. Le champ en sera limité, car il ne sortira pas de la commune où il habite depuis plus de 35 ans. Il ne parlera par conséquent que de ce qu’il connaît parfaitement. »

Il explique ainsi que pendant longtemps les seules cultures étaient le seigle, un peu de froment, des pommes-de-terre et quelques maïs. Mais de grands propriétaires voulurent améliorer leurs domaines et les rendre plus profitables. Pour ce faire des essais portant sur de nouvelles cultures et sur les sélections de bétail furent entrepris. Ces techniques furent mises en pratique pour améliorer le vignoble et la terre.
Un des propriétaires mentionnés est M. Causse du château de Sénéjac.

Domaine-de-Senejac

Fig. 1 : Domaine de Sénéjac. Extrait du tableau d’assemblage cadastral du Pian vers 1820, © AD Gironde.

En 1859, ce dernier est maire du Pian. Il commence par remettre en état son domaine en réalisant notamment des travaux de drainage. Il introduit également de nouvelles techniques, comme le soufrage des vignes. Il engage une culture progressive qui nécessite de grandes quantités d’engrais. Il se lance dans une grande production fourragère, crée des prairies naturelles, sème des choux et des betteraves et surtout introduit, dès 1857, le sorgho à sucre sur une très grande échelle. Cet essai fait l’objet d’un article du journal L’Industrie en 1858 (2). Par ailleurs, la Société d’Agriculture « a décerné à M. Causse, propriétaire à Sénéjac, la récompense promise par son programme au cultivateur qui aurait le mieux réussi dans cette nouvelle et importante culture ». Le représentant de cette institution rappelle leur visite sur place par ces mots :

« Nous avons-nous même examiné le magnifique champ à sorgho présenté au concours par M. Causse, et nous avons été frappé, ainsi que nos honorables collègues, de la vigueur de sa végétation dans un moment où la sécheresse faisait la désolation de nos agriculteurs ».

La récolte a été divisée en deux, une partie a été utilisée pour extraction dans une chaudière de sirop et l’autre pour du fourrage. C’est la dernière utilisation qui a été jugée la plus profitable et l’installation d’extraction abandonnée. 

Les expériences de M. Causse ne s’arrêtent pas à la production de fourrage, elles concernent également le bétail. Tout d’abord, il construit de nouveaux bâtiments et rénove les anciens. Ensuite, il introduit de nouvelles races et effectue des croisements entre les races locales et des races étrangères : vaches d’Ayr croisées avec les meilleurs taureaux indigènes, brebis des Landes avec les Anglo-mérinos, et porc craonnais avec des porcs Yorkshire. De meilleures espèces de volailles sont également sélectionnées.

Il poursuit ses expériences avec l’utilisation des viviers construits derrière le château dans les prairies rejoignant la jalle de L’Ayguelongue et alimentés par une source qui se trouve sur le domaine. Il y installe des œufs fécondés de saumon du Rhin envoyés par un établissement de pisciculture d’Hunningue ainsi que des écrevisses de la Meuse. Ce fut un succès pour les œufs de saumon qui donnèrent des saumoneaux de 30 cm particulièrement vigoureux. En revanche, on craignait que les écrevisses ne résistent pas à l’hiver.

Les-viviers-de-Senejac

                                                                            Fig 2 : Les viviers de Sénéjac en 2018 (Photo Annick Mora).

Trumeau-de-Senejac

Fig. 3 : Trumeau de Sénéjac, peint dans les années 1820 par Antoinette Baour. Il représente l’arrière du château et ses viviers. Monsieur Baour est propriétaire de 1792 à 1831 (Collection privée, © Photo Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel / Communauté de communes Médoc-Estuaire, F. Grollimund.

(1)  Seconde série, 1er volume, Xe volume de la Collection, Année 1859, p. 352-355.
(2)  L’industrie [journal bordelais édité deux fois par semaine dont les bureaux se trouvaient au 3 rue Margaux Bordeaux], n° 50, 7 octobre 1858.

Voici donc la description des innovations entreprises par Monsieur Causse dans son domaine de Sénéjac. Il est assez troublant de constater que celle concernant le sorgho est de nouveau d’actualité en ce début de XXIe siècle. Avec le changement climatique, certaines cultures dans notre région sont remises en question et la culture du sorgho est mise en avant pour les remplacer.

Par l’Atelier Histoire du Pian, octobre 2026