Accéder au contenu principal

Il était une fois la mairie de Blanquefort

L’administration communale de Blanquefort n’a pas toujours été hébergée dans la maison de maitre du domaine de Muratel, que nous connaissons de nos jours rue Dupaty. Auparavant, d’autres biens immobiliers ont été prêtés, loués ou achetés selon les besoins et les moyens financiers de la commune.

La Révolution commence symboliquement par la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789.
Elle met fin à tous les privilèges de la noblesse et de nombreux droits féodaux.
L’Assemblée Constituante vote la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, met en place les municipalités, crée les départements, unifie le système des poids et mesures. Les anciennes paroisses deviennent des communes.

1790 : église, presbytère et chai Cholet

Le 14 février 1790, les habitants de Blanquefort sont conviés à l’église pour la constitution de la première municipalité ; l’église est alors le seul lieu assez vaste pour accueillir une telle assemblée. Mais en « raison de la vigueur de la saison et du délabrement où se trouve la susdite église on a jugé convenable de transporter la séance dans la maison de M. Cholet voisine dudit lieu et de son consentement ».
La maison de l’ancien trésorier de la ville de Bordeaux, Alexis Cholet (1717-1797), existe toujours aujourd’hui rue Bothiron. Il y résidait en 1790, bien qu’il eût vendu son domaine en viager, le 29 juin 1789, à André Aquart (1727-1813), armateur et négociant.

Dès l’élection de Pierre Thadée Saincric, les réunions des conseillers municipaux se tiennent chez lui, dans la maison curiale ou presbytérale, puisqu’ il est non seulement maire, mais aussi le curé de la paroisse depuis décembre 1783.  
Les comptes-rendus des délibérations se terminent souvent par « fait en la maison commune de Blanquefort », sans autre précision.

Le corps municipal ou conseil général de Blanquefort est composé de 6 officiers municipaux dont le maire et de 12 notables.  Les notables étant les propriétaires les plus fortunés de la commune.  

Blanquefort est désignée en mai 1790 chef-lieu de canton de 8 communes : Blanquefort, Saint-Médard-en-Jalles, Eysines, Le Taillan, Saint-Aubin, Parempuyre, Bruges et Le Bouscat. La maison curiale de Blanquefort ne peut contenir l’assemblée primaire cantonale, André Aquart prête le chai de son domaine de Cholet dans lequel sont construits des gradins par le menuisier Joseph David pour la somme de 96 livres.
Le chai servira également pour de nouvelles élections requérant la présence des citoyens actifs de Blanquefort.

Les citoyens actifs doivent être français, de sexe masculin, âgé d’au moins 25 ans, résidant dans la commune depuis au moins 1 an, n’être point dans l’état de domesticité, c’est-à-dire de serviteur à gages, d’acquitter un impôt au moins égal à la valeur locale de 3 journées de travail, c’est le suffrage censitaire.

Nom des maires pendant cette période : Pierre Thadée Saincric, M. Olivié (sans doute Pierre).

1792 : location à Marguerite Dubreuil veuve Dubourdieu

Le conseil général de la commune de Blanquefort loue une maison à Marguerite Dubreuil, veuve de Jean Dubourdieu, à partir du 12 février 1792, pour un loyer de 100 livres « pour son lieu ordinaire de ses séances ».
Le 24 juin 1793, le bail est renouvelé pour cinq années consécutives, moyennant 150 livres par an, afin d’y établir « la salle de ses séances tant pour ledit conseil qu’au corps municipal ». Le local se compose de 3 pièces « une chambre haute à cheminée dont les croisées sont percées au levant ,par elle ôtant les deux lits qui s’y trouvent et s’obligeant de fermer l’extrémité du corridor qui longe ladite chambre et une autre chambre pour le juge de paix du canton de Blanquefort  et son greffier, de lui donner à coucher et fournir linge à ce nécessaire. De fournir audit juge de paix pour tenir ses audiences la chambre qui est au-dessus de celle qu’occupera le corps municipal ». L’emplacement exact de cette maison n’est pas connu avec certitude, mais elle se situait très probablement place de Leyre, derrière église, où se dressait l’arbre de la liberté.

Jean Dubourdieu devait être un notable, en effet il a été enterré le 8 août 1784 dans l’église de Blanquefort. Marguerite Dubreuil décède le 11 mars 1800.

Nom du maire pendant cette période : Pierre Thadée Saincric.


1795 : location à Anne Cabanne veuve Berninet

Lors de la séance du 14 janvier 1795 (23 nivôse an 3), le conseil général de la commune de Blanquefort, sous la présidence du maire Pierre Thadée Saincric, délibère et conclut un contrat avec Anne Cabanne veuve du notaire Antoine Berninet (1754-1792), agissant comme tutrice de leurs enfants, Pierre (8 ans) et Therèze (3 ans) Berninet.
Il s’agit d’un bail de neuf années consécutives, au tarif de 260 livres « par année payables de trois mois en trois mois » pour la location d’une maison située dans le Bourg de Blanquefort, destinée au logement et à la tenue des séances du conseil municipal.
La maison comprend « une chambre, salon, autre chambre attenante audit salon, cuisine, cave et deux greniers le tout en bon état ». Sont également compris dans ce contrat « un cuvier, une écurie, un petit jardin attenant vers nord, aussi situés dans le bourg de Blanquefort » ainsi que plusieurs biens viticoles « un platain de vigne au lieu appelé Capdeau, plus deux autres prèses de vigne en un tenant audit lieu de Capdeau, plus une prèse de vigne appelée le Cabotal audit lieu de Capdeau, plus une autre prèse de vigne au village de Gaston ».
(Les termes platain et prèse sont des anciennes mesures agraire dont il est assez difficile de dire quelles étaient leurs dimensions exactes.)

Pourquoi ce changement alors que le précédent bail de cinq ans n’est pas arrivé à son terme ? il est possible que la mairie et la justice de paix se soient trouvées à l’étroit dans la location antérieure, rendant nécessaire un local plus vaste et mieux adapté aux fonctions administratives et judiciaires.


Fin janvier 1791, Pierre Thadée Saincric prête serment à la Constitution civile du clergé, également appelée "liberté-égalité". En 1792, il renonce à son sacerdoce. À partir de juillet 1794, il est nommé notaire public, par ordonnance, succédant aux deux notaires de Blanquefort décédés : Antoine Berninet, le fils, mort brutalement en 1792, et Pierre Berninet, le père, décédé en 1793.
Le 4 décembre 1794, Pierre Thadée Saincric épouse Thérèze Elisabeth Berninet, sœur d’Antoine Berninet. Ce mariage fait de lui le beau-frère d’Anne Cabanne, veuve d’Antoine Berninet.
Cette relation familiale n’est sans doute pas étrangère à la signature du bail conclu peu après avec la veuve Berninet.

Nom des maires qui ont exercé leur mandat dans ce lieu : Pierre Thadée Saincric, Joseph Pepe Quiros, Louis de la Goublaye, Jean Antoine Rose de Matha, Antoine Joseph Dariste.

1833 : achat maison Dulau-Caussade

Le 7 septembre 1823, Antoine Joseph Dariste est nommé maire de la commune par le préfet de la Gironde. Il succède à Jean Antoine Rose de Matha (1766-1852), magistrat et propriétaire du château Saint-Ahon

Antoine Joseph Dariste (1763-1839), docteur en médecine et propriétaire notamment du château Dulamon, devient député de la Gironde en juillet 1830.

Dès son entrée en fonction, il constate que le local loué pour les séances du conseil municipal est en mauvais état et qu’il convient d’en trouver un plus convenable de toute urgence.

La commune a alors la chance d’être désignée par le gouvernement pour l’installation d’une école primaire publique. Il paraît donc judicieux d’acquérir un bien suffisamment vaste pour accueillir la mairie, la justice de paix et l’école primaire.

Lors de la séance du conseil municipal du 9 août 1832, Dariste propose que la commune achète une maison située dans le bourg de Blanquefort, maison qu’il a lui-même acquise le 21 juillet 1830 pour 8 000 francs auprès de Bertrand Caussade, docteur en médecine, et de sa mère Anne Barada. Le bien se compose d’un corps de bâtisse, hangar et jardin d’un seul tenant.

Bertrand Caussade tenait cette propriété de son père Pierre Caussade (1756-1818), officier de santé et maître chirurgien. Celui-ci l’avait acquise en rente viagère, le 12 novembre 1792, de Pierre Dulau, prêtre chanoine de l’Eglise Saint-André de Bordeaux, décédé en 1808. Pierre Dulau l’avait lui-même achetée en rente viagère à Marie-Jeanne Pincemaille le 8 septembre 1781. De cette succession de propriétaires vient l’appellation de maison Dulau-Caussade.
 

Dariste explique qu’il a procédé à cet achat en sachant que la commune ne pouvait agir avec suffisamment de rapidité et qu’il aurait été regrettable de laisser échapper ces locaux, idéalement situés et parfaitement adaptés aux besoins administratifs, judiciaires et scolaires de la commune.

 Extrait de la délibération
« Que ce fut d’ailleurs dans la vue d’être utile à la commune qu’il se décida dans le temps de faire cet achat, celle-ci n’ayant pour le faire ni les moyens ni l’autorisation nécessaire quand M. Caussade voulut vendre et qu’il trouva un acquéreur qui voulait en passer l’acte de suite, bien que le conseil d’alors en reconnu le grand avantage il ne peut en souscrire que des regrets.
Qu’un autre motif non moins important pour acquérir cette maison et dépendances contiguës était d’avoir un local pour l’établissement d’une école primaire, le gouvernement ayant dans sa sollicitude paternelle désigné la commune de Blanquefort au nombre de celles qu’il veut faire jouir de cet avantage inappréciable pour la classe peu fortunée.
Que pour faire profiter ladite commune de tous ses avantages M. Dariste propose de lui vendre les dites maisons et jardins moyennant la somme de 8 000 francs, prix de son acquisition plus les frais de l’acte, lesquels frais se montent à 705 francs formant avec le prix principal une somme de 8 705 francs  ».


Le maire ne prend pas part à la délibération relative à l’achat de ce bien qu’il propose à la commune, au prix exact de son acquisition, soit 8 000 francs, auxquels s’ajoutent 705 francs de frais. Une commission spécialement désignée se rend sur place afin d’examiner l’état des bâtiments. Elle se fait assister par Barthélémy Bidou, Joseph Pellot, entrepreneurs maçon, et Jean Broustic, charpentier. Tous concluent que l’ensemble est en état satisfaisant, sous réserve de quelques réparations et aménagements.

La maison se situe le long du chemin d’intérêt commun n° 122 reliant Saint-Médard-en-Jalles à la Garonne,  soit en haut à gauche de l’actuelle rue Gambetta, à proximité de la place de l’église.

Après travaux, les locaux sont répartis de la manière suivante : à gauche la justice de paix (prétoire) ; puis la salle du conseil avec un local archives ; le logement de l’instituteur (avec un étage) ; la salle de classe des garçons ; un chai ; enfin le logement du garde champêtre. La mairie, le logement de l’instituteur, l’école des garçons et le logement du garde-champêtre disposent chacun d’un jardin.
L’acte d’achat par la commune est signé le 2 août 1833 chez Me Courregeoles, notaire à Blanquefort, pour la somme totale de 8705 francs.

3-E-34103-1881-09-13-plan

                                            Plan des locaux de la justice de paix, la mairie et l’école des garçons en 1880.


Nom des maires qui ont exercé leur mandat dans ce lieu : Antoine Joseph Dariste, Paul Moreaux, Baptiste Gustave Dariste, Théodore Delisse, Pierre Bosmorin, Pierre Courregeoles, Louis Lescaret, Antoine Ferry, Marie Félix de Saint-Quentin, Amédée Tastet, Jean-Baptiste Cavalié.


1880 : achat domaine de Carpinet

Le 16 février 1880, le conseil municipal de Blanquefort vote l’acquisition de la propriété d’Amédée Tastet afin d’y établir la mairie, la justice de paix et les écoles du Bourg, et approuve les plans de reconstruction et de réparation pour un devis s’élevant à 38 897 francs.

Amédée Tastet (1806-1886), courtier en vins et maire de Blanquefort de 1868 à 1878, possède le domaine de Carpinet depuis 1854, acquis auprès de Vital Aquart pour la somme de 48 000 francs. Epoux d’Emma Poirier, le couple a cinq enfants et réside au château Fleurennes, construit vers 1870.
Il est également le cousin germain de Gustave Tastet, époux de Jeanne Girard, propriétaire du domaine de Maurian.

Le 20 juillet 1880, la préfecture autorise la commune à vendre l’ancienne mairie aux enchères publiques et à acheter la propriété d’Amédée Tastet pour y installer la nouvelle mairie, une école et la justice de paix.
Jean-Baptiste Cavalié, alors maire de la commune, signe l’acte d’achat passé les 10 et 12 novembre 1880 chez Me Bourdeaux, notaire à Blanquefort, pour la somme de 50 000 francs.
Le domaine se compose d’un vaste enclos entouré de mur, comprenant une maison de maître, des bâtiments d’exploitation, des dépendances, jardins, charmilles et cour, pour une contenance de 1 hectare 52 ares. S’y ajoutent plusieurs terres en nature de prairies, oseraie, saussaie situées à Carpinet et Canteret, ainsi qu’un enclos avec maisons de cultivateurs, puits, jardin et vigne à Saturne, le tout représentant 25 ares supplémentaires.

En juillet 1883, des travaux d’aménagement du domaine dans sa nouvelle destination sont confiés à l’architecte Théodore Vauclaire. Parallèlement, la commune finance la construction des écoles de Caychac.
Pour faire face à toutes ces dépenses importantes, la commune vend la précédente mairie située rue Gambetta, prélève 40 162 francs sur le capital provenant de l’aliénation des landes, et sollicite l’autorisation de s’imposer extraordinairement pendant vingt ans afin de restituer cette somme à sa destination primitive.

Le corps de bâtiments de l’ancienne mairie est vendue en 4 lots le 13 septembre 1881 avec une mise à prix de 21 920 francs.
1er lot composé de la salle du conseil, du prétoire de la justice de paix, du vestiaire, des lieux d’aisance, du chai et vestibule et terrain à l’arrière, est acquis par Raymond Froger de l’Eguille, curé doyen de Blanquefort, pour la somme de 8 500 francs,
2e lot composé de la salle des archives de la mairie, de la cuisine, chai, salon et chambres à coucher à l‘étage du logement de l’instituteur et terrain à l’arrière, est acquis par Paul Biarnés, propriétaire à Bordeaux, pour la somme de 5 500 francs,
3e lot comprenant la salle de classes des garçons et terrain à l’arrière acquis par Guillaume Sibassié, entrepreneur de bâtisses demeurant à Blanquefort, pour la somme de 5 150 francs,
4e lot formé par la cuisine, chambre et chai servant de logement au garde-champêtre est acquis par Jean Henry Daney, ébéniste demeurant à Blanquefort, pour la somme de 6 666 francs.
Soit un total de 25 816 francs.

1-G-90-1937-D4-mairie-Carpinet-cadastre

                        1937 cadastre : Carpinet, la chartreuse entourée de 2 corps de bâtiments qui la sépare des routes et chemins

1965-Plan-mairie-bureau-electoral-1-K-5-1Décembre 1959 intérieur de la mairie :  à gauche du hall le logement du garde champêtre, le cadastre, la salle du conseil et à droite la salle de la justice de paix, le cabinet du juge, le greffe, le cabinet du maire, les archives et les sanitaires. Pour les élections sont rajoutés le bureau électoral et les tables de dépouillement.

Nom des maires qui ont exercé leur mandat dans ce lieu : Jean-Baptiste Cavalié, Alcide Lançon , Emile Lançon, Amédée Fillon, Jean Duvert, Jean-Pierre Delhomme.

Mairie-Carpinet-fronton

Mairie-Carpinet-facade-ouest

 

 

 

 

 

 

 

 



Mairie-Carpinet-facade-est

1979 : achat domaine de Muratel

La maison de maître date de la fin du 18e siècle et porte le nom de l’un de ses anciens propriétaires, Jean Gabriel de Barreau de Muratel. Elle faisait partie d’un vaste domaine qui couvrait au début du 19e siècle, environ 150 hectares.

Jean Gabriel de Barreau de Muratel naît le 6 septembre 1754 à Lacaune dans le Tarn. Négociant en vins à Bordeaux, il acquiert le domaine en 1802, à la suite de poursuites en expropriation engagées au préjudice de Philippe Von Dhoren, également négociant, selon un jugement d’adjudication. Il en demeure propriétaire jusqu’en 1818 et décède à Bordeaux le 8 août 1835.

La maison de maître est acquise par la commune de Blanquefort en 1979, représentée par son maire, Jean-Pierre Delhomme. Une partie des murs qui entouraient autrefois le parc subsiste encore aujourd’hui.

Nom des maires qui ont exercé leur mandat dans ce lieu : Jean-Pierre Delhomme, Louis Fournier, Vincent Feltesse et Véronique Ferreira.

18-W-67-Muratel                                                                               cadastre 1985

 Muratel-face-sud2026-03-03-Muratel-2

 

 

 

 

 

 

 Pour en savoir plus sur l’histoire de ce domaine voir :  Domaine Muratel

Liste des maires de la commune :  Maires de Blanquefort

Sources : Archives de Bordeaux Métropole pour les délibérations du conseil municipal de Blanquefort ;
Archives départementales de la Gironde :
3 E 15433, 3 E 28277, 3 E 34017, 3 E 34016, 3 E 34021, 3 E 34103, 3 E 34041, 3 E 34100.
Orthographe des citations respectée.

Martine Le Barazer, mars 2026.